« C’est de la survie de notre pays dont il s’agit » : François Bayrou prend à témoin les Français sur le « surendettement de la France »

A l’issue de la première réunion du comité d’alerte sur les finances publiques, le Premier ministre a tiré le constat de la gravité de la situation budgétaire et économique de la France. Il lance une mobilisation avec les parlementaires, les partenaires sociaux ou encore les collectivités locales pour aboutir à de « grandes orientations » au début de l’été.
Guillaume Jacquot

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Ouragan, tsunami, tremblement ou encore cyclone : le Premier ministre n’était pas loin ce 15 avril d’épuiser tout le champ lexical des catastrophes pour dépeindre l’état instable du monde, depuis l’invasion de l’Ukraine jusqu’aux bouleversements des décisions de Donald Trump en matière de soutien militaire ou de politique commerciale.

Face à son gouvernement, des représentants du Parlement, des associations d’élus ou encore les organisations syndicales et patronales, le Premier ministre a tenu à faire un « exercice de vérité » sur la « gravité » de l’état des finances publiques. « Notre conviction, seule une prise de conscience de nos concitoyens, seule la confrontation — les yeux ouverts — avec la vérité de notre situation, peut soutenir une action déterminée », a-t-il expliqué.

« Nous ne produisons pas assez, et nous ne travaillons pas assez »

Au cours d’un discours d’un peu moins d’une heure, en s’appuyant sur plusieurs infographies et graphiques illustrant les écarts avec nos voisins européens, le chef du gouvernement a dressé la « photographie cruelle » des raisons des difficultés budgétaires du pays. « Nous ne produisons pas assez, et nous ne travaillons pas assez », a-t-il d’abord relevé, insistant sur le chômage des jeunes et des seniors, mais aussi sur le déficit commercial. « La politique de retour de la production et de réindustrialisation, si on veut s’y engager avec l’énergie nécessaire, doit devenir une obsession pour notre nation tout entière et un principe d’organisation de notre économie », a-t-il encouragé.

François Bayrou a également mis en garde contre le niveau trop élevé des dépenses et du déficit public. Pour rééquilibrer les comptes, le Premier ministre a jugé qu’une nouvelle augmentation des prélèvements obligatoires et un nouveau recours à la dette seraient « intenables » et devaient donc être « écartés ». « Nous nous trouvons aujourd’hui au bord d’une situation de surendettement […] C’est un cercle vicieux, un piège dangereux, potentiellement irréversible », a-t-il mis en garde.

« Refus du surendettement »

Une remontée des taux d’intérêt menacerait « gravement » à la fois l’indépendance mais aussi toutes les marges d’action du pays, selon lui. La France, lestée de 3 300 milliards de dette, conséquence de tous les déficits accumulés depuis 50 ans, va dépenser cette année 62 milliards d’euros uniquement sur les intérêts de sa dette, soit autant que le budget de l’Education nationale (hors pensions de retraite) ou de la défense. François Bayrou maintient le cap de la trajectoire budgétaire adoptée cet hiver, à savoir un retour du déficit sous les 3 % du PIB d’ici 2029. « C’est le seuil en deçà duquel la dette n’augmente plus. C’est un seuil d’indépendance », a-t-il justifié.

Dans le contexte du désengagement américain en Europe, et donc d’un renforcement accru des armées européennes face à la Russie, François Bayrou a annoncé que la hausse du budget des armées françaises serait « sans doute de quelque 3 milliards d’euros » en 2026.

En parallèle du « refus du surendettement » et de « l’indépendance en matière de sécurité et de défense », le gouvernement veut également poursuivre son chantier de la « refondation de l’action publique ». Depuis février, les différentes administrations centrales se penchent sur l’étendue de leurs missions et de leurs budgets. Cette revue sera transmise aux commissions des finances, avant un travail d’évaluation.

Le redressement des finances publiques devra reposer sur un certain nombre de garanties, selon François Bayrou. Le gouvernement souhaite « garantir la vitalité économique », autrement dit poursuivre la politique d’attractivité pro-entreprises entamée depuis le précédent quinquennat. « Nous devons agir avec résolution, mais aussi dans le respect de ce que nous sommes, de notre modèle social et de notre République décentralisée », a-t-il également souligné, à destination tant des partenaires sociaux que des élus locaux présents dans la salle.

Accélération du calendrier budgétaire

Dans un exposé des chiffres qu’il souhaite « objectif », le Premier ministre a donc pris à témoin les Français, alors que son gouvernement fait face au même risque de censure que le précédent gouvernement de Michel Barnier, tombé en plein débat budgétaire. « Il serait lâche et irresponsable de fermer les yeux, de pousser la poussière sous le tapis. Aucun gouvernement, ni le nôtre, ni ceux qui viendront après nous, ne pourront éluder cette question. C’est de la survie de notre dont il s’agit », a-t-il insisté.

Ce « diagnostic » désormais posé sur la situation du pays, François Bayrou a donné rendez-vous dans les « semaines et les mois qui viennent » pour proposer « des orientations et des solutions » sur lesquelles « nous serons jugés », a-t-il précisé. Alors qu’habituellement les grands choix du projet de loi de finances et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale sont connus à la fin septembre, le Premier ministre souhaite accélérer le calendrier budgétaire. « Notre but, c’est que ces grandes orientations soient proposées avant le 14 juillet. »

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