Wildfire – France – Dijon
Un feu de forêt ravage les hauteurs de Plombières-les-Dijon, près de Dijon, le 2 juillet 2026.

Avant une nouvelle canicule, des scientifiques réclament une loi d’urgence climatique : « On ne pourra pas s’adapter à +3°C, c’est faux ! », alerte Jean Jouzel 

Alors qu’une nouvelle vague de chaleur s’abat sur la France, un collectif de scientifiques et de personnalités monte au créneau et réclame une « loi d’urgence climatique ». Dans une tribune au Monde, ils proposent d’interdire tout nouveau projet fossile et de créer un crime de « globocide » contre les atteintes aux « conditions mêmes d’habitabilité de la planète ».
Romain David

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Après un court répit d’une semaine, le mercure commence déjà à remonter sur l’Hexagone. Alors que la France se prépare à affronter une nouvelle vague de chaleur – la troisième en six semaines -, un collectif de scientifiques et de personnalités engagées dans la lutte contre le dérèglement climatique appelle le gouvernement et les parlementaires à adopter « une loi d’urgence climatique ». « Collectivement traumatisés » par la canicule du mois de juin – dix jours de fortes chaleurs dont l’intensité a dépassé l’épisode de 2003 -, ils fustigent « l’inconséquence et l’inanité du débat politique » face à cet énième signal d’alarme climatique.

« Nous allons franchir, avant 2030, le seuil de 1,5 °C de réchauffement qui était l’objectif de l’accord de Paris d’ici à 2100. Il nous reste quinze ans pour effectuer la bascule de notre système énergétique, en l’accompagnant de politiques de sobriété, afin de respecter les objectifs européens de réduction de 90 % des émissions d’ici à 2040, puis de neutralité carbone en 2050 », écrivent les signataires dans les colonnes du journal Le Monde.

Parmi eux : Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche et ancienne co-présidente du groupe n°1 du GIEC ; le climatologue Jean Jouzel, lui aussi ancien vice-président du GIEC ; l’économiste Thomas Piketty, Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux ; l’eurodéputée Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement ; Julia Cagé, professeure d’économie à Sciences Po Paris ; Paul Cassia, professeur de droit public à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; ou encore le réalisateur Cyril Dion.

Un nouveau crime, « le globocide »

« Chaque tonne supplémentaire de CO2 dans l’atmosphère accroît le réchauffement », soulignent-ils. Ils fustigent notamment le rôle joué par l’industrie pétrolière et rappellent que le groupe TotalEnergies a été récemment condamné par la justice française pour non-respect des obligations de vigilance qui incombent aux grandes entreprises, la multinationale ayant refusé de prendre en compte les émissions indirectes générées par l’usage de ses produits.

Parmi les mesures que contiendrait « la loi d’urgence climatique » évoquée dans cette tribune : l’interdiction à toutes entreprises françaises de participer, en France ou ailleurs, à un nouveau projet fossile, qu’il s’agisse d’une mine de charbon, d’un puits de pétrole ou d’un gisement gazier. Cette loi supprimerait « toutes les subventions aux énergies fossiles », et interdirait les activités de lobbying aux entreprises du secteur. Il est également question de la « reconnaissance d’un crime d’un genre nouveau » : le « globocide », défini comme tout acte entraînant « la disparition de la biosphère telle que nous la connaissons et la déstabilisation des conditions mêmes d’habitabilité de la planète. » Il s’agit d’une variante du « délit d’écocide », qui figurait parmi les 149 propositions de la Convention citoyenne pour le climat.

Enfin, les signataires proposent la création d’un Fonds vert doté de 20 milliards d’euros, dédié à l’adaptation des territoires. Pour rappel, si un tel fond existe déjà depuis 2023, il a vu passer son enveloppe de 2,4 milliards d’euros à 837 millions sous l’effet de la crise budgétaire.

