A qui le tour ? En ce moment à gauche, il y a assez de candidats pour monter une équipe de foot, voire compter quelques remplaçants. A un an de la présidentielle, entre les candidats déclarés ou quasi, putatifs et éventuels, ça se bouscule. Il y a bien sûr Jean-Luc Mélenchon. Même si le leader insoumis n’est pas officiellement le candidat de LFI, c’est tout comme. Et rien ne semble pouvoir le faire changer d’avis.
Pléthore de candidats
Dans le reste de la gauche, celle de Ruffin à Glucksmann, on voit les ambitions s’entrechoquer. Avec pléthore de candidats possibles. On se lance : le leader de Place Publique, Raphaël Glucksmann, François Hollande, l’ex qui rêve de revenir, tout comme son ex-premier ministre, Bernard Cazeneuve, qui se dit maintenant « prêt » pour la cause. Au PS, Olivier Faure, Boris Vallaud et Jérôme Guedj, ce dernier étant déjà déclaré, s’y verraient bien. Vous en voulez encore ? La patronne des écologistes Marine Tondelier est désignée par son parti. Citons aussi François Ruffin, que certains voient y aller « quoi qu’il en coûte », Clémentine Autain, le numéro 1 du PCF, Fabien Roussel, mais aussi Delphine Batho. Sans oublier Nathalie Arthaud, déjà candidate pour la quatrième fois à la présidentielle. Cerise sur le gâteau, le milliardaire de gauche (il y en a), Mattieu Pigasse, se dit « disponible pour la gauche ». Amen.
Avec autant de velléités, de différences idéologiques et de stratégies opposées, entre pro primaire et pro sondages, il n’y a plus grand monde pour y comprendre quelque chose. Si la situation devait rester en l’état – ce ne sera sûrement pas le cas – la gauche va-t-elle droit dans le mur ? Pour l’heure, elle semble y aller tout droit, et gaiement. Réunis ce week-end à Liffré, en Ille-et-Vilaine, François Hollande, Raphaël Glucksmann, le sénateur et ex-candidat écologiste à la présidentielle, Yannick Jadot ou encore l’ex-insoumise Raquel Garrido, ont échangé, sans encore trouver la clef.
« C’est comme un tableau impressionniste, on y va par petites touches et on trouve l’harmonie »
On retrouve en partie les mêmes, derrière le manifeste « Construire », signé par Raphaël Glucksmann, Boris Vallaud, Yannick Jadot, Carole Delga ou Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat. « Nous ne nous résignons pas à la victoire du Rassemblement National en 2027 », dit le texte, « nous voulons gagner maintenant ». « Aujourd’hui, plus de 1.000 élus et 14.000 personnes au total ont signé la démarche, qui vise à considérer que la primaire, telle qu’envisagée par Olivier Faure, a du plomb dans l’aile. Notre démarche, c’est de montrer qu’une autre voie est possible. Qui est celle de chercher une forme d’évidence », défend le patron des sénateurs PS, qui raille la « petite primaire ». Et après ? « Si le départage arrive à l’automne, comme c’est souvent le cas, la méthode sera le poids des uns et des autres, la confiance des Français au travers des sondages », imagine Patrick Kanner. Mais le sénateur du Nord reconnaît que « c’est évident, que s’il y a trois candidats PS, plus Ruffin et Autain, je sais quel sera le résultat : le premier à gauche sera Jean-Luc Mélenchon et il y aura un vote utile Mélenchon contre la gauche de responsabilité, qui serait en confettis ».
Mais il espère bien que le tableau va apparaître, petit à petit : « C’est comme un tableau impressionniste, on y va par petites touches et on trouve l’harmonie. Et la touche finale sera le candidat ». Mais lequel ? « Tous ces noms, Hollande, Vallaud, Glucksmann, Cazeneuve, qui montre ses muscles en se disant pourquoi pas moi, sont capables de porter cette gauche qui peut battre Mélenchon et se qualifier au second tour. Et j’ajoute Guedj et Faure, qui n’a pas clairement dit qu’il était candidat », avance Patrick Kanner, bien qu’opposant interne au premier secrétaire.
« Il est malin Hollande »
Reste à voir si François Hollande sera capable de mener la danse, au final. « Je n’ai jamais caché mes sympathies pour François Hollande, mais le moment n’est pas au choix », soutient celui qui a été son ministre de la Ville. Mais Patrick Kanner « concède » qu’« il n’y a pas d’évidence aujourd’hui ». Un autre parlementaire de gauche apprécie le savoir-faire de l’ancien premier secrétaire du PS : « A Liffré, pour la photo, on voit Glucksmann disparaître au milieu des autres. Et Hollande, qui n’est pas le dernier des imbéciles, se place au premier rang, et Glucksmann derrière. Il est malin Hollande ». « Il est sûrement celui qui coche le plus de cases. Mais il y en a une qu’il ne coche pas du tout : celle du renouvellement », tempère un autre parlementaire.
