French President Emmanuel Macron speaking in a televised speech, Paris, France – 05 Dec 2024
Mandatory Credit: Photo by Matthieu Mirville/ZUMA Press Wire/Shutterstock (14975252f)This photo shows a person watching French President Emmanuel MACRON speaking in a televised speech the day after the adoption of the motion of censure against the Government of Michel BARNIER voted by the National Assembly on December 05, 2024 in Paris, France.French President Emmanuel Macron speaking in a televised speech, Paris, France - 05 Dec 2024/shutterstock_editorial_French_President_Emmanuel_Macr_14975252f//2412052021

« Déni, mépris, seul contre tous »… la gauche sidérée par l’allocution d’Emmanuel Macron

Alors qu’Emmanuel Macron a appelé dans une allocution à la constitution d’un gouvernement « d’intérêt général », les groupes de gauche du Sénat n’y voient pas d’inflexion de la part du chef de l’Etat. Ils pressentent la nomination d’un nouveau gouvernement reposant sur la même majorité et les mêmes politiques. Le chef de l'Etat bafoue le résultat des dernières élections législatives, d’après eux.
Louis Mollier-Sabet

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Le déni. C’est ce qui revient le plus souvent dans la bouche des présidents de groupe du Sénat, après l’allocution d’Emmanuel Macron ce jeudi soir. Pourtant, après la censure du gouvernement Barnier, socialistes, écologistes et communistes avaient – à leur façon – ouvert la possibilité d’une construction « texte par texte » d’une majorité de gauche soutenue par le centre, notamment autour d’un « accord de non-censure. » Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat, a notamment envoyé ce jeudi un courrier à Emmanuel Macron lui proposant « que les partis ayant participé en juillet dernier au Front Républicain, bâtissent une méthode en mesure de faire émerger des majorités texte par texte au Parlement » (voir notre article). « Le Président de la République que j’ai entendu ce soir me laisse très perplexe, il n’est responsable de rien, ne doute de rien, a raison sur tout et seul contre tout le monde », lâche le sénateur du Nord.

Même son de cloche chez Cécile Cukierman, présidente du groupe communiste : « Le Président était sur la défensive, cherchant à se justifier sans se remettre en question, ce qui n’est pas justifiable. J’ai vu quelqu’un d’assez arrogant, ne voulant pas accepter le réel tel qu’il est et reconduisant les mêmes erreurs. » Un Emmanuel Macron « dans le déni le plus absolu », pour Guillaume Gontard, président du groupe écologiste, qui ajoute : « le Président, toujours dans le mépris insulte les électeurs du Front Républicain » en qualifiant ceux qui ont voté la motion de censure « d’extrême gauche et d’extrême droite unies dans un front antirépublicain. »

« J’ai l’impression que ça sera un gouvernement issu de son propre camp »

Or c’est par ce Front Républicain que la crise pourra se résoudre, pour le sénateur de l’Isère : « On peut dire ce qu’on veut sur qui a gagné les élections de juin dernier, il y a deux éléments à en tirer : le rejet de la politique d’Emmanuel Macron, et un vrai barrage républicain face au RN. Avec Michel Barnier, Emmanuel Macron allait se mettre dans les bras du RN et il repart dans le même délire. » Le président du groupe écologiste y voit un « discours pour rassurer autour de sa démission, qui l’enferme finalement totalement, et l’amènera peut-être paradoxalement à avoir comme unique solution sa démission. » D’après Guillaume Gontard, LR n’ayant pas participé à ce Front Républicain, la solution ne se trouve pas de ce côté : « C’est ce socle qui permettrait à un gouvernement de trouver la stabilité sur un budget. Alors oui, ça veut dire un bouger de la part des macronistes. »

« Ce n’est pas agréable de perdre les élections, mais personne ne lui demande s’il est d’accord avec le résultat, ce résultat existe », renchérit Cécile Cukierman. « C’est la question qui se pose à lui : décide-t-il, oui ou non, de prendre en compte le résultat des élections législatives ? Si oui, c’est à la gauche qui est en tête, mais sans majorité absolue, de construire une majorité plus large. Si non, on ne peut pas dire qu’on veut de la stabilité », estime la présidente du groupe communiste. « Quand j’entends ce soir ‘un gouvernement resserré’ et le vocable utilisé, j’ai l’impression que ça sera un gouvernement issu de son propre camp », anticipe-t-elle.

« Trouver un Premier ministre qui ne soit pas un barycentre des droites au Parlement, mais au barycentre du Front Républicain »

Même au sein du PS opposé à l’alliance avec LFI, on ne voit pas de main tendue par Emmanuel Macron. « Se couper de LFI, je le défends depuis longtemps donc ça ne me dérange pas de le redire », assume Rémi Féraud. » Mais ce n’est pas le sujet : le sujet c’est de respecter le Front Républicain et de trouver un Premier ministre qui ne soit pas un barycentre des droites au Parlement, mais au barycentre de ce Front Républicain et qui intègre donc des mesures de gauche », ajoute le sénateur socialiste de Paris.

Patrick Kanner, l’affirme : les hypothèses Bayrou, Lecornu ou tout autre nom issu du camp d’Emmanuel Macron « signifierait qu’un Président sanctionné aux Européennes, et qui a perdu sa majorité aux législatives passe tout ça par pertes et profits et renomme les copains. » Le président du groupe socialiste, qui sera reçu ce vendredi à midi avec Boris Vallaud et Olivier Faure, demandera « clairement » à Emmanuel Macron la nomination d’un Premier ministre de gauche qui s’engagerait à ne pas utiliser le 49-3, seule option pour arriver à conclure un accord de non-censure, d’après lui. Les dirigeants des Écologistes devraient aussi être reçus par Emmanuel Macron mais n’ont pas encore de date précise à l’heure actuelle, et les communistes n’ont pas encore été contactés.

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