Les grandes vacances n’ont pas encore commencé et l’Hexagone vit déjà un deuxième épisode caniculaire. Cinquante-trois départements au total seront placés « en vigilance orange canicule » à partir de vendredi midi allant du Bassin parisien à l’est, en passant par la Bourgogne. Après les critiques du mois dernier sur son manque de réaction face à une vague de chaleur inédite pour la saison, l’exécutif a souhaité cette fois-ci montrer un visage offensif dès le début de la hausse du mercure. Mercredi, les ministres de la Transition écologique et du logement, Monique Barbut et Vincent Jeanbrun présentaient à la presse un premier bilan du Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), qui doit préparer la France à un réchauffement pouvant aller jusqu’à + 4 °C d’ici 2100.
L’occasion pour le ministre du Logement d’annoncer plusieurs mesures « du plan endurance » annoncé au mois de mai. Via le dépôt d’un amendement au projet de loi de relance du logement, présenté la semaine prochaine en Conseil des ministres, les copropriétés pourront voter à la majorité simple des travaux d’ampleur et de rénovation. Cette mesure sera assortie de la possibilité de faire financer les travaux, notamment l’installation de stores, volets et brasseurs d’air, par un prêt collectif à la copropriété.
La TVA sur les pompes à chaleur réversibles air-air passera par ailleurs à 5,5 %, contre 20 % aujourd’hui pour la pose et 10 % pour l’équipement, tandis que le sujet du confort d’été sera systématiquement intégré dans les projets de rénovation de l’Anru 3 dans les quartiers de la politique de la ville. L’installation de protections solaires et brasseurs d’air sera éligible à MaPrimeRénov’ pour les rénovations d’ampleur des logements dans le parc résidentiel privé, a précisé le ministère dans un communiqué. Vincent Jeanbrun a également insisté sur la nécessité de développer la nature en ville, ainsi que sur l’essor de la géothermie et des réseaux de froid, avec pour objectif de doubler la capacité de ces derniers d’ici 2030 et de la tripler d’ici 2040.
« Nous et nous allons devoir augmenter ces ressources », reconnaît Monique Barbut
Insuffisant pour le sénateur écologiste Daniel Salmon qui a interpellé la ministre de la Transition écologique, mercredi, lors des questions d’actualité au gouvernement. « A quand un grand plan chaud ? A quand un plan massif d’isolation des hôpitaux et des écoles ? A quand une sortie des politiques erratiques de rénovation des logements ? », a-t-il interrogé jugeant « dramatiquement faibles », les mesures du plan national d’adaptation au changement climatique.
Monique Barbut a défendu son bilan et a rappelé qu’en 2025, 1,7 milliard d’euros avaient déjà été consacrés à « des travaux liés aux questions d’adaptation ». « Ce n’est pas à la hauteur de ce que nous devons faire et nous allons devoir augmenter ces ressources », a-t-elle toutefois reconnu avant d’indiquer que pour 2026 aussi, la moitié de l’enveloppe du Fonds vert serait consacrée à l’adaptation.
Ce Fonds a créé en 2023 pour financer les projets des collectivités territoriales destinés à accélérer la transition écologique, initialement doté d’un budget de 1,5 milliard, il a atteint 2,5 milliards avant d’être considérablement réduit dans la dernière loi de finances à 837 millions d’euros. « Rétablir le Fonds Vert à 2,5 milliards d’euros n’est pas compatible avec l’état de nos finances publiques », avait justifié devant le Sénat, le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, en expliquant que le « calendrier électoral de 2026 n’est pas celui de 2025. Avec les municipales en 2026, les exécutifs locaux n’engageront pas de dépenses liées au Fonds Vert dans la première moitié de l’année. »
La sénatrice LR, Christine Lavarde souligne que ce coup de rabot « n’a pas d’incidence » sur le plan canicule actuelle « car les investissements nécessitent plusieurs mois pour être mis en œuvre. Les mesures de micro d’adaptation des plans ministériels ne vont pas rendre la ville plus résiliente. Ces actions nécessitent de nombreux moyens. Le gouvernement doit également prendre en compte des politiques publiques contradictoires. On ne peut pas demander aux élus de mettre en place des îlots de fraîcheur tout en demandant de densifier la commune », note-t-elle.