Au PS, qui ne sort pas d’une situation de crise où Boris Vallaud, allié d’Olivier Faure, lors du congrès de Nancy, l’a mis depuis en minorité par un retournement d’alliance, le projet a été présenté. Mais ce dernier doit encore être validé par les instances du parti le 25 juin. Quant à l’idée de participer à la primaire « de Bagneux », Olivier Faure se retrouve aujourd’hui minoritaire sur le sujet au PS. Boris Vallaud préfère lui « trouver un candidat commun dans la gauche non-mélenchoniste, qui soit capable de parler d’une seule voix, qui soit capable aussi de constituer une équipe comme nous en avons eu l’inspiration, notamment avec Lionel Jospin », a soutenu sur France 2 ce matin le président du groupe PS de l’Assemblée. « La primaire dans le passé a été une expérience catastrophique. Je ne sais pas à quoi ils jouent », confie un proche du député des Landes, qui pense que « Marine Tondelier défend la primaire pour faire monter les enchères sur les circonscriptions ». « Boris Vallaud propose un autre chemin : les idées en plus et la division en moins », ajoute l’entourage de Boris Vallaud.
« Je ne sais quelle volonté divine »
Mais les partisans de la primaire n’entendent pas lâcher comme ça. « On a le droit d’avoir des avis différents. Là, c’est quand même du sabotage », a dénoncé Marine Tondelier dimanche au micro du Grand Jury RTL-Le Figaro-Public Sénat-M6, mettant en garde : « S’il y a 15 candidatures à gauche, le roi du cimetière, ce sera Jean-Luc Mélenchon ».
Alors faute de mieux et pour éviter une division mortifère, la primaire pourrait-elle encore avoir une chance ? « Tout l’objet de la primaire part de là. Globalement, on sait que si on arrive au premier tour avec autant de candidats, la gauche ne sera tout simplement pas au deuxième tour », avance le sénateur Les Ecologistes Thomas Dossus, qui craint que la gauche aille « dans le mur ». Ce soutien de Marine Tondelier rappelle que « la primaire permet de mobiliser des électeurs, avec près de 3 millions de personnes en 2011 pour celle du PS. Ça permet un souffle et une forme de dynamique ». A l’inverse, il pointe le « calcul » des anti-primaire, qui imaginent « qu’il y aura quelqu’un qui s’imposera par je ne sais quelle volonté divine et tout le monde se rangera derrière lui. Mais ça n’existait pas en 2022, et ça n’existera pas en 2027 ».
Meeting des défenseurs de la primaire le 5 mai avec Marine Tondelier et Olivier Faure
Malgré des vents contraires, les défenseurs de la primaire se sont donné rendez-vous la semaine prochaine. « On a un meeting le 5 mai, à la Bellevilloise, une initiative prise par le Front populaire 2027, avec les leaders de la gauche, dont Marine Tondelier, Olivier Faure, et les prétendant à cette primaire, Ruffin, Autain. On va continuer à expliquer qu’il y a un espace pour cette primaire. Il ne faut pas baisser les bras », assure Thomas Dossus.
Mais si chacun part dispersé, les écolos ne s’interdiront rien. « Les écologistes ont toujours présenté un candidat à la présidentielle depuis 1974, à l’exception de 2017, donc il n’y a pas de raison, si plus personne ne veut l’unité, qu’on se plie à un désistement », prévient Thomas Dossus.
Le sénateur Place Publique Bernard Jomier n’exclut pas l’idée de « demander l’avis des électeurs »
La primaire pourrait voir des soutiens inattendus, car même chez Place Publique, le sujet travaille en interne, où de sérieux débats stratégiques traversent le parti. Au point de ne pas effrayer tout le monde. En l’occurrence, le sénateur Place Publique de Paris, Bernard Jomier, ne veut pas fermer la porte. « La décantation par les sondages, c’est une erreur, une erreur profonde », lâche l’ancien adjoint d’Anne Hidalgo, qui n’oublie pas qu’« elle était donnée à un score à deux chiffres à un an de l’élection ». Donc « soit il y a une décantation, avec certains qui renoncent, avec les questions financières, et la capacité à rassembler. Soit oui, il faudra demander l’avis des électeurs. Sinon, je ne vois pas le juge de paix », soutient Bernard Jomier.
Aujourd’hui, il ne cache pas son inquiétude pour son camp. « La gauche n’est pas prête du tout pour 2027, faut pas se raconter d’histoire. Je ne vois pas comment elle pourrait prétendre gagner la course en 2027 », lance Bernard Jomier, pointant « cette multiplication de photos de groupe, qui ne gênent personne ». Lucide, il ne ménage pas son propre leader. « Raphaël a des qualités indéniables. Mais de fait, il est devenu un candidat parmi d’autres », soutient celui qui est l’un des sept parlementaires Place Publique. Il ajoute :