Joconde déplacée, billets spéciaux, nouvelle entrée : Emmanuel Macron lance un vaste projet de rénovation du musée du Louvre

Surfréquentation, locaux vétustes… Le musée le plus visité du monde a besoin de nouveaux travaux. Ce 28 janvier, le président de la République a donc annoncé le lancement du plan « Louvre : Nouvelle Renaissance. Un chantier qui devrait coûter entre 700 et 800 millions d’euros, largement financé par le musée lui-même, avec le soutien du ministère de la Culture.
Rose-Amélie Bécel

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L’Etat vole au secours du Louvre. Mi-janvier, sa présidente Laurence des Cars alertait la ministre de la Culture sur les dangers qui menacent le musée le plus visité du monde. Révélé par Le Parisien, le courrier confidentiel adressé à Rachida Dati pointe le « niveau d’obsolescence inquiétant » des bâtiments : des espaces « parfois très dégradés », voire « plus étanches », marqués par des « variations de températures mettant en danger la conservation des œuvres ».

Ce 28 janvier, devant la Joconde, Emmanuel Macron annonce donc l’ouverture d’un vaste projet intitulé « Louvre : Nouvelle Renaissance », pour restaurer les espaces du musée, mais aussi en créer de nouveaux. Car, en plus de la vétusté de certaines salles, le Louvre souffre aussi d’une surfréquentation.

Une nouvelle entrée à l’est du palais, pour désengorger la Pyramide

Dans les années 1980, le projet du Grand Louvre initié par François Mitterrand et symbolisé par la construction de la Pyramide, avait été pensé pour accueillir 4 millions de visiteurs par an. Aujourd’hui, ils sont près de 9 millions à arpenter le musée, après un bond de fréquentation à plus de 10 millions avant le Covid. « Aujourd’hui, le Louvre doit recevoir deux fois plus de visiteurs qu’initialement prévus et faire face à des défis encore inconcevables il y a 35 ans », observe Laurence des Cars devant le président de la République. Pour Emmanuel Macron, pas question de limiter le nombre de visiteurs dans le musée, au contraire. « Le Louvre ne vit qu’en grandissant, qu’en se régénérant », estime le président, qui annonce la création de nouveaux espaces pour le musée.

Celui-ci devrait d’abord compter une nouvelle entrée, pour décongestionner celle de la Pyramide, au niveau de la colonnade de Perrault, sur la façade est du palais. Un projet qui permettra « un accès beaucoup plus simple » au musée, mais aussi de « repenser toute l’esplanade » située devant la colonnade et ainsi « redonner aux Parisiennes et Parisiens » un accès au musée, majoritairement fréquenté par les touristes. Un grand concours international d’architectes devrait être lancé dans les prochains mois, pour sélectionner un projet d’ici la fin de l’année. Le nouvel aménagement devra être inauguré « d’ici à 2031 au plus tard », annonce Emmanuel Macron.

La Joconde déplacée dans « un espace particulier », accessible avec « un titre propre »

Adossés à cette nouvelle entrée, de nouveaux espaces souterrains devraient être créés sous la Cour carrée du palais, « des espaces d’accueil, d’orientation, de nouvelles salles d’exposition plus accessibles et mieux mises en valeur, de nouveaux espaces pédagogiques », détaille Emmanuel Macron. « L’ouverture des salles de la Cour carrée permettra un redéploiement des collections au sein du musée », explique le président de la République.

Parmi les œuvres qui devraient changer de salle, on retrouve la plus emblématique d’entre elles : la Joconde. La toile de Léonard de Vinci devrait trouver sa place dans « un espace particulier, accessible de manière autonome par rapport au reste du musée et doté pour cette raison d’un titre d’accès propre », précise le chef de l’Etat. Ce billet spécifique à la Joconde donnera aux visiteurs accès à « des conditions d’exposition, de présentation et d’explication à hauteur de ce que la Joconde mérite », observe Emmanuel Macron.

Alors que des millions de visiteurs affluent chaque année dans le musée, parfois dans l’unique but d’admirer le tableau, la présidente du musée déplore en effet des conditions d’accès au chef-d’œuvre très détériorées : « La salle des Etats devrait être un lieu d’émerveillement. La Joconde est souvent le but d’une visite, sinon d’un voyage. Pourtant, cette salle est chaque jour le théâtre d’une intense agitation, peu propice à la découverte de ces chefs-d’œuvre. Cette situation, qui génère fatigue et frustration chez nos visiteurs, témoigne à elle seule de l’impasse devant laquelle nous sommes. »

Des travaux menés sans fermeture du musée

Parmi les autres volets du chantier évoqués par Emmanuel Macron, l’accent est également mis sur la réfection des bâtiments existants, dont Laurence des Cars a plusieurs fois souligné le mauvais état. « Rien ne sera oublié : sécurité et sûreté des collections, confort de visite, conditions de travail des agents, étanchéité des couvertures, des huisseries, sécurité incendie, facilité d’accès aux personnes en situation de handicap… », énumère le président. Tous ces travaux de rénovation devront par ailleurs être menés sans fermeture totale du musée, en déplaçant les œuvres d’une salle à l’autre au fur et à mesure du chantier.

Enfin, le président de la République a insisté sur la dimension pédagogique du projet « Nouvelle Renaissance ». Il espère ainsi doubler l’effectif des scolaires qui visitent le Louvre chaque année, pour passer de 450 000 à 900 000 élèves. Enfin, en coordination avec le ministère de l’Education nationale, Emmanuel Macron envisage l’élaboration d’une « nouvelle maquette pédagogique, pour que l’histoire de l’art soit enseignée dès le collège ». Les enseignants chargés de cette nouvelle matière pourraient être formés directement au Louvre, dans un espace dédié.

Hausse du prix du billet pour les visiteurs étrangers venus de pays hors de l’Union européenne

Ce chantier colossal, qui devrait prendre fin en 2031, sera principalement « financé par les ressources propres du musée, les billetteries, le mécénat, la licence du Louvre Abu Dhabi, sans peser sur le contribuable », précise Emmanuel Macron. Au total, selon l’entourage du président cité par l’AFP, le projet devrait coûter entre 700 et 800 millions d’euros.

Une somme que le musée entend notamment réunir en accroissant son nombre de visiteurs, pour atteindre 12 millions par an au moment de l’ouverture des nouvelles salles. Le tarif des billets devrait également être modifié et devenir « plus élevé pour les visiteurs étrangers venus de pays non-membres de l’Union européenne », explique Emmanuel Macron. Un dispositif de tarifs différenciés qui pourrait aussi s’appliquer à « d’autres musées ou monuments » et devrait entrer en vigueur au Louvre le 1er janvier 2026.

Si les travaux de la nouvelle entrée et des nouvelles salles devraient être intégralement pris en charge par le Louvre, l’Etat mettra en revanche la main à la poche pour financer « les études préalables aux travaux », à hauteur de 10 millions d’euros dès 2025. « Ceci a déjà été intégré aux discussions budgétaires en cours et fait partie de la copie qui a été défendue par la ministre de la Culture », précise le chef de l’Etat.

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