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Le président Donald Trump à son arrivée au G7 à Evian, le 15 juin 2026.

Accord Washington-Téhéran : « Après Pearl Harbour et l’Irak, cette guerre a certainement été la plus grosse erreur stratégique de l’histoire des Etats-Unis »

L'accord entre Washington et Téhéran prévoit l'arrêt immédiat des hostilités au Moyen-Orient et la réouverture du détroit d'Ormuz, il ouvre 60 jours de négociations, notamment sur la question du nucléaire. À ce stade, la situation semble plutôt favorable au régime iranien, et beaucoup moins pour le président américain qui apparait fragilisé après trois mois de conflit, et sous la menace des élections de mi-mandat.
Romain David

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C’est gonflé à bloc que Donald Trump est arrivé au G7, à Evian, ce lundi 15 juin en fin d’après-midi. Dans la nuit, les Etats-Unis et l’Iran ont annoncé avoir trouvé un terrain d’entente pour mettre fin aux hostilités au Moyen-Orient, près de quatre mois après le déclenchent d’un conflit qui ne devait durer que quelques semaines, selon Washington, et qui a percuté de plein fouet l’économie mondiale. « J’autorise pleinement la réouverture du détroit d’Ormuz sans droits de passage et, parallèlement, la levée immédiate du blocus naval américain », a écrit le président américain Donald Trump sur son réseau Truth Social. Et d’ajouter : « Que le pétrole coule à flots ! »

Le protocole d’accord doit faire l’objet d’une signature vendredi 19 juin, à Genève en Suisse, vraisemblablement en présence de J.D. Vance, le vice-président américain. « L’accord a déjà été signé électroniquement », a confié le président Emmanuel Macron, lors d’un entretien au 13-heures de TF1 ce lundi.

Deux mois pour négocier un accord complet

Pour l’heure, le contenu exact de ce document n’est pas connu. Dans les grandes lignes, il prévoit « la fin immédiate et définitive de la guerre et des opérations militaires sur les différents fronts, y compris au Liban », a révélé le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi. Selon ce responsable gouvernemental, les deux partis se sont entendus pour ouvrir des négociations sur quatre sujets : la question nucléaire, la levée des sanctions américaines, « le développement économique » du pays et la mise en œuvre d’un mécanisme de suivi des engagements pris. Les négociations doivent débuter dans un délai de 60 jours en vue d’aboutir à un accord définitif.

« Nous allons tout faire pour que cet accord soit une réalité et que le détroit d’Ormuz puisse rouvrir de façon pacifique. C’est à peu près un quart du gaz et du pétrole produits dans le monde qui sort de ce détroit », a rappelé Emmanuel Macron.

« Un bout de papier sans aucune valeur juridique contraignante »

De prime abord, les planètes s’alignent pour Donald Trump, avec cet accord qui tombe le jour de ses 80 ans, la veille de l’ouverture du G7, et à quelques semaines des célébrations du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis. Un timing idéal pour le dirigeant, qui avance à coups de com’ et de menton depuis son retour à la Maison-Blanche. « L’annonce est une chose, la réalité du terrain en est une autre. D’ici à ce que les négociations aboutissent, il peut encore se passer beaucoup de choses. Cette annonce s’inscrit très clairement dans la stratégie de claironnage médiatique qu’affectionne tant le président américain », avertit André Kaspi, historien spécialiste des Etats-Unis.

« Ce document ne met absolument pas fin à la guerre, seulement aux hostilités. Nous sommes face à ce que l’on appelle un mémorandum d’entente, un texte qui fixe une ligne de conduite, mais cela reste un bout de papier sans aucune valeur juridique contraignante », observe Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES). « Le fait que ce soient les Iraniens qui en aient dévoilé les grandes lignes est assez surprenant. Cela montre qu’ils continuent à négocier, et à essayer d’orienter les thèmes de la discussion. Ils sont donc en position de force »

L’Iran plus fort que jamais ?

Téhéran a fait montre, face à la première armée du monde, d’une capacité de résistance sur laquelle peu de commentateurs auraient misé il y a encore trois mois. La question du nucléaire, à l’origine du conflit, semble passée au second plan tandis que le théâtre des opérations s’est déplacé vers le détroit d’Ormuz et les répercussions économiques du blocage. « Aujourd’hui, sur le nucléaire, nous sommes loin du démantèlement complet exigé par les Américains. Il n’est plus question de s’emparer des stocks d’uranium enrichi, seulement de les diluer », note Pierre Razoux.

