Festival Terre de Jim : Deplacement Edouard Philippe
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Retraite à 65 ans : la stratégie du « courage politique » d’Édouard Philippe peut-elle être payante ?

À la peine dans les sondages au point de disparaître de la photographie du second tour de la présidentielle dans les dernières enquêtes, Édouard Philippe a présenté sa réforme des retraites, attendue depuis des mois. Une réforme qui propose un « allongement progressif » de l'âge de départ à 65 ans avec 45 annuités de cotisation. La mesure « ne va pas faire augmenter sa cote de popularité », pressent son entourage, qui fait le pari de la responsabilité et du courage.
Simon Barbarit

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« Je n’y crois pas. Il ne gagnera pas », confiait la semaine dernière un candidat à la présidentielle. Auréolé d’un statut informel de meilleur de son camp il y a encore quelques mois, Édouard Philippe voit sa cote dégringoler sans cesse. Selon le dernier baromètre Odoxa réalisé avec Mascaret pour Public Sénat et la presse régionale, la cote de popularité du maire du Havre chute à 27 %, soit 5 points de moins qu’il y a six mois (32 % en avril), et même 10 points de moins qu’il y a un an (37 % en mai 2025). Si ses concurrents dévissent aussi, ils restent au contact du candidat Horizons avec 25 % d’adhésion pour Gabriel Attal et 20 % pour Bruno Retailleau, qui perdent trois points chacun.

« En tête chez les sympathisants de droite et du centre, mais sa légitimité n’est plus incontestable »

Les sondages d’intentions de vote ne sont guère plus réjouissants. Celui de Toluna Harris Interactive pour RTL et M6, publié lundi, place le candidat insoumis Jean-Luc Mélenchon en position pour se qualifier pour le second tour, même en cas de candidature commune d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal. Avec 16 %, Jean-Luc Mélenchon devancerait le leader d’Horizons de 2 points (14 %) ou celui de Renaissance de 8 points (8 %) pour faire face à la grande favorite du scrutin, la candidate RN, Marine Le Pen, créditée de 35 % à 38 % au premier tour.

« Édouard Philippe est à la peine en ce moment. Dans les intentions de vote, il est sous la barre des 20 %, ce qui est une contre-performance par rapport au score d’Emmanuel Macron au premier tour de 2022 (28 %). Il demeure largement en tête chez les sympathisants de droite et du centre, mais sa légitimité n’est plus incontestable. Le vote utile ne peut pas être le seul moteur pour le départager de ses concurrents », relève Erwan Lestrohan, directeur conseil à l’institut Odoxa.

Une analyse qui ne va pas accélérer sa proposition de rassemblement derrière sa candidature faite à Bruno Retailleau et Gabriel Attal au début du mois (lire notre article).

« Ce projet de réforme des retraites ancré dans la réalité budgétaire peut séduire au premier tour »

C’est dans ce contexte qu’Édouard Philippe a choisi de présenter sa tant attendue réforme des retraites et surtout a tenté de décoller cette étiquette d’homme « de la retraite à 67 ans » qui l’accompagne depuis une interview donnée à Challenges en 2021. Dans une vidéo YouTube d’une vingtaine de minutes, publiée en pleine journée de mobilisation sociale, l’ancien Premier ministre a donc finalement proposé « de porter progressivement la durée de cotisation à 45 ans et l’âge de départ à 65 ans », au lieu de 62 ans et 9 mois aujourd’hui, « pour les Français qui le peuvent ». Une réforme « responsable pour tous et juste pour chacun » et nécessaire « pour retrouver l’équilibre de notre système par répartition », a-t-il affirmé. Le gain chiffré en année pleine serait d’environ 30 milliards d’euros. Le maire du Havre ne touche pas à l’âge d’annulation de la décote, qui reste fixé à 67 ans. Mais « un Français sur trois pourra partir avant 65 ans, entre 60 et 64 ans », assure-t-il, évoquant « ces femmes et ces hommes qui ont commencé à travailler très jeune, ou qui exercent des métiers pénibles, ou dont le corps ne suit plus parce que le travail les a usés ». Il a proposé par ailleurs de « compléter » le système par répartition, « qui doit rester le socle de notre système », « par un volet capitalisation ».

« Ce projet de réforme des retraites ancré dans la réalité budgétaire peut séduire au premier tour les sympathisants du centre et de la droite, tout en écartant ce chiffon rouge de l’âge légal de départ à 67 ans. Toutefois, même dans son camp, les électeurs actifs sur le marché du travail sont partagés sur l’idée de travailler plus longtemps. Et dans le reste de l’électorat, cette réforme est très majoritairement rejetée. Cette idée serait donc très handicapante pour rassembler au second tour. De même, la mesure peut paraître en décalage avec l’aspiration d’une grande majorité des Français qui ont le sentiment de ne pas avoir été entendus lors du mouvement social de 2023. Édouard Philippe peut apparaître comme un homme qui méconnaît les besoins des Français en faisant preuve de surdité face aux mouvements sociaux. Lui espère que ce sera identifié comme du courage politique », note Erwan Lestrohan.

Mais ces efforts demandés aux Français s’accommodent mal d’une communication qui a pu paraître iconoclaste ces derniers temps. Notamment cette réflexion émise dans un podcast, consistant à permettre à un président élu en mai de ne prendre ses fonctions qu’en septembre. Ce qui lui a valu de la part de l’extrême droite le sobriquet d’« Édouard le flemmard ».

« On ne fait pas campagne pour être populaire ou populiste »

« Ça, c’est de la fake news. Il a simplement pris l’exemple des États-Unis où le président élu en novembre prend ses fonctions en janvier. Ça prouve simplement que l’adversaire principal de Marine Le Pen, c’est Édouard Philippe. Le seul qui lui fait peur », veut croire le sénateur Horizons Emmanuel Capus.

À l’instar d’Édouard Philippe qui, interrogé par France Télévisions il y a quelques jours sur les sondages, a répété à plusieurs reprises : « Franchement, on s’en fout », Emmanuel Capus confesse ne pas considérer les enquêtes d’opinion comme une « boussole ». « C’est Marine Le Pen, la favorite. En tout état de cause, si on cumule tous les scores des candidats de la droite et du centre, Édouard, qui, par son positionnement, se situe entre Gabriel Attal et Bruno Retailleau, serait devant Mélenchon », assure le parlementaire avant d’ajouter : « Je peux déjà vous annoncer que sa réforme des retraites ne va pas faire augmenter sa cote de popularité. Cette mesure est néanmoins cruciale pour l’avenir de la France. On ne fait pas campagne pour être populaire ou populiste. Aucune personne raisonnable ne peut penser qu’on peut sauver notre système de retraites sans travailler plus longtemps ».

Reste à savoir si une campagne électorale pour une élection présidentielle se joue sur la raison ou l’émotion. La stratégie peut, en tout cas, faire douter y compris dans le camp du candidat. Contacté par publicsenat.fr, un parlementaire nous a éconduits par ces mots : « Je n’aime pas parler langue de bois et là, je serais obligé ».

 

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