« Dans le monde politique et de l’entreprise, le pouvoir dénature les gens », observe Elisabeth Moreno

Si devenir ministre lui a permis de faire avancer la cause des femmes, elle a aussi, pendant deux ans, découvert l’envers du monde politique. Entre « carriérisme », environnement masculin et manque de soutien pour faire avancer le féminisme, Elisabeth Moreno revient sur ses combats, son expérience gouvernementale et les travers du pouvoir au micro de Rebecca Fitoussi, dans l’émission Un monde, un regard.
Simon Nicolle

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Je ne sors pas de l’ENA, ni de Sciences Po, ni de Polytechnique », clame-t-elle ! Malgré un parcours atypique, l’entrée d’Elisabeth Moreno au gouvernement Castex comme ministre de l’Égalité femmes-hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances n’est pas si surprenante. Arrivée en France avec ses parents pour soigner sa petite sœur gravement brûlée, la native du Cap-Vert s’est toujours engagée pour l’égalité des droits, qu’elle soit sur les bancs de la fac ou à la tête d’entreprises de la « tech ». « Je venais du monde de l’entreprise, qui a aussi ses codes, je ne parlais pas la langue politique mais j’ai réalisé que je faisais de la politique sans le savoir », considère-t-elle avec du recul.

Une ministre sans les codes

Un profil, issu de la société civile et du secteur privé, qui n’avait pas manqué de surprendre les médias, à l’époque, ironisant même sur une ministre qui « n’avait pas sa langue dans sa poche ». Un traitement que l’ex-ministre dénonce encore aujourd’hui : « Est-ce que l’on dirait d’un homme qu’il n’a pas sa langue dans sa poche ? Qu’est-ce que cela veut dire ne pas avoir sa langue dans sa poche ? Est-ce à dire que lorsqu’une femme exprime ses convictions, elle n’a pas sa langue dans sa poche ? ».

Son expérience du monde politique, même courte, a surtout été marquée par une forme de désillusion. « Le pouvoir dénature les gens, je l’ai vu dans le monde de l’entreprise, dans le monde politique (…) De plus en plus, on voit bien que certains politiques sont là pour gérer leur carrière et l’intérêt général passe au second plan », se désole-t-elle, même si elle y a aussi rencontré des politiques au service du collectif.

Le monde politique et le monde des affaires

Pour avoir mis un pied dans chaque monde, Elisabeth Moreno perçoit certaines similitudes entre l’action publique et le monde de l’entreprise : « J’ai fait l’ensemble de ma carrière dans des milieux extrêmement masculins. Les règles du pouvoir, les voies du pouvoir ont été créées par et pour des hommes. Les femmes, quand nous y entrons, nous sommes très souvent en infraction ».

Seules 10 % des femmes occupent les directions des grands groupes internationaux français. « Pourquoi ? », se demande-t-elle. De son point de vue, « le talent est également réparti, les hommes ne sont pas plus talentueux que les femmes et les femmes ne sont pas plus talentueuses que les hommes, mais les opportunités, elles, sont très mal réparties ».

La difficulté de faire avancer la cause des femmes

Si depuis 2024, date de son départ du gouvernement, elle reste éloignée de la politique, elle continue d’œuvrer pour la cause des femmes. Pourtant, en deux ans au gouvernement, elle aura pris de nombreuses mesures de protection des femmes comme les bracelets antirapprochement, la féminisation des comités de direction de la haute administration, ou encore la gratuité de l’accès à la contraception pour les femmes de moins de 25 ans, et des actions contre la précarité menstruelle.

Autant de mesures qu’il a fallu imposer, y compris auprès d’autres femmes du gouvernement. « J’ai eu davantage de difficultés en politique avec des femmes qu’avec des hommes (…) Pourquoi imaginez-vous qu’il y ait de la sororité en politique quand il n’y en a pas toujours dans la vie normale ? », déplore Elisabeth Moreno.

L’émission est à retrouver dans son intégralité ici.

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS : Rendez-vous Gerard Larcher dans son bureau au Senat.
4min

Politique

[Info Public Sénat] Gérard Larcher officialise sa candidature à la présidence du Sénat dans une lettre aux sénateurs

Sans surprise, le président LR du Sénat officialise sa candidature à sa propre succession, dans un courrier envoyé aux sénateurs. Dans son projet intitulé « le Sénat, acteur de la vie politique française », il souligne que la Haute assemblée doit « assurer un contre-pouvoir indispensable à la démocratie ». Une dimension qui devrait être renforcée, en cas de victoire de l’extrême droite à la présidentielle.

Le

ST CLOUD:Socialist candidates-TV debate
5min

Politique

Présidentielle : il y a 20 ans, la première primaire « semi-ouverte » du PS, et déjà Ségolène Royal

À l’occasion du premier débat télévisé entre les cinq candidats de la primaire coorganisée par le PS, ce mercredi 23 septembre, Public Sénat se replonge dans ses archives. Il y a 20 ans, les deux chaînes parlementaires avaient accueilli les trois débats télévisés de la première primaire « semi-ouverte » du PS. Ségolène Royal, encore candidate cette année, faisait alors figure de grande favorite.

Le

Pope Leo XIV Wednesday General Audience – September 23  2026
8min

Politique

La visite du pape enfreint-elle le principe de laïcité ?

L'arrivée du pape Léon XIV pour une longue visite de quatre jours en France suscite plusieurs interrogations sur la compatibilité de son accueil avec le principe de laïcité. Messe géante, restriction de l'accès à l'espace public, achat d'écrans géants par une mairie, et demande de banalisation de la journée d'école de vendredi dans les établissements privés sous contrat… On fait le point.

Le