Le débat gronde sur les marges dégagées par les géants de la pétrochimie, alors que l’augmentation des prix à la pompe pèse de plus en plus sur le portefeuille des Français. Le groupe TotalEnergies a publié ce mercredi des bénéfices en très forte hausse depuis le début de l’année, une envolée liée à la flambée des prix des hydrocarbures, conséquence de la guerre au Moyen-Orient. Quelques heures plus tard, durant la séance hebdomadaire de questions d’actualité au gouvernement au Sénat, Patrick Kanner, le chef de file du groupe socialiste, a tenu à rappeler au gouvernement que « le mouvement des Gilets Jaunes était né dans une station-service ».
« Les marges brutes des géants du pétrole se sont envolées de manière indécente. Quand certains se privent, d’autres engrangent, prospèrent tranquillement », a notamment dénoncé l’ancien ministre de François Hollande.
« S’il y a des résultats exceptionnels, ça pose la question d’une redistribution qui pourrait être à due proportion ou pas », a reconnu le Premier ministre dans sa réponse, évoquant « un débat politique assez noble », alors que la gauche et une partie des centristes reprochent régulièrement à l’exécutif de s’opposer à une taxation des superprofits.
« Il faut bien que TotalEnergies se positionne d’une manière ou d’une autre » sur une redistribution, a concédé Sébastien Lecornu. Il a appelé l’entreprise à réfléchir « à la manière la plus efficace et la plus rapide » d’agir pour soulager le portefeuille des usagers via « sa politique commerciale ».
« Je n’aime pas le Total bashing »
Le Premier ministre a aussi tenu à rappeler que le groupe avait déjà pratiqué un « plafonnement des prix à la pompe pendant quelques jours », ce qui a été « immédiat pour les Françaises et les Français ». Il s’est également insurgé contre le « Total bashing ». « Je n’aime pas beaucoup dans le débat public ou sur les réseaux sociaux le Total bashing, parce que c’est une entreprise française qui emploie des Français. Elle marque aussi une part des intérêts stratégiques du pays, et donc ne nous tirons pas une balle dans le pied », a-t-il martelé.
Un appel qui n’a pas empêché, quelques minutes plus tard, l’écologiste Yannick Jadot de qualifier le raffineur de « profiteur de guerre » au micro de Public Sénat. « 5 milliards de bénéfices au premier trimestre, c’est un record. On était sur la même chose au début de 2022 (lors du déclenchement de la guerre en Ukraine, ndlr). […] En plafonnant les prix à la pompe, ils redistribuent des pacotilles aux Français, pour donner des milliards et des milliards à leurs actionnaires », a épinglé l’élu.