Volodymyr Zelensky participe au G7 à Evian. Quels sont les enjeux de cette visite ?
Dans le contexte actuel, cette visite est essentielle. Depuis plusieurs mois, Donald Trump a donné la priorité au dossier iranien, mais la guerre en Ukraine continue. Volodymyr Zelensky a besoin de maintenir l’Ukraine au centre des préoccupations des grandes puissances occidentales et de consolider le soutien politique dont son pays bénéficie depuis plus de quatre ans.
Les pays du G7 soutiennent toujours l’Ukraine. Il n’y a pas d’ambiguïté sur ce point, même si les formes de ce soutien diffèrent selon les pays. Le véritable enjeu, aujourd’hui, c’est Donald Trump. Zelensky veut s’assurer que Washington continue à faire pression sur Vladimir Poutine et éviter la répétition de certaines séquences diplomatiques où Moscou avait semblé imposer ses conditions. L’objectif est de convaincre Trump que la situation militaire a évolué et que la Russie n’est plus en mesure de remporter une victoire décisive.
Pourquoi convaincre Tump, est-il si important pour Zelensky ?
Parce que, malgré toutes les discussions entre alliés, une grande partie de l’avenir du conflit dépend encore de la position américaine. Zelensky veut connaître les intentions réelles de Donald Trump, comprendre jusqu’où il est prêt à soutenir l’Ukraine et tenter d’influencer sa lecture du conflit. Une rencontre bilatérale permet souvent davantage de choses qu’une déclaration officielle ou qu’une réunion multilatérale.
Quel est aujourd’hui l’état de la relation entre les deux hommes ?
C’est une relation complexe. Tout le monde a en mémoire les tensions apparues ces derniers mois et certaines séquences particulièrement difficiles pour le président ukrainien. Mais Donald Trump admire aussi les rapports de force et les dirigeants capables de résister. Le fait que l’Ukraine continue à tenir face à la Russie malgré des moyens limités, peut également nourrir une forme de respect. Le format du G7 offre une occasion de renouer un dialogue plus direct.
Les Européens peuvent-ils encore peser sur la position américaine ou Donald Trump décidera-t-il seul de la ligne à suivre vis-à-vis de Moscou ?
Les Européens conservent une influence réelle. Ils restent les principaux partenaires politiques et économiques des États-Unis sur ce dossier. Mais il est clair que Donald Trump a une approche très personnelle des relations internationales. L’enjeu pour les Européens est donc de maintenir un front uni afin de peser collectivement sur ses choix.
L’Ukraine demande depuis des mois davantage d’aide militaire. Est-ce encore le sujet principal ou les priorités ont-elles changé ?
Les besoins militaires demeurent importants, mais ils ont évolué. Aujourd’hui, les Ukrainiens ont surtout besoin de renseignements, de capacités de défense antiaérienne et de systèmes capables d’intercepter les drones et les missiles russes. Les batteries Patriot restent par exemple indispensables.
L’aide américaine continue sous certaines formes, notamment dans le domaine du renseignement. Des autorisations d’exportation concernant certains armements ont également été maintenues. Mais au-delà de l’aspect militaire, le besoin le plus important est désormais politique : Kiev veut que Donald Trump exerce une pression réelle sur Vladimir Poutine.
Donald Trump a assuré avoir parlé dimanche avec Vladimir Poutine. Est-ce un signal positif pour Kiev ?
Oui, à condition que ce dialogue avec Vladimir Poutine s’accompagne d’exigences claires. Vladimir Poutine est un interlocuteur très habile. Il sait flatter Donald Trump et lui donner le sentiment d’occuper le premier rôle. C’est pourquoi les Européens et les Ukrainiens rappellent régulièrement que dans ce conflit, l’agresseur est la Russie et que toute négociation doit partir de ce constat.
Sur le terrain, où en est aujourd’hui la situation militaire ?
Nous sommes dans une forme de guerre d’usure. La ligne de front est relativement figée sur plusieurs centaines de kilomètres. Les Russes ne parviennent plus à réaliser de percées majeures, mais les Ukrainiens ne disposent pas non plus des moyens nécessaires pour reconquérir rapidement l’ensemble des territoires occupés.
Les Ukrainiens continuent d’infliger des pertes importantes aux forces russes, mais aucun des deux camps ne semble aujourd’hui en mesure d’obtenir une victoire décisive. Le conflit pourrait donc se prolonger encore de nombreux mois.
Volodymyr Zelensky a annoncé une réforme de l’armée ukrainienne. Est-ce suffisant pour remettre sur pied une armée que l’on dit épuisée ?
C’est l’un des principaux défis de l’Ukraine. Après plusieurs années de guerre, l’usure touche aussi bien les militaires que la société civile. Kiev doit trouver de nouveaux moyens de recruter tout en préservant sa jeunesse.
Le pays vieillit, une partie de la population a quitté le territoire et le rapport de force démographique reste favorable à la Russie. Mathématiquement, Moscou dispose d’un réservoir humain plus important. C’est un problème structurel auquel aucune réforme ne peut répondre à elle seule.
Que peut-on attendre concrètement de ce G7 dans le dossier ukrainien ?
Il faut rester prudent. Contrairement à d’autres sommets, il n’est pas prévu de grand communiqué final sur l’Ukraine. Les divergences qui subsistent avec Donald Trump rendent difficile l’adoption de positions communes très ambitieuses.
L’essentiel se jouera donc probablement dans les rencontres bilatérales, les échanges informels et les discussions en marge du sommet. Parfois, les conversations qui ont lieu à huis clos comptent autant que les déclarations officielles. L’objectif du G7 sera avant tout de démontrer que le soutien politique à l’Ukraine demeure solide malgré les nombreuses crises internationales qui mobilisent aujourd’hui l’attention des dirigeants.