Aux yeux de Bruno Retailleau, la France est « quasiment en faillite ». Le pays, qui a accumulé près de 3600 milliards d’euros de dette et dont le taux d’emprunt à 10 ans a frôlé les 5 % ces derniers jours, commande selon lui de « rétablir l’ordre dans les comptes publics ». Le candidat des Républicains à la présidentielle a présenté ce 12 octobre son plan de redressement budgétaire en un quinquennat, destiné à éviter que la « poudrière financière » n’explose. Sa trajectoire prévoit un effort « inédit » de 197 milliards d’euros sur cinq ans, dont 56 milliards d’euros d’allègement de la fiscalité qui bénéficiera à la fois aux entreprises (30 milliards d’euros) et aux ménages (21 milliards), l’essentiel de l’effort allant à l’amélioration du solde.
L’ancien ministre de l’Intérieur s’engage à assurer un excédent primaire – c’est-à-dire l’absence de déficit hors paiement des intérêts de la dette – en 2030, et en 2031 à ramener le déficit public sous le maximum prévu par les traités européens, de 3 % du PIB. Il prévoit de finir le quinquennat avec un déficit à 2,2 %.
Bruno Retailleau propose donc d’aller encore plus loin que ses principaux adversaires. Édouard Philippe veut réduire le déficit à 2 % du PIB en cinq ans, quand Gabriel Attal prévoit 150 milliards d’euros d’économies sur la même période. Marine Le Pen, qui présentait sa copie la semaine dernière, veut un assainissement de 140 milliards d’euros. Bruno Retailleau a mis en doute leur crédibilité. « Ceux qui ont allumé la mèche ne peuvent prétendre l’éteindre. Ceux qui sont coresponsables de ce bilan ne peuvent pas avoir la moindre légitimité pour se présenter devant les Français et dirent qu’ils règleront le problème », a-t-il raillé au sujet des deux anciens Premier ministres d’Emmanuel Macron. La candidate du Rassemblement national n’a été épargnée. « Ceux qui promettent d’autres milliards d’euros d’économies sans une ligne documentée, en distribuant des chèques jusqu’au permis de conduire, ce n’est pas sérieux. »
Non-remplacement à la retraite de 400 000 agents publics
La philosophie du candidat LR consiste à s’attaquer à ce qu’il nomme le « système social-étatiste » et à « revaloriser le travail ». 96 milliards d’euros sont prévus sur le champ de l’État, dont il souhaite recentrer les missions. Le gros de l’effort repose sur la masse salariale, et des gains d’efficience. Le candidat s’engage sur le non-remplacement à la retraite de 400 000 agents publics (sur les 5,9 millions que compte le pays), pour une économie de 25 milliards d’euros. Ce pan du programme a été nettement musclé, puisqu’au début de l’année il n’évoquait qu’une réduction des effectifs allant de 200 000 à 250 000 fonctionnaires. En 2016-2017, François Fillon proposait la suppression de 500 000 fonctionnaires. Le nouveau candidat de la droite espère aujourd’hui des gains avec le développement de l’intelligence artificielle.
Il attend également 5 milliards d’euros d’économies via des départs volontaires et des non-renouvellements de contrats au sein des opérateurs de l’État. Ces dernières sont appelées de façon plus large à contribuer à l’effort, en les supprimant ou les « rapatriant » dans la sphère de l’État, mais aussi en recentrant leurs concours financiers. « La suppression sera la règle, la prolongation d’activité sera l’exception », a-t-il prévenu. Il espère économiser ainsi 7,5 milliards d’euros, un rendement nettement plus important que ce qui avait été documenté par le rapport de la commission d’enquête de Christine Lavarde (LR) en 2025. La sénatrice, devenue entretemps rapporteure générale du budget, avait identifié un demi-milliard d’euros sur le fonctionnement ou encore les fonctions supports. Le quantum d’économies annoncées implique donc une réduction des politiques publiques et des subventions.
Bruno Retailleau plaide par ailleurs pour construire les budgets « systématiquement sur la base zéro », c’est-à-dire ne pas reconduire les dépenses d’une année à une autre, de quoi générer 11,5 milliards d’euros d’économies.
En parallèle, il souhaite réduire le périmètre de l’État, en déléguant au privé certains dépenses de fonctionnement (immobilier, commandes, informatique), pour alléger de 5 milliards d’euros la note. Il souhaite également transférer la formation professionnelle aux régions, de quoi réduire là encore le champ d’intervention de l’État de six milliards d’euros.
10 milliards d’euros d’économies sur l’immigration
23 milliards d’euros d’économies sont aussi prévues, en agrégé, sur la fin du soutien aux nouvelles installations d’énergie photovoltaïque ou éolienne, une diminution de l’aide au développement, de gros efforts dans la culture et l’audiovisuel public, un recentrage dans les contrats aidés et, la fin du service national universel (SNU) ou encore de MaPrimeRénov’. « Je passerai plusieurs politiques publiques au tamis », a-t-il annoncé.
