Qui a dit que le PS n’avait pas de candidat ? On ne parle pas ici du candidat à l’élection présidentielle, mais à une autre présidence, celle du groupe PS du Sénat. Car Patrick Kanner, président du groupe PS de la Haute assemblée depuis 8 ans, se voit contesté en interne par Rachid Temal.
Rachid Temal veut « une nouvelle dynamique, une nouvelle façon de faire »
Début avril, nous évoquions la possibilité de sa candidature, au moment d’un changement de règlement interne qui aurait pu coûter cher à Patrick Kanner. C’est aujourd’hui officiel. « Nous rentrons dans une nouvelle séquence politique. Celle-ci nécessite donc une nouvelle dynamique, une nouvelle façon de faire, de nouvelles ambitions pour notre groupe, notre famille politique et notre pays. C’est avec cet état d’esprit et cette volonté que je serai candidat à la présidence du groupe socialiste, écologiste et républicain », a annoncé lundi Rachid Temal au Parisien. « Cette présidence de groupe, je la veux collective, transparente et très politique », ajoute le sénateur PS du Val-d’Oise. « Patrick Kanner a su, lorsque certains souhaitaient rejoindre les soutiens d’Emmanuel Macron en 2017, apaiser le groupe », reconnaît celui qui a été premier secrétaire du PS par intérim, en 2017, mais il veut aujourd’hui « construire une nouvelle relation, à la fois avec le parti, mais aussi avec le groupe des députés à l’Assemblée ».
Rachid Temal entend aussi mettre davantage en avant ses collègues. « Nous avons de belles individualités dans le groupe, des sénateurs qui travaillent beaucoup, qui incarnent des valeurs. Il faut les « sublimer », comme le font les Bleus dans ce mondial, en mettant mieux en avant leurs actions », avance le socialiste.
S’ils vont s’opposer, Patrick Kanner et Rachid Temal sont en réalité proches sur le fond. Ils viennent du même « TO », les courants du PS, celui de Nicolas-Mayer Rossignol, le TOC. Lors du dernier congrès, ils étaient tous les deux des opposants au premier secrétaire du PS, Olivier Faure. La différence vient plus de l’incarnation et sur la méthode en interne.
« Le jeu est ouvert »
Ce mardi matin, au moment de la réunion de groupe hebdomadaire, la nouvelle ne surprenait personne. « Cela fait plusieurs semaines que Rachid Temal fait le tour des élus du groupe en disant qu’il faut un changement à sa tête », souligne un sénateur PS. Un autre confirme : « Je ne suis pas très surpris. Ça fait longtemps qu’il y réfléchissait. C’était déjà un sujet qu’il avait mis sur la table en 2023. Mais à force de dire, retenez-moi, ou je fais un malheur, à un moment, c’est bien de franchir le pas et de voir son poids dans le groupe. C’est ce qu’il fait ».
Selon une socialiste, sa candidature pourrait créer une dynamique : « Rachid Temal plaît de plus en plus en interne ». Sans se prononcer, un sénateur estime en revanche que rien n’est fait. « Il y a plus d’inconnu que la dernière fois. Pour moi, le jeu est ouvert », estime ce socialiste.
Selon les opposants internes, c’est le fonctionnement du groupe qui pose problème. « Le constat qui est fait sur la gouvernance de Patrick Kanner, tout le monde est d’accord pour dénoncer les limites. Le fait que ce ne soit pas suffisamment collégial, qu’on n’utilise pas les talents », pointe un sénateur. Mais comme le disait il y a peu un autre, « Patrick Kanner a un vrai savoir-faire politique ». « Il utilise les moyens du groupe », soutient un socialiste, qui pense aux postes de « la questure, de vice-présidence, etc. Il emporte in fine une forme d’adhésion ».
« A deux jours d’un vote interne compliqué sur la stratégie présidentielle, super timing… »
Mais les choses ne sont pas faites. Un fidèle de Patrick Kanner « pense que sa candidature serait légitime pour la stabilité et l’unité du groupe, à la veille de la présidentielle ».
C’est peut-être l’ambiance coupe du monde, mais une autre lâche son tacle contre Rachid Temal : « Personne ne comprend bien l’idée. Et à deux jours d’un vote interne compliqué sur la stratégie présidentielle, super timing… » ironise cette sénatrice. « Je ne vois pas comment il pourrait être élu. Je ne suis pas sûre du tout qu’il soit soutenu même par son sous courant. Et comme il est présent de manière épisodique, c’est bizarre », lâche encore cette membre du groupe.