« La réduction des émissions de gaz à effet de serre doit rester une priorité »

« Il faut prendre cette tribune pour un cri d’alarme global. Il est évident que le problème doit être considéré au niveau mondial », explique Jean Jouzel à Public Sénat. « En ciblant Total et son PDG Patrick Pouyanné, nous visons un symbole, celui des énergies fossiles. »

Entre 1990 et 2023, la France a réussi à diminuer de 31 % ses émissions de gaz à effets de serre issues de l’activité humaine, selon les chiffres du Commissariat Général au Développement Durable. Pour autant, de nombreuses voix s’élèvent dans le débat public pour rappeler que l’Hexagone ne représente que 0,9 % des émissions mondiales, bien loin derrière la Chine (29 %) et les Etats-Unis (14 %). Un constat qui, pour certains, appelle à lever le pied sur certaines restrictions afin de protéger l’industrie et l’emploi, et donc à se concentrer davantage sur les mesures d’adaptation.

« On ne pourra pas s’adapter à une augmentation de + 4 °C, ni même + 3 °C, c’est faux ! », martèle Jean Jouzel. « Bien sûr, nous avons besoin de mesures d’adaptation dès aujourd’hui, mais nous devons aussi conserver la capacité d’adaptation des générations futures pour la seconde moitié du siècle. C’est la raison pour laquelle la réduction des émissions de gaz à effet de serre doit rester une priorité. Ce que nous vivons actuellement n’est que les prémices de ce que vont subir nos enfants. »

Le climatologue évoque encore la pauvreté du discours politique sur ce thème. Il fustige « une droite qui se disqualifie complètement » sur les enjeux environnementaux. « Edouard Philippe, Bruno Retailleau et Gabriel Attal viennent d’entrer en campagne. Ils prétendent vouloir faire des jeunes une priorité, mais comment peuvent-ils dire cela sans jamais parler de réchauffement climatique ? », s’agace-t-il.

« Après ce que nous venons de vivre, la question de l’écologie et du climat doit rester au cœur du débat, et j’espère bien, que les électeurs et les électrices, en cette année présidentielle, feront comprendre aux candidats que c’est l’une de leurs priorités », abonde Guillaume Gontard, le président du groupe écologiste au Sénat. « Mettre la pression sur des géants comme Total, modifier notre législation… Nous devons créer un effet d’entraînement au niveau mondial. C’est aussi la raison pour laquelle nous dévons redorer la diplomatie environnementale et renforcer l’aide au développement, qui permet d’orienter les choix économiques et industriels de certains pays. Hélas, ce sont des enveloppes qui ont été totalement sabrées dans les derniers budgets. »

Une proposition de loi des LR pour un grand fonds d’adaptation

Sur les mesures d’adaptation, Guillaume Gontard lie l’épineuse question du financement « aux enjeux de justice fiscale ». Il salue les dernières déclarations de Sébastien Lecornu sur cette question. En fin de semaine, lors des rencontres économiques d’Aix, le Premier ministre s’est dit favorable à des dispositifs incitant au fléchage des grands héritages vers des fondations d’intérêt public. Une proposition du prix Nobel d’économie Philippe Aghion, présentée comme une alternative à la taxe Zucman.

Toujours sur le financement de l’adaptation, le sénateur LR Didier Mandelli a déposé mi-juin une proposition de loi sur le bureau du Sénat, « visant à soutenir les territoires face aux effets du changement climatiques ». Le vice-président du Sénat propose de fusionner les mécanismes existants pour apporter davantage de lisibilité aux élus locaux.

« À chaque nouvelle crise, nous créons quelque chose. Il y a le Fonds vert, bien sûr, mais aussi le fonds Barnier, le fonds relatif au phénomène de retrait-gonflement des argiles, le fonds érosion face au recul du trait de côte, sans compter d’autres mécanismes que nous faisons évoluer à chaque budget… L’objectif, c’est de regrouper tout cela dans un grand fonds d’adaptation, avec une meilleure visibilité », explique-t-il.

Didier Mandelli ne touche pas aux enveloppes de ces différents fonds, il laisse cela au débat budgétaire, mais propose néanmoins de leur allouer un nouveau produit fiscal : la taxe sur les parcs éoliens situés dans la zone économique exclusive (au-delà de 12 milles nautiques), pour un rendement estimé à 600 millions d’euros.

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