10 milliards d’euros d’économies sont aussi annoncés sur l’immigration, à travers la réduction de certains droits et surtout la réduction du regroupement familial ou encore du nombre d’étudiants accueillis. Une très grande partie des économies prévues est toutefois conditionnée au succès de la révision constitutionnelle qu’il veut soumettre à référendum. Sans elle, impossible d’imposer cinq années de séjour et de travail pour bénéficier des prestations non contributives, ou encore de l’examen de l’asile en dehors des frontières. Ces deux mesures sont censées rapporter 4,5 milliards d’euros, selon le chiffrage du programme.
Des gains importants sont aussi espérés du côté de la lutte contre la fraude fiscale et sociale, à hauteur de 5 milliards d’euros. Bruno Retailleau souhaite aussi épargner 3 milliards d’euros, en stoppant les subventions publiques aux associations « qui contestent la loi dans l’illégalité » ou qui « entravent des chantiers autorisés ».
Un jour de carence « d’ordre public », non remboursable dans le privé
Sur la sphère sociale, l’effort proposé se chiffre à 91 milliards d’euros, un montant équivalent à ce qui est attendu pour l’État. Le candidat espère améliorer les comptes du système de retraite d’environ 42 milliards d’euros. Sa réforme paramétrique, avec l’introduction d’une décote en cas de départ entre 63 et 65 ans, ne concourt qu’à hauteur de 12 milliards d’euros sur cette somme. Le reste provient de l’introduction d’une part de capitalisation, du placement des réserves sur des fonds d’investissement, de la convergence sur l’Agirc-Arrco (la retraite complémentaire des salariés du privé) ou encore de l’extinction des derniers régimes spéciaux.
C’est également sur l’assurance chômage et les prestations sociales que le candidat LR veut taper fort. Il en attend une économie de 30 milliards d’euros, en alignant les modalités des allocations chômage sur « les standards européens », ou encore en limitant à 70 % du Smic le total des aides non contributives qu’un Français peut percevoir en cumulé.
L’ancien président du groupe LR au Sénat promet de préserver la santé de l’effort budgétaire. Pas d’engagement chiffré sur l’évolution des 280 milliards d’euros de dépenses de santé, Bruno Retailleau défend ici une « hypothèse très conservatrice », celle d’économies qui seront aussitôt absorbées par les dépenses rendues nécessaires par le vieillissement de la population. Seule assurance : les gains d’efficience du système de santé doivent être réinvestis dans les soins, selon lui. « Je veux que tous les Français, quel que soit leur niveau de vie, puissent avoir accès à ce qu’il se fait de mieux », a-t-il promis. Il espère toutefois quatre milliards d’euros au niveau des arrêts maladie, à travers des réexamens périodiques, la surveillance des médecins concentrant « un niveau de prescription préoccupant », ou encore un imposant un jour de carence « d’ordre public » dans le privé, « que personne ne pourra racheter », pas même la prévoyance de l’entreprise.
30 milliards d’euros d’allègements pour les entreprises
Les collectivités territoriales sont aussi mises à contribution dans le programme, mais dans des montants moins importants que ce qui est présenté chaque année dans les projets de loi de finances. Bruno Retailleau propose dix milliards d’euros d’effort (sur 335 milliards d’euros de dépense), uniquement sur les 2232 collectivités de plus de 10 millions d’euros de budget. Seules les dépenses de fonctionnement, hors personnels et prestations sociales, sont visées. En contrepartie, il promet de favoriser le mouvement de décentralisation et d’alléger le poids des contraintes. « Je veux passer au bulldozer – même pas à la tronçonneuse – un certain nombre de normes », a-t-il résumé.
À côté de cette série de « coups de frein » sur la dépense publique, l’ancien bras droit de François Fillon, défend aussi un « coup d’accélérateur » sur le soutien aux acteurs économiques, s’engageant à rendre 51 milliards d’euros aux Français (21 aux ménages, 30 aux entreprises). Cet allègement des prélèvements obligatoires est gagé sur des économies. Les ménages bénéficieraient par exemple de l’exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires, et les entreprises de la suppression d’impôts de production.
L’un des autres engagements budgétaires est d’inscrire la règle d’or dans la Constitution. Bruno Retailleau s’engage à soumettre par référendum le projet de loi « relatif à l’équilibre des finances publiques » adopté par les deux chambres du Parlement en juillet 2011. Le texte prévoit des lois-cadres pour fixer une trajectoire des finances publiques, et d’imposer chaque année des plafonds de dépenses.