La course à la présidentielle se resserre brutalement. Si Jordan Bardella conserve une confortable avance avec 32 % des intentions de vote au premier tour, la véritable secousse politique vient de l’affrontement désormais très serré entre les candidats Edouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon, dans notre baromètre. L’ancien Premier ministre chute de quatre points en deux mois et tombe à 17 % des intentions de vote. Dans le même temps, le leader de La France insoumise progresse de quatre points pour atteindre 16 %. Un écart désormais minime, qui place les deux hommes dans un véritable coude-à-coude pour accéder au second tour. « Coup de tonnerre au premier tour », résume Gaël Sliman, président d’Odoxa. « Philippe recule de 4 points à 17 % et Mélenchon progresse d’autant, le menaçant désormais pour la qualification au second tour face à un Bardella toujours largement en tête avec 32 %. »
La dynamique Mélenchon s’installe à gauche
Cette progression confirme le retour en force de Jean-Luc Mélenchon dans le jeu présidentiel. Officiellement candidat, le chef de file insoumis semble aujourd’hui s’imposer comme le principal point de ralliement à gauche, alors que les discussions autour d’une union restent bloquées du côté socialiste. Fort d’une séquence médiatique intense et de près de 200 000 soutiens revendiqués en ligne, Jean-Luc Mélenchon engrange des points dans les intentions de vote et creuse l’écart avec Raphaël Glucksmann, désormais relégué à 11 %. Pour Gaël Sliman, cette remontée traduit une dynamique politique réelle : « Dans la foulée de son annonce de candidature et de ses invitations médias, le leader insoumis parvient à traduire dans nos intentions de vote la poussée observée sur notre cote d’adhésion auprès des sympathisants de gauche. » Le sondeur souligne également que Mélenchon distance désormais clairement ses concurrents à gauche : « Il devance désormais Glucksmann de cinq points alors qu’il ne le devançait que de deux points en mars dernier. »
Edouard Philippe fragilisé par les affaires
A l’inverse, Edouard Philippe semble perdre la dynamique qu’il avait retrouvée après sa victoire municipale au Havre. Alors qu’il amorçait à peine une accélération de sa campagne présidentielle, l’ouverture d’une information judiciaire par le Parquet national financier est venue assombrir son actualité. L’ancien Premier ministre est visé dans une enquête portant sur la gestion de la Cité numérique du Havre, avec des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d’intérêt et concussion.
Pour Gaël Sliman, cette séquence judiciaire s’ajoute à un autre problème : l’absence de proposition politique forte depuis plusieurs semaines. « Son actualité n’est plus marquée par sa victoire aux municipales mais par un silence assourdissant sur le fond politique, le programme et les idées », analyse-t-il. Le président d’Odoxa estime même que ce baromètre « sonne comme une alarme » pour le maire du Havre. « Il semble grand temps pour Edouard Philippe de reprendre la main pour proposer une narration plus positive à son sujet », poursuit-il.
Une qualification devenue impossible à prédire
Au-delà des chiffres bruts, le sondage révèle surtout une incertitude statistique majeure autour de la qualification au second tour. Avec les marges d’erreur, les scores des deux hommes se chevauchent désormais. « Aujourd’hui il serait impossible d’assurer que Philippe devancerait Mélenchon au premier tour », insiste Gaël Sliman. Le score réel d’Edouard Philippe pourrait se situer entre 14,6 % et 19,4 %, tandis que celui de Jean-Luc Mélenchon varierait entre 13,6 % et 18,4 %. Autrement dit, le leader insoumis peut désormais sérieusement envisager une qualification face à Jordan Bardella. Une hypothèse encore impensable il y a quelques mois.
Jordan Bardella conserve l’avantage au second tour
Dans l’hypothèse d’un second tour entre Jordan Bardella et Edouard Philippe, le candidat du Rassemblement national l’emporterait désormais avec 52 % des intentions de vote contre 48 % pour l’ancien Premier ministre. Là encore, le retournement est notable, il y a deux mois, Edouard Philippe était donné vainqueur sur le score inverse. « Pour lui, c’est un retour à la case départ », estime Gaël Sliman, rappelant que les précédentes vagues du baromètre annonçaient déjà une possible victoire du RN à la présidentielle. Reste que, malgré cette nouvelle photographie électorale, le président d’Odoxa appelle à la prudence : « Il reste près d’un an avant l’élection présidentielle, et les intentions de vote à un an ne reflètent qu’une fois sur deux ce qui se produira réellement. »