La gauche réclame « un plan Marshall d’adaptation des services publics »
Interrogé par publicsenat.fr, Daniel Salmon réaffirme son idée de distinguer des mesures d’urgence prises dans le cadre « d’un plan chaud ». « A l’image du plan grand froid, ce plan chaud » consisterait « à faire des mises à l’abri dans des parcs ou des parkings souterrains. Il ne s’agit plus de se contenter de mesures cosmétiques qui consistent à dire aux gens de se mettre au frais et à boire de l’eau. Et il faut se projeter dans les années à venir avec un plan massif d’isolation thermique des bâtiments. Le dispositif MaPrimeREnov ne doit plus être une variable d’ajustement des politiques publiques. On n’a besoin d’argent et la solidarité nationale qui s’impose », appuie-t-il.
L’élu écologiste rejoint ainsi son collègue Patrick Kanner. Le président du groupe socialiste du Sénat réclame « un plan Marshall d’adaptation des services publics ». « Il faut traiter tous les lieux qui accueil du public comme les écoles et les maisons de retraite. Cela doit être une priorité nationale stratégique et donc budgétaire qui nécessite d’aller chercher des moyens nouveaux notamment en taxant les grands énergéticiens », esquisse-t-il.
« Il y a eu une prise en main du sujet par l’Etat et ses opérateurs »
François Thomazeau directeur de programme au sein de l’institut de l’économie pour le climat (I4CE) salue le « travail de fond » opéré avec le troisième plan national d’adaptation au changement climatique présenté l’année dernière. « Il y a eu une prise en main du sujet par l’Etat et ses opérateurs. La dynamique est plutôt intéressante. Ce qui a été fondamental, c’est la définition d’une trajectoire de réchauffement de référence. Ce qu’on appelle la TRACC, pour préparer la France à une hausse des températures à plus de 4 degrés d’ici 2100. Elle a été rendue juridiquement opposable par décret début 2026. Ce travail était nécessaire pour mettre à jour les référentiels de risques, produire des diagnostics de vulnérabilité partagés et accompagner les stratégies d’adaptation des collectivités locales et des entreprises ».
Au rang des critiques, François Thomazeau regrette le manque de « portage politique, le manque de vision incarnée, de visibilité sur les moyens budgétaires, les événements climatiques vont continuer sur des décennies. La réduction des moyens du Fond Vert constitue pour l’I4CE « un angle mort » tout comme le manque d’articulation entre le local et le national. « Beaucoup des grandes décisions d’adaptation — reculer face à la mer, végétaliser une ville, rénover les écoles — se prennent à l’échelle des collectivités. Les « COP territoriales » ont posé les bases, mais sans plan d’action structuré, sans financements fléchés, et avec des élus dont le niveau d’appropriation reste très inégal », relève l’I4CE dans son bilan de la mise en œuvre du plan d’adaptation au changement climatique.
« Une France qui gère l’adaptation en mode réactif »
La SNCF a supprimé 71 trains Intercités qui devaient circuler de jeudi à lundi, pour « prévenir les pannes potentielles de climatisation liées aux très hautes températures ». « C’est un exemple d’une France qui gère l’adaptation en mode réactif, en rattrapant le retard, plutôt qu’en anticipant. Il va falloir se poser la question de ce que l’on veut à tout prix conserver et instruire l’autre question des choses auxquelles on peut renoncer en s’organisant différemment. Ça passera par un changement de planning pour les examens, un travail de mutualisation des locaux, une mise à disposition des parcs, des points de fraîcheur, c’est moins coûteux que de rénover l’ensemble des logements pour les mettre en confort d’été », souligne François Thomazeau.