PARIS : Pride Radicale 2022
France, Paris, 2022-06-19. At the call of several collectives and associations, several thousand people demonstrated during an anti-racist, anti-imperialist Radical Pride, and for the rights of migrants in Paris between Place de la Nation and Place de la Republique. Photograph by Chang Martin. France, Paris, 2022-06-19. A l'appel de plusieurs collectifs et associations, plusieurs milliers de personnes ont manifeste lors d'une Pride Radicale antiraciste, anti-imperialiste, et pour les droits des personnes migrantes a Paris entre la Place de la Nation et la Place de la Republique. Photographie de Chang Martin.//CHANGMARTIN_choix.0522/2206211826/Credit:Chang Martin/SIPA/2206211835

Transidentités : au Sénat, la gauche et les associations vent debout avant l’examen d’un texte pour encadrer la transition de genre chez les mineurs

Elus de gauche et associations de défense des droits LGBT+ se sont réunis lundi au Sénat pour dénoncer une proposition de loi de la droite visant à encadrer les transitions de genre chez les mineurs. Ce texte, qualifié de « transphobe » par certains élus, sera débattu en séance publique mardi soir.
Romain David

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Rarement la salle de la commission des affaires économiques du Sénat n’aura rassemblé autant de monde. Au moins quatre-vingts personnes, massées dans cette pièce surchauffée au deuxième étage du Palais du Luxembourg, pour assister, ce lundi 27 mai, à la table ronde organisée par la gauche sénatoriale sur « l’état des lieux de la transphobie en France ». Une manière pour les groupes d’opposition de marquer le coup, à 24 heures de l’examen en séance publique d’une proposition de loi controversée, visant à encadrer les pratiques médicales sur les mineurs atteints de dysphorie de genre.

La gauche sénatoriale est vent debout contre ce texte, qu’elle juge « transphobe », porté par la sénatrice LR Jacqueline Eustache-Brinio. « C’est une mise en danger des mineurs trans, qui vise à les priver des soins dont ils ont besoin », explique la sénatrice écologiste Mélanie Vogel, l’une des élus à l’initiative de cette table ronde. « Si cette loi devait s’appliquer, elle aurait pour conséquence de faire de la France l’un des pays d’Europe les plus restrictifs en la matière ». Autour de la table : les représentant d’une dizaine d’associations de défense des droits LGBTI +, venus livrer leur analyse d’un texte qu’ils dénoncent unanimement comme « un retour en arrière ».

« L’objectif, c’est de faire parler les personnes concernées, qui n’ont pas toujours eu le droit de parole sur la législation les concernant. Demain, pas une seule personne ayant connu une transition ne pourra monter à la tribune pour prendre la parole pendant les débats », relève Mélanie Vogel.

Un cadre strict

Dans sa version initiale, la proposition de loi visait à empêcher purement et simplement la prescription de bloqueurs de puberté et les interventions chirurgicales de changement de genre avant 18 ans. Lors de l’examen en commission, le rapporteur LR Alain Milon, médecin de formation, a introduit une dérogation qui consacre l’existence de ‘centres de références spécialisées’ dans la prise en charge de ce type de souffrance, liée à l’assignation du genre à la naissance. Ces structures auraient la possibilité de prescrire des bloqueurs de puberté aux mineurs, mais dans un délai minimal de deux ans après la première consultation, afin d’assurer « la vérification par l’équipe médicale de l’absence de contre-indication comme de la capacité de discernement du patient ».

Les bloqueurs de puberté « ont sauvé la vie de mon fils »

Pour les associations, il s’agit d’un « faux adoucissement » : « Ce texte pourrait fonctionner pour les mineurs dont la situation a été identifiée bien avant le début de la puberté. Pour les autres, si on attend deux ans en pleine adolescence, la puberté sera déjà amorcée et il sera certainement trop tard. Ce qui revient indirectement à interdire les bloqueurs », cingle Anaïs Perrin-Prevelle, directrice de l’association OUTrans. « Je rappelle par ailleurs que les opérations d’affirmation de genre, telles qu’une augmentation mammaire, ne sont pas uniquement pratiquées par les personnes trans mais aussi par les personnes cisgenres. On aurait donc une inégalité, avec des actes chirurgicaux interdits à certaines catégories de personnes et pas à d’autres ».

