Les images de dégradations et d’affrontements enregistrées dans plusieurs villes françaises après la victoire du Paris Saint-Germain face à Arsenal, samedi 30 mai, ont dominé les questions au gouvernement, mardi 2 juin à l’Assemblée nationale. Face aux députés, Sébastien Lecornu a réaffirmé un soutien sans réserve aux forces de sécurité mobilisées durant cette nuit de célébrations marquée par de nombreux débordements. « Nous devons soutenir quoi qu’il arrive les forces de sécurité intérieure, policiers, gendarmes, pour une simple et bonne raison : leur mission est d’appliquer les lois de la République que vous avez votées », a-t-il déclaré. Le chef du gouvernement a dénoncé une « inversion du récit », estimant que certaines critiques reviennent à remettre en cause l’action des forces de l’ordre plutôt que celle des auteurs de violences. Une attitude qui, selon lui, fragilise l’autorité de la loi et le respect des règles républicaines.
Une nuit de violences malgré un dispositif massif
Pour encadrer les célébrations du sacre européen du PSG, les autorités avaient déployé un dispositif exceptionnel de sécurité : 22 000 policiers et gendarmes au total, dont 8 000 à Paris et en Île-de-France. Malgré cette mobilisation, plus de 890 interpellations ont été recensées sur l’ensemble du territoire. Les premières comparutions immédiates ont débuté dès le lundi. À Paris, plusieurs condamnations ont été prononcées pour rébellion, violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique, détention et transport de mortiers d’artifice, ainsi que vols avec violence.
Pour le gouvernement, ces faits dépassent le seul cadre du supportérisme sportif. « Tout cela n’a rien à voir avec des violences de supporters. C’est un phénomène de délinquance beaucoup plus global », a estimé Sébastien Lecornu. Le Premier ministre a également livré plusieurs éléments sur les personnes interpellées. Selon lui, 98 % sont des hommes, un tiers sont mineurs et la majorité des autres sont de jeunes majeurs. Il a aussi indiqué que 85 % sont de nationalité française, tandis que les récidivistes restent minoritaires. Ces données, a-t-il souligné, appellent une réflexion sur les causes de ces violences et sur l’adaptation des réponses judiciaires et administratives.
Le projet de loi « Ripost » en ligne de mire
Sébastien Lecornu a plaidé pour une évolution rapide de l’arsenal juridique, estimant qu’« on ne peut pas en rester là ». Plusieurs pistes ont été évoquées, notamment le renforcement de la lutte contre les tirs de mortiers d’artifice, le développement de la vidéosurveillance algorithmique et le durcissement des interdictions de stade. « Se pose évidemment la question de l’adaptation de notre droit, notamment à la question des tirs de mortier », a-t-il expliqué devant les députés.
Le Premier ministre a également insisté sur le rôle des addictions dans ces phénomènes, évoquant les stupéfiants et l’usage du protoxyde d’azote : « L’ensemble de ces tensions se font sur fond d’addiction malheureusement », a-t-il déclaré. Dans ce contexte, il a annoncé vouloir accélérer l’agenda parlementaire en proposant la convocation d’une session extraordinaire au début du mois de juillet. Cette session permettrait d’examiner le projet de loi « Ripost », déjà adopté par le Sénat. Ce texte, porté par le ministère de l’intérieur, vise à apporter des « réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité » des Français.
Vers un renforcement de la responsabilité financière ?
Au-delà de la réponse pénale, Sébastien Lecornu a également insisté sur la question du coût des dégradations, aujourd’hui supporté par la collectivité via les assurances et les impôts. Il a plaidé pour un renforcement du principe de réparation civile, estimant que les mécanismes actuels ne permettent pas suffisamment de recouvrer les sommes auprès des auteurs. Sans remettre en cause les prestations sociales, il a évoqué la possibilité d’un mécanisme de contribution des responsables : « L’auteur d’un acte de violence doit pouvoir réparer », a-t-il conclu.