De ce que l’on sait, l’accord ne prévoit rien sur les missiles balistiques longue portée ou les proxys de Téhéran dans la région, comme le Hezbollah et le Hamas, véritables agents de déstabilisation. « Aujourd’hui, aux yeux du monde arabe, l’Iran a regagné en autorité et en prestige. C’est aussi une déconvenue pour la plupart des pétromonarchies du Golfe », explique Pierre Razoux. « Ne cachons pas non plus que l’Iran sort de ce conflit considérablement affaibli sur le plan économique et doit faire face à de nombreuses destructions. Ce sera tout l’enjeu du dégel des avoirs bloqués », nuance Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). L’agence de presse iranienne Mehr indique à ce propos que l’accord prévoit « le déblocage de 24 milliards de dollars d’avoir iraniens gelés au cours de la période de négociation de 60 jours ». Un magot inespéré pour Téhéran.

Le régime, dont Donald Trump promettait la destruction il y a encore trois mois, a évolué. Les Mollahs ont été remplacés par les Gardiens de la révolution, considérés comme plus durs. « Il sera certainement plus difficile de négocier avec eux. Aujourd’hui, l’ossature de la hiérarchie chiite apparaît totalement fragilisée, et le guide suprême, Mojtaba Khamenei, ne devrait plus sortir que pour les journées de célébration », estime Didier Billion. Pierre Razoux abonde : « Le régime va conserver la figure tutélaire de Mojtaba Khamenei comme caution morale, mais il sera aussi un paratonnerre, car les efforts des Américains et des Israéliens vont se focaliser sur lui, et un fusible pour les Gardiens de la révolution si la situation se dégrade ».

Donald Trump, politiquement fragilisé

Réouverture du détroit d’Ormuz, maintien du régime, flou sur l’avenir du programme nucléaire… Pour l’heure, tout indique un retour à une situation très similaire à celle d’avant le 28 février, note encore Didier Billion. Tout ça pour ça ? « Après Pearl Harbour et l’Irak, cette guerre aura certainement été la plus grosse erreur stratégique de l’histoire des Etats-Unis », résume le directeur adjoint de l’IRIS.

Trois éléments semblent avoir poussé le président américain à toper malgré un constat peu reluisant pour Washington : la pression économique, le spectre d’un enlisement – vingt-trois ans après le déclenchement de la guerre en Irak -, mais aussi des raisons de politiques internes.

Le délai de négociation de 60 jours arrivera à son terme à la fin de l’été, en pleine campagne pour les élections de mi-mandat, qui se tiennent début novembre. Le président américain a tout intérêt à ce qu’elles aboutissent d’ici là : « Sans doute Donald Trump espère-t-il que le flou entretenu sur les buts de guerre lui permette de sauver la face. Il pourra toujours prétendre que tel ou tel objectif a bien été atteint pour espérer retomber sur ses pieds, mais tout le monde ne sera pas dupe », pointe André Kaspi.

L’impopularité grandissante de cette guerre, y compris chez certains responsables républicains, hypothèque d’autant plus l’issue des midterms qu’elles sont traditionnellement peu favorables au président en place. « Si les démocrates obtiennent une majorité, ils peuvent très bien déclencher une procédure d’impeachment. Sans un accord rapide, Trump verra grandir de jour en jour le risque de se retrouver dans une situation embarrassante », ajoute André Kaspi.

Un « hiatus » grandissant entre Israël et les Etats-Unis

Cet accord pourrait aussi avoir des conséquences notables sur l’alliance entre Israël et les Etats-Unis. Critiqué de toute part pour avoir entraîné Donald Trump dans ce conflit, Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, a quant à lui plutôt intérêt à poursuivre ses opérations au Liban à l’approche des élections législatives israélienne, puisque le Hezbollah représente une menace immédiate à la sécurité de l’Etat hébreu. La relation entre les dirigeants s’est fortement dégradée ces dernières semaines, dans la mesure où les bombardements israéliens auraient pu faire capoter l’accord avec Téhéran.

« Je ne vois pas les Etats-Unis sortir du soutien inconditionnel à Israël, mais les contradictions entre ces deux alliés se cristallisent, et ce n’est pas anodin », analyse Didier Billon. « Le gouvernement Israélien mise sur une fragmentation dans la région, quand Washington a plutôt besoin de stabilité. Ce hiatus stratégique pourrait pousser Tel-Aviv à chercher d’autres partenaires, notamment du côté de la Chine et de l’Inde. »

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