« Affirmations mensongères », « show » : Antoinette Guhl dénonce le « lobbying de la grande distribution » qui « bat son plein »

Face aux conclusions de la commission d’enquête sénatoriale sur les marges de la grande distribution, les enseignes multiplient les offensives médiatiques et politiques. Lors des questions au gouvernement au Sénat, mercredi 3 juin, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl a dénoncé les pressions exercées par les distributeurs et appelé le gouvernement à agir rapidement contre des pratiques qu’elle juge illégales et destructrices pour les producteurs.
Rédaction Public Sénat

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Un rapport qui provoque une levée de boucliers. La contre-attaque de la grande distribution se poursuit depuis la publication, le 22 mai, du rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur les marges des distributeurs et de leurs fournisseurs. Fruit de six mois de travaux menés par une commission à l’initiative de la sénatrice écologiste Antoinette Guhl, le document dresse un constat sévère des relations commerciales entre distributeurs, industriels et producteurs. Leurs travaux se sont déroulés dans un contexte particulièrement sensible, en parallèle des négociations commerciales annuelles qui rythment les relations entre fournisseurs et distributeurs. Depuis la publication du rapport, plusieurs dirigeants de la grande distribution contestent publiquement ses conclusions. Une offensive que la présidente de la commission d’enquête a vivement dénoncée lors de la séance de questions au gouvernement au Sénat.

Antoinette Guhl dénonce les pressions des distributeurs

« Depuis la publication du rapport du Sénat sur les marges des industriels et des distributeurs, le lobbying de la grande distribution bat son plein », a lancé la sénatrice écologiste à l’adresse du ministre du commerce. Visant directement plusieurs enseignes, elle accuse leurs dirigeants de mener une campagne de discrédit contre les conclusions du rapport. « Le patron de Carrefour nous sort des chiffres d’il y a dix ans et égraine des affirmations mensongères. Le patron de Leclerc continue de faire son show sur les plateaux télévisés et envoie des directeurs d’hypermarché contre les élus locaux et les sénateurs », a-t-elle affirmé.

Antoinette Guhl a également reproché au ministre des propos tenus devant des chefs d’entreprise, selon lesquels les sénatrices n’auraient « pas joué le jeu ». « Mais de quel jeu parlez-vous ? Celui des intérêts de la grande distribution ou celui de l’intérêt général ? », a-t-elle interrogé. La sénatrice a défendu le travail de la commission, qu’elle présente comme « un rapport d’alerte » sur « un système qui fragilise nos producteurs et nos entreprises », dénonçant des « pratiques abusives, violentes et brutales » dans les négociations commerciales ainsi que le rôle de certaines centrales d’achat européennes accusées de contourner la législation française. « Le patron de la centrale d’achat de Leclerc nous a dit publiquement qu’il ne respectait pas la loi », a-t-elle ajouté, avant de poser une question directe au gouvernement : « Quand allez-vous nous proposer un projet de loi pour mettre fin à ces pratiques scandaleuses ? »

Serge Papin défend une réforme du modèle de négociation

En réponse, le ministre du commerce, Serge Papin, a d’abord rejeté les accusations formulées à son encontre. « Je n’ai jamais dit que les sénatrices n’avaient pas joué le jeu. J’aurais été mal placé pour le faire, j’étais le rapporteur de la loi Egalim », a-t-il déclaré. Le ministre a néanmoins reconnu l’épuisement du modèle actuel. « Le modèle des négociations est arrivé à bout de souffle », a-t-il estimé, rappelant que le respect de la loi constituait pour lui une ligne rouge. « Soit le droit est respecté, soit il ne l’est pas. S’il ne l’est pas, il y aura des sanctions. » Serge Papin a indiqué que les conclusions du rapport avaient été transmises à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), chargée de procéder à des vérifications et à des contrôles.

Mais plutôt qu’une nouvelle confrontation entre les acteurs de la filière, le ministre a plaidé pour une transformation en profondeur du systèmes de négociations commerciales. Selon lui, les discussions annuelles reposent excessivement sur des rapports de force et offrent trop peu de visibilité aux entreprises. « Il faut des accords pluriannuels sur cinq à sept ans et un autre type de dialogue », a-t-il proposé, se disant prêt à réunir l’ensemble des parties prenantes pour bâtir « un nouveau système » capable de « réconcilier » les acteurs économiques tout en renforçant la souveraineté alimentaire française.

« J’entends que nous devons protéger les agriculteurs et les consommateurs. J’entends aussi qu’il faut travailler sur le temps long. Mais nous ne l’avons pas », a rétorqué la sénatrice écologiste. « Ce temps long va conduire à la destruction de notre industrie agroalimentaire et de notre agriculture. Nous n’avons pas