Ce dimanche, les électeurs sont appelés aux urnes pour élire leurs maires. En dépit d’une défiance grandissante pour le personnel politique, le maire reste l’élu préféré des Français. Dans une enquête du Centre de recherches politiques de Science Po (CEVIPOF) pour l’Association des maires de France, 69 % des Français interrogés déclarent faire confiance à leur maire, un taux qui dépasse de loin celui des autres catégories d’élus.
Incarnation de la démocratie de proximité, les édiles sont souvent présentés comme les premiers maillons de la République. Pourtant, la fonction est née bien avant la Révolution française, durant la période médiévale. Elle a connu de nombreuses évolutions au fil des bouleversements politiques qui ont secoué la France.
Le mot « maire » apparaît au Moyen-Âge. Il est tiré du superlatif latin « maior », qui veut dire « le plus grand ». Ce terme désigne alors l’administrateur d’un domaine, et par extension celui d’un village. Mais selon les lieux et les époques, le maire a porté différents titres : « échevin », « consul » ou encore « jurat ». À Paris, on a longtemps parlé du « prévôt des marchands ». La station « Etienne Marcel », sur la ligne 4 du métro, rend d’ailleurs hommage au plus célèbre d’entre eux. Au milieu du XIVe siècle, le prévôt Etienne Marcel conduit une révolte des marchands contre le pouvoir royal, afin de renforcer le rôle politique de la bourgeoisie. Il finira assassiné par l’un des siens, devant les murailles de la ville.
Un rôle sécuritaire et économique
La fonction de maire s’est surtout développée à partir du XIIe siècle, lorsque les grands bourgeois, les commerçants, se regroupent en « communes » afin de contrebalancer l’autorité des seigneurs locaux. Selon les situations, le rôle du maire est multiple : il garde les clefs des portes de la ville, assure la sécurité et la défense des paroissiens en cas d’attaque, veille au bon développement du commerce, et il lui arrive aussi de rendre la justice.
Les modes de nomination varient également : dans certains cas le maire est élu par une assemblée de grands électeurs, dans d’autres il est directement nommé par le pouvoir seigneurial ou royal. Sous le règne de Louis XIV, la fonction s’achète et peut se transmettre au sein d’une même famille.
Mise en place du cadre actuel
La Révolution française remet à plat l’organisation administrative de la France. Les maires deviennent des « agents municipaux ». Durant un temps, ils sont élus au suffrage direct pour un mandat de deux ans. À partir de 1799, ils sont nommés par le préfet pour les petites communes, et par le Premier consul de la République pour les grandes villes, un certain Napoléon Bonaparte. Après la Restauration, le roi se charge de ces nominations.
C’est la IIIe République qui va poser les bases du système que nous connaissons aujourd’hui. La loi du 5 avril 1884 sur l’organisation municipale est un tournant. À partir de cette date, le maire est élu par les conseillers municipaux, eux-mêmes élus au suffrage universel. On considère ce texte comme la première loi de décentralisation de la République.
Premières femmes maires
Les maires devront attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour toucher des indemnités de fonction. C’est aussi en 1945 que sont officiellement élues les premières femmes maires. Une dizaine de femmes communistes avaient déjà été élues en mai 1925. À l’époque, les femmes n’ont pas encore le droit de vote et, de fait, ne sont pas éligibles, Le PCF avait symboliquement contourné cette interdiction en présentant des candidates en position éligible sur ses listes. Leur élection sera finalement invalidée par le Conseil d’Etat, parfois au bout de plusieurs mois.
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Et pour la petite histoire : la ville de Paris devra attendre 1977 avant de pouvoir élire son maire. Après la Commune de 1871 et l’insurrection d’une partie des Parisiens, les autorités ont préféré supprimer la fonction, et placer la capitale sous l’autorité d’un préfet.