Pour Sébastien Tüller, responsable LGBTI + d’Amnesty International France, « cette proposition de loi peut porter atteinte à plus d’une dizaine de droits des personnes trans, et notamment l’accès à la santé ».

L’une des interventions les plus marquantes a été celle de Maryse Rizza, présidente de l’association Grandir Trans. Les bloqueurs de puberté « ont sauvé la vie de mon fils », a martelé cette mère d’un adolescent transgenre qui a commencé à multiplier les tentatives de suicide à l’apparition de ses règles. Elle a également critiqué le rapport sur la transidentité des mineurs rédigé par la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio, et pour lequel elle avait été auditionnée. « Je suis hyper en colère. […] Mon intervention, qui a duré 52 minutes, est résumée en 5 lignes. Dans ces 5 lignes mes enfants sont mégenrés et mes propos déformés », accuse-t-elle.

Des travaux préparatoires pilotés par la droite

La gauche sénatoriale est particulièrement remontée contre ce document, à l’origine de la proposition de loi qui sera examinée mardi. Intitulé « La transidentification des mineurs », ce rapport a été piloté par un groupe d’élus composé d’une quinzaine de sénateurs LR, en marge des missions d’information et des commissions d’enquête où, d’ordinaire, l’ensemble des groupes politiques est représenté. « C’est le premier rapport parlementaire qui traite de la transidentité des mineurs. Il est énorme », s’était félicitée Jacqueline Eustache-Brinio auprès de Public Sénat.

« On est passé de 8 mineurs en affection longue durée pour transidentité en 2013, à 294 en 2020 », pointe ce document qui reproche notamment à « certaines associations de tenter d’imposer dans les instances nationales et internationales le principe de l’autodétermination de l’enfant, au préjudice de l’autorité parentale et de preuves scientifiques de qualité ».

« Une manœuvre politique et politicienne qui vise à racoler les conservateurs »

« C’est une supercherie que de nous faire croire que c’est un rapport du Sénat », tempête le socialiste Hussein Bourgi. « Ce rapport contient des mensonges scientifiques, c’est une arnaque », dénonce l’écologiste Anne Souyris, qui reproche à Jacqueline Eustache-Brinio d’avoir travaillé avec la pédopsychiatre Caroline Eliacheff et la psychanalyste Céline Masson, auteures d’un essai partisan, La Fabrique de l’enfant transgenre, dans lequel il est question de « scandale sanitaire ». La sénatrice communiste Silvana Silvani va même jusqu’à parler « d’une manœuvre politique et politicienne qui vise à racoler les conservateurs ». « Avec cette proposition de loi, j’ai l’impression d’un rouleau compresseur sans empathie ni bienveillance », ajoute-t-elle.

« Il peut y avoir des divergences au sein de la gauche sur la manière d’aborder les questions de transidentités », reconnaît le sénateur socialiste Rémi Féraud. « Mais nous serons tous réunis pour nous opposer à un texte qui est là pour participer à une initiative réactionnaire, dans la lignée de la Manif pour tous », assure l’élu parisien. Le débat de mardi s’annonce particulièrement électrique, tant le sujet divise l’hémicycle. Pour sa part, Mélanie Vogel avoue redouter la teneur des échanges : « J’espère que les mineurs trans, en âge de comprendre les débats, ne nous regarderont pas… », lâche-t-elle.

