C’était la surprise de l’été. Quand son nom est apparu en juillet pour se lancer dans la primaire de la gauche sociale-démocrate, certains ne l’avaient pas vu venir. Aujourd’hui, Ségolène Royal est bel et bien candidate à la primaire PS/Place Publique/GRS, aux côtés du numéro 1 du PS, Olivier Faure, du leader de Place Publique, Raphaël Glucksmann, du député PS Jérôme Guedj et du député ex-PS Emmanuel Maurel, à la tête de la GRS (Gauche républicaine et socialiste). Mais pas de Philippe Brun, exclu de la primaire suite à des « accusations de violence » venant de son ex-collaboratrice.
« C’est une redoutable débattrice »
L’ancienne candidate à la présidentielle de 2007, battue au second tour face à Nicolas Sarkozy, vient ainsi bousculer une primaire qui n’aurait connu que des candidats masculins, sans elle. Et si sur le papier, Raphaël Glucksmann incarne le rôle de favori, elle entend jouer sa carte crânement.
Va-t-elle bousculer le petit monde socialiste et de Place Publique ? Certains ne tremblent pas (encore), mais redoutent son franc-parler et son expérience. « C’est une personne qui connaît le taf, qui connaît les médias, c’est une redoutable débattrice qui n’a peur de rien, donc elle va peser. Et ce sera la seule femme de cette primaire. Elle va occuper l’espace, il ne faut surtout pas la sous-estimer », met en garde un responsable. Avec trois débats télés à venir, elle pourrait gagner des points. « C’est sa force. Elle est capable de tout, de balancer un scud, pas étayé, mais qui semble plus vrai », redoute un sénateur qui ne partage pas sa ligne.
« Elle est la plus capée de tous les candidats »
Son directeur de campagne, le maire PS d’Alfortville, Luc Carvounas, assure pourtant qu’elle entend « faire en sorte que la primaire soit positive, sans petite phrase, chacun sur les idées, pour attirer le plus grand nombre ». « On est dans une campagne joyeuse. On est une start-up avec des gens assez agiles », ajoute celui qui vient d’être réélu ce mercredi à la tête l’Unccas (Union nationale des centres communaux d’action sociale). L’ancien sénateur PS rappelle au passage qu’« elle est la seule de tous à avoir l’expérience d’un débat d’entre-deux tours à la présidentielle. Elle est la plus capée de tous les candidats ». Parlant même « d’effet waouh » autour de Ségolène Royal, la suite de la campagne passera par un meeting, la semaine prochaine, le 22 septembre, à Alfortville. Des déplacements à Poitiers, Dijon et dans le Nord sont aussi en préparation.
Du côté des soutiens de Raphaël Glucksmann, on assure ne pas s’inquiéter, ni vouloir l’attaquer. « C’est une femme pleine de talent, extrêmement créative. Et dans le même temps, c’est quelqu’un qui n’est pas dans un cadre, pas dans une logique d’appareil », souligne l’eurodéputé PS François Kalfon, qui soutient le leader de Place Publique. « Elle sera candidate sur son registre. C’est une orientation politique qui n’est pas celle de Raphaël Glucksmann, c’est une évidence. C’est celle de l’alliance sans limite à gauche, et LFI compatible », ajoute François Kalfon.
Ne croyant « pas qu’elle va poser problème », ni « qu’elle va gagner cette primaire », François Kalfon pointe certaines limites, cependant, chez Ségolène Royal : « La créativité, c’est utile. Mais après, il faut faire un tri. Et elle ne l’a pas toujours fait. Elle s’est beaucoup cherchée, elle va dans tous les sens », lance le soutien de Raphaël Glucksmann.
« 10 ans de pérégrination idéologique et politique »
Un parcours que ne se privent pas de relever certains. « Elle a repris sa carte après 10 ans de pérégrinations idéologiques et politiques. Elle a été proche d’Emmanuel Macron lors du premier quinquennat, ce qui lui a valu une nomination diplomatique. Ensuite, elle était prête à être tête de liste aux européennes pour Jean-Luc Mélenchon. C’était quand même le grand écart. Et elle revient à sa famille historique », raille un cador du parti à la rose. Un sénateur rappelle aussi qu’elle a tenté, en vain, d’être candidate PS lors des sénatoriales pour les Français établis hors de France, en 2021. Le parti ne lui avait pas donné l’investiture.
Un soutien d’Olivier Faure pointe aujourd’hui ce retour tardif dans l’arène socialiste. « C’est une candidature qui débarque comme ça. Il y a un socialiste qui a mouillé la chemise depuis 2018, pour que le PS soit plus fort, avec un ancrage à gauche. Il s’appelle Olivier Faure. Et d’autres qui débarquent maintenant »… pointe ce sénateur PS.
