Le soleil pointe à peine le bout de son nez sur le paisible village de Gincla dans la Haute vallée mais Sébastien Pla est déjà sur la route pour aller rencontrer les grands électeurs. Le 27 septembre, les 1196 grands électeurs de l’Aude, à 95 % des maires ou des conseillers municipaux, sont appelés à voter pour élire les deux nouveaux sénateurs du département. Ils seront élus au scrutin uninominal à deux tours. Le candidat qui réunira la majorité absolue des suffrages exprimés et les voix d’un quart des électeurs inscrits sera élu. A défaut un second tour sera organisé.
L’Aude touchée par les feux
Accueilli à bras ouverts autour d’un café dans la salle du foyer de la commune, Sébastien Pla rappelle son bilan. Six ans à parcourir le département, à défendre à Paris « un régime d’exception méditerranéenne » pour adapter les politiques publiques et les aides face aux crises climatiques à répétition. Car l’Aude est en première ligne. Après le méga feu des Corbières à l’été 2025 qui a ravagé plus de 16 000 hectares de forêts, le département est régulièrement touché par des incendies. A Puilaurens, dans le village voisin, le feu vient d’être « fixé » mais le maire de la petite commune est encore sous le choc. « On n’a jamais vu ça ici, dans la Haute vallée, c’est plus humide que dans les Corbières ou le Minervois et on est épargnés par les feux habituellement », explique Jacques Galy, maire de Puilaurens.
Sébastien Pla refuse « les cases »
Maire à 23 ans, conseiller général, conseiller régional puis sénateur, Sébastien Pla aime à dire qu’il n’a pas de permanence parlementaire, car « son bureau c’est sa voiture ». Il cultive l’image d’un homme de terrain, sillonne les « 433 communes de l’Aude » et s’en remet au verdict des grands électeurs le 27 septembre. « Socialiste », il préfère mettre en avant son indépendance, tout en avouant « ne pas toujours se reconnaître dans les décisions prises à Paris ». Vigneron dans les Corbières et chef d’entreprise, Sébastien Pla refuse d’être « mis dans une case » et assure « aimer le drapeau et les traditions ». Car pour le sénateur socialiste sortant, cela ne doit pas être réservé au Rassemblement national. Un constat que partage Claudie Faucon-Méjean, vice-présidente PS à la région Occitanie qui brigue le deuxième siège de sénateur.
Le RN espère gagner un siège
Dans ce fief socialiste, le RN gagne des voix à chaque élection. Depuis 2022, les 3 députés de l’Aude sont membres du parti de Marine le Pen. Julien Rancoule, député de la 3è circonscription est candidat aux élections sénatoriales. A 33 ans, cet ancien pompier volontaire qui a travaillé dans la sécurité privée est désormais député à plein temps. « L’objectif est de gagner ce siège », explique le jeune député, « mais c’est aussi de cranter » et de voir ce que pèse le Rassemblement national dans le département et quelle est sa marge de progression. Aux dernières élections municipales, Carcassonne a élu un maire RN Christophe Barthès. Sur les terres de Léon Blum, Julien Rancoule fait campagne pour défendre les « territoires ruraux ». Interpellé par certains grands électeurs sur les votes du groupe RN à l’Assemblée nationale qui vont « à l’encontre du bien commun général », il défend ses positions et dénonce le dogmatisme des sénateurs socialistes qui refusent de voter leurs propositions de loi.
Un duel inéluctable
Si Julien Rancoule est élu sénateur le 27 septembre, ce serait un signal fort de la montée en puissance du Rassemblement national dans l’Aude, un fief longtemps resté socialiste. En cas de victoire, il devra laisser sa place à l’Assemblée nationale à son suppléant.
Enfin, Marie-José Aparicio, la candidate centriste soutenue par Renaissance espère faire entendre sa voix pour « sortir des clivages politiques », dans un département le 3è le plus pauvre de l’Hexagone, où le duel entre le Parti socialiste et le Rassemblement national semble inéluctable.