« Patrick Kanner et Rachid Temal, ce sont des frères jumeaux »
Un autre, soutien d’Olivier Faure, ne le soutiendra pas. « Ce sont des frères jumeaux. Je suis pour un renouveau, mais tant sur la ligne que l’incarnation », confie ce sénateur. « Je ne considère pas que Kanner et Temal soient des frères jumeaux », tempère un de ses collègues, « mais je pense que Rachid a le même défaut que Patrick. Il faut être à l’écoute de ses collègues pour être président de groupe et extrêmement présent », avance cet autre camarade socialiste, selon qui « le président de groupe doit être l’animateur. Il ne doit pas se servir lui-même, mais l’image de la collégialité ».
Cette candidature de Rachid Temal pourrait peut-être profiter de l’appui de Rémi Cardon, sénateur PS de la Somme, pro Faure, dont le nom était aussi cité pour une éventuelle candidature. « J’ai cru comprendre qu’il roulait pour Rachid Temal », soutient un sénateur, « on les voit beaucoup ensemble ces derniers temps ». Mais tous les soutiens du premier secrétaire ne sont pas forcément sur la même ligne. Reste que s’il veut l’emporter, le sénateur du Val-d’Oise devra trouver des alliés. Un sénateur remarque ainsi que Rachid Temal a pris la parole en réunion de groupe récemment, quand Olivier Faure était là, pour aller plutôt dans son sens.
« Le TOA d’Olivier Faure, c’est un peu le faiseur de roi »
A moins qu’un autre se lance ? C’est possible. « Nous considérons qu’il faut sortir des TO et qu’il faut une candidature rassembleuse. Le groupe ne doit pas être un congrès permanent avec un président de groupe publiquement hostile à la direction de son parti », avance un sénateur pro Faure, qui pense qu’« il y aura certainement d’autres candidatures. Cela se jouera également en fonction des résultats des sénatoriales ». « Nous soutiendrons la personne la mieux à même de réunir la majorité du groupe sur une ligne de gauche de combat pour les échéances qui viennent », ajoute le même.
Un autre sénateur y va de son décryptage : « Le TOC est divisé manifestement. Et le TOA, celui d’Olivier Faure, c’est un peu lui qui est faiseur de roi en quelque sorte ». Un autre tempère cette vision, estimant que les logiques de courants pèsent moins ici. « On n’a pas la photo finale, donc on est plus dans une logique de communication et d’intox, que de fond », met en garde un sénateur du groupe.
Michaël Weber : « J’irai si je pense qu’il peut y avoir une voie médiane »
Cet autre nom qui pourrait sortir du chapeau, c’est celui de Michaël Weber. Comme nous l’écrivions, il y pense, et pas qu’en se rasant… ou en marchant, pour cet amateur de randonnée. « Au moment où on se parle, je n’ai pas pris de décision, mais je n’exclus rien. Pour l’instant, j’observe. Il est encore tôt pour prendre position, il y aura de nouveaux sénateurs en septembre. Si j’y vais, ce sera au nom d’un collectif. Si je sens qu’il y a une alternative possible entre Patrick Kanner et Rachid Temal pour construire quelque chose de différent, de beaucoup plus collégiale, et que je sens que j’ai du soutien, j’irai. Mais il ne vous a pas échappé que les instances internes au PS peuvent avoir une influence sur le groupe et sa présidence », annonce à publicsenat.fr Michaël Weber.
Le sénateur PS de la Moselle, membre du courant de Boris Vallaud (TOB), à la tête du groupe socialiste de l’Assemblée, ajoute : « Le TOB que je représente n’est pas majoritaire. Il faut que je construise avec les autres. Le moment venu, j’irai si je pense qu’il peut y avoir une voie médiane ».
Eric Kerrouche n’écarte pas non plus une candidature
Mais il se dit aussi dans les couloirs du Sénat qu’un autre sénateur PS, Eric Kerrouche, candidat face à Patrick Kanner la dernière fois et lui aussi membre aujourd’hui du courant de Boris Vallaud, n’exclut rien non plus. Le sénateur des Landes n’a pas écarté l’idée d’être aussi candidat… Il faudra aussi attendre de connaître l’état et la physionomie du groupe, après les sénatoriales de septembre, où il risque de perdre quelques plumes ou au mieux d’être stable, pour voir plus clair. L’élection pour la présidence est prévue le 30 septembre. Mais d’ores et déjà, les grandes manœuvres sont en cours et ça commence à tirer dans tous les sens. Comme dirait l’autre, ça joue.