Sur les évolutions de la candidate, Luc Carvounas répond point par point. « Je ne trouve pas de prise de position pour un vote en faveur d’Emmanuel Macron. Le fait d’être nommé ambassadrice des pôles ne vaut pas soutien à Emmanuel Macron », soutient son directeur de campagne, qui ajoute qu’« elle n’a jamais appelé à voter Mélenchon, mais pour le vote utile. Enfin, de quel nomadisme parle-t-on ? Elle est restée au PS ».
Un rapprochement Faure-Royal est-il possible contre Glucksmann ?
Comme rien n’est jamais simple chez les socialistes, certains avancent que Ségolène Royal serait en réalité « téléguidée par Olivier Faure », pour mieux jouer un front anti-Glucksmann au second tour, face à Raphaël Glucksmann. « J’ai entendu cette théorie. Ce qui est certains, c’est qu’Olivier Faure considère que l’ambition de Glucksmann n’est pas en phase avec ce qu’il pouvait espérer de l’eurodéputé. L’objet a échappé des mains de son créateur ! Car c’est Olivier Faure qui l’a créé, pour les européennes. Et l’autre y a pris goût… » lâche un parlementaire socialiste aguerri aux jeux d’appareil.
S’il faudra attendre les débats et l’éventuel second tour pour connaître l’attitude de chacun, on peut cependant déjà noter une proximité de fond entre Olivier Faure et Ségolène Royal, sur le sujet sensible des alliances. Raphaël Glucksmann, « le soi-disant favori, est sur une ligne claire d’union avec le centre droit, comme François Hollande. Et Jérôme Guedj ne sera pas à mon avis au second tour. Il appellera à voter Glucksmann je pense », avance Luc Carvounas, pour qui « il y a deux lignes politiques différentes dans la primaire : celle de l’union de la gauche. C’est ce que porte Ségolène Royal. Et la ligne qu’il faut élargir la gauche à droite. Ça s’appelait autrefois le macronisme… Mais 10 ans de macronisme, on a vu ce que ça donnait ». Il ajoute :
L’union de la gauche, ligne portée aussi par Olivier Faure. « C’est un point commun non négligeable », sourit un socialiste. Mais plutôt que de parler aux appareils, en l’occurrence LFI, sujet qui divise profondément le PS, Ségolène Royal entend elle « parler aux électeurs et parler aux Français ».
« Certains ont démarré la primaire en pensant que le match était plié. Mais il y a match »
Mais au-delà des coups de billard à trois bandes, Ségolène Royal, qui s’est engagée à soutenir Glucksmann s’il l’emporte, pourrait-elle devenir elle-même la surprise de la primaire, en se hissant au second tour ? « Si ça reste au niveau des militants, ça ne passera pas. Sa seule chance, c’est de faire monter les adhésions à 15 euros. Si ça reste à 70.000 votants, ça ne passera pas », tranche un responsable socialiste. Même analyse de François Kalfon. « Avec un corps électoral de 40.000 inscrits côté PS, avec peut-être 30.000 votants, et entre 12.000 et 20.000 pour Place Publique, ça pèse. Et il y aura au minimum plus d’un tiers des votants PS qui votera pour Raphaël Glucksmann », analyse l’eurodéputé, qui « entend que ça ne bouge pas côté adhésions, au PS. On me dit 80 par jour. Ce n’est pas ça qui modifie le rapport de force ».
Un éléphant socialiste voit une seule chance pour Ségolène Royal : « Il faut un grand mouvement d’adhésion à son profit, venant du dehors ». Mais avec un coût d’entrée à 15 euros, ça complique les choses. Le même souligne qu’« elle a encore ses réseaux, Désirs d’avenir. Elle a les mails et les téléphones. Elle peut avoir une ressource ». « Il y a le RGPD. On ne peut pas utiliser les fichiers comme ça », rétorque Luc Carvounas, « mais de manière assez spontanée, des adhérents de Désir d’avenir nous ont écrit pour vouloir reprendre du service », assure le maire d’Alfortville. Ils seraient « plusieurs centaines ». Depuis que le nouveau site Internet de Ségolène Royal a été mis en ligne cet été, l’équipe de campagne compterait « plus de 5.000 inscrits en un mois ». Qu’ils soient prêts à payer les 15 euros pour voter, « c’est tout l’enjeu », reconnaît Luc Carvounas, qui veut y croire : « Personne ne peut connaître le résultat du 10 au soir. Certains ont démarré la primaire en pensant que le match était plié. Mais il y a match ».