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Le projet de loi, qui prévoit des missions élargies – en particulier de compétence judiciaire – pour les polices municipales, mais aussi tout un axe sur la formation et la déontologie, est allé depuis de report en report. Un texte qui devait initialement aboutir avant les municipales Au tout début de l’année, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez espérait encore une adoption rapide de ce texte consensuel « peut-être même avant les élections municipales », de mars. L’histoire a eu raison du pronostic de l’ancien préfet. Le gouvernement a ensuite donné rendez-vous en juin pour l’examen. Nouvelle complication. Peu avant la coupure du cœur de l’été, fin juillet, le ministre des Relations avec le Parlement Laurent Panifous confiait au journal Ouest France que le projet de loi sur les polices municipales serait le premier texte pour la session extraordinaire de septembre. Encore raté. À l’approche de la reprise de la session ordinaire, le 1er octobre, l’impatience se fait ressentir chez les élus locaux et les parlementaires. L’inquiétude aussi. La plus grande partie du calendrier parlementaire d’ici la fin de l’année va être occupée les traditionnels débats budgétaires, et campagne présidentielle oblige, les travaux en hémicycle seront interrompus à la fin du mois de février. Ce mercredi 9 septembre, une dizaine d’association d’élus dénonce dans un communiqué commun « l’énième report de l’examen du projet de loi ». Les maires et présidents d’intercommunalités demandent à l’État de « clarifier, dès à présent et concrètement, ses intentions afin de garantir au plus vite l’inscription de ce projet de loi à l’ordre du jour ». « Je suis très en colère contre le gouvernement » « Je suis très en colère contre le gouvernement. On a effectué notre travail, consolidé le texte de manière transpartisane, en acceptant des amendements de tout le monde. Et aujourd’hui, on a un gouvernement qui n’est pas capable de l’inscrire, c’est une honte », réagit la sénatrice (LR) Jacqueline Eustache-Brinio, co-rapporteure du projet de loi. Hors séquence budgétaire qui occupera en séance les députés à partir du 12 octobre, les places dans l’agenda seront chères. Le gouvernement dispose encore de huit semaines à sa main avant le couperet de la fin février. Or beaucoup de textes sont sur la table pour les travaux de cet automne et de cet hiver : la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, qui sera le premier texte inscrit par le gouvernement à la reprise, mais aussi le projet de loi sur le logement ou encore le projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé, tous deux adoptés par le Sénat, ou encore un texte sur les ingérences étrangères annoncé par le Premier ministre. Et c’est sans compter le récent projet de loi de modernisation de la sécurité civile, présenté par le gouvernement. La liste n’est pas exhaustive. « J’ai cru comprendre qu’il serait difficile d’inscrire le texte sur les polices municipales avant le budget. Ils espèrent trouver du temps législatif après le budget, mais les promesses n’engagent que ceux qui croient », s’inquiète Christophe Marion, co-rapporteur (Renaissance) du projet de loi à l’Assemblée nationale. « Le sujet n’est donc peut-être pas de percuter les débats budgétaires avec des chiffons rouges » Joint par Public Sénat, le ministère des Relations avec le Parlement précise que « les arbitrages sont en cours concernant l’inscription des textes pour la session ». Le député du Loir-et-Cher et son collègue co-rapporteur Éric Pauget (LR) annoncent solliciter un rendez-vous à Matignon pour obtenir des assurances sur l’inscription du texte. « Ce qui vient d’arriver à Carcassonne renforce l’idée que le contrôle des polices municipales est nécessaire », insiste-t-il. Hier, le parquet a annoncé la suspension mercredi de quatre policiers municipaux de Carcassonne après la diffusion d’une vidéo les mettant en cause pour des propos racistes. Même volonté de se rappeler aux bons souvenirs de Matignon au Sénat. « Je vais voir avec Gérard Larcher pour que l’on mette la pression sur le gouvernement », prévient Jacqueline Eustache Brinio. Outre les contraintes d’agenda, avec l’empilement de projets de loi, le député Christophe Marion a une autre interprétation de ces retards à répétition. « On a passé des textes régaliens en fin de session parlementaire, je pense à RIPOST. Les socialistes ont voté contre. » Or, les socialistes sur le projet de loi sur les polices municipales ont annoncé en commission leur volonté de « rééquilibrer » le texte. « Le sujet n’est donc peut-être pas de percuter les débats budgétaires avec des chiffons rouges, qui puissent radicaliser des positions ou rendre difficile d’émergence d’un consensus », poursuit le député.  En cas de reprise de débats, il faudrait également compter sur une commission mixte paritaire si le texte est adopté à l’Assemblée nationale. Seule une issue favorable pourrait permettre au texte de pouvoir aboutir dans les temps. « On peut trouver un terrain d’entente », assurent les rapporteurs. « J’attend du gouvernement qu’il aille au bout de la démarche. On a créé de l’espoir avec ce texte, je trouverai ça effrayant de ne pas être à la hauteur des attentes des élus et des policiers », insiste Jacqueline Eustache Brinio. Sans garantie sur ce texte attendu, le traditionnel congrès des maires début novembre pourrait s’ouvrir dans un concert de protestations.
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