Narcotrafic : le Sénat limite les nullités de procédures provoquées par certains avocats

A la reprise de l’examen de la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, les sénateurs ont adopté un point sensible et technique du texte qui porte sur les droits de la défense. Certains avocats usent des « lacunes » du code de procédure pénale pour provoquer des nullités de procédure et ainsi en faire bénéficier leur client mis en examen dans une affaire de criminalité organisée. Le Sénat compte y remédier.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Pour ce deuxième jour d’examen de la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, les sénateurs sont rentrés dans le dur en abordant les articles ayant trait au code de procédure pénale. Une partie technique du texte mais qui n’en est pas moins primordiale dans la lutte contre la criminalité organisée. « Vous avez des détenus qui envoient des dossiers de plus de 150 pages au magistrat instructeur. A l’intérieur, il y a une phrase où il demande sa remise en liberté. Si on ne la voit pas et donc on n’y répond pas dans les délais, le détenu sort », avait expliqué en novembre dernier à publicsenat.fr, Aurélien Martini, secrétaire général adjoint de l’Union Syndicale des Magistrats (USM).

Ce soir, les sénateurs ont adopté l’article 20 visant à limiter le poids des nullités « provoquées » par certains avocats de narcotrafiquants, « lorsque la cause de nullité résulte d’une manœuvre ou d’une négligence de la personne mise en cause ».

« À aucun moment les avocats n’ont été accusés d’être complices des narcotrafiquants »

Un amendement de la commission des lois est venu préciser cet article. « Des avocats se sont offusqués » […] à aucun moment les avocats n’ont été accusés d’être complices des narcotrafiquants […] Le rôle d’un avocat, c’est de défendre son client. Et les clients sont rarement innocents. C’est ainsi », a estimé la rapporteure LR du texte, Muriel Jourda, provoquant quelques exclamations sur les bancs de l’hémicycle. « S’il n’y avait que des innocents, on n’aurait nul besoin d’avocats », a-t-elle maintenu.

La rapporteure a indiqué que la commission d’enquête sur le narcotrafic avait pu constater que « ces manœuvres ont pu être possibles par un embouteillement des greffes, un courrier envoyé à une adresse imprécise… », c’est pourquoi l’amendement précise certains points dans le code de procédure pénale. Il interdit, par exemple, la désignation de l’avocat « chef de file » par lettre recommandée avec accusé de réception, dans les affaires de criminalité organisée. Il prévoit aussi que le dernier mémoire déposé par les parties doit reprendre l’ensemble des moyens de nullité, pour garantir la clarté des débats, ou encore il rejette les nullités fondées sur des moyens de communication non agréés, comme EncroChat et Sky ECC.

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a souhaité, sans succès, sous-amender ces dispositions afin de corriger un peu plus « les lacunes » du code. Il souhaitait notamment réduire le délai pour déposer une requête en nullité au cours de l’instruction judiciaire à 3 mois contre 6 mois actuellement. « Dans un but purement dilatoire, certains attendent le dernier jour pour déposer une requête en nullité concernant un acte de l’information judiciaire. De telles pratiques allongent considérablement les délais de traitement des procédures et fragilisent les enquêtes », justifie-t-il.

« On parle de gens qui sont en détention provisoire pour une affaire de criminalité organisée, la menace de sécurité publique numéro 1 […] Passer de 6 mois à 3 mois, ce n’est pas la suppression des droits de la défense », a-t-il appuyé.

L’avocat pénaliste et sénateur LR, Francis Szpiner n’était pas de cet avis. « La première chose pour déposer une requête en nullité, c’est d’avoir la copie du dossier. Pour que les greffiers puissent vous obtenir le dossier en disque, ça prend au moins un mois et demi […] En trois mois, vous ne pouvez pas exercer les droits de la défense », a-t-il estimé.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Ecole maternelle Volontaires, Violences dans le periscolaire, Paris
4min

Parlementaire

Violences dans le périscolaire : le Sénat lance une commission d’enquête à l’échelle nationale

Le Sénat a approuvé mercredi la création d’une commission d’enquête consacrée aux violences commises dans le cadre périscolaire. Portée par la sénatrice Les Républicains de Paris Agnès Evren, qui devrait en être la rapporteure, cette initiative vise à dresser un état des lieux national des dysfonctionnements et à formuler des propositions pour mieux protéger les enfants. Les premières auditions sont attendues avant la fin du mois de juin, avec des conclusions prévues à l’automne.

Le

FRANCE-PARIS-CULTURAL PROPERTY RESTITUTION-DRAFT LAW
4min

Parlementaire

Affaire Lyhanna : le projet de loi sur la protection des enfants ne sera pas examiné par le Sénat avant le mois d’octobre

La pression politique et associative s'accentue sur l'exécutif après le meurtre de Lyhanna. Mais du fait de l’encombrement législatif et du calendrier électoral, le projet de loi pour la protection des enfants ne sera pas examiné au Sénat avant le 8 octobre. De même, le gouvernement juge « impossible » l’inscription à l’ordre du jour de la proposition de loi dite « intégrale » d’ici la coupure estivale.

Le

Medecin Generaliste nouvelle grille tarifaire
5min

Parlementaire

Déserts médicaux : au Sénat, le PS reprend la proposition des députés pour réguler l’installation des médecins, la droite fait barrage

Les sénateurs socialistes profitent de leur niche parlementaire, ce jeudi, pour pousser la proposition de loi contraignant les jeunes médecins à s’installer en dehors des zones les mieux dotés en soins. L’examen s’annonce moins fructueux qu’à l’Assemblée, la majorité sénatoriale ayant détricoté la mesure phare du texte en commission.

Le

Narcotrafic : le Sénat limite les nullités de procédures provoquées par certains avocats
6min

Parlementaire

Désinformation, modération : au Sénat, X défend « la neutralité de son algorithme »

Auditionné dans le cadre de la commission d’enquête sur les « zones grises » de l’information, le directeur France du réseau social X a multiplié les mises à distance sur les questions de modération et d’algorithmes. Face aux sénateurs, Laurent Buanec a surtout plaidé pour le modèle des « Community Notes », présentées comme l’arme principale de la plateforme contre la désinformation. Une audition qui a également mis en lumière la difficulté des pouvoirs publics à identifier les véritables centres de décision de l’entreprise d’Elon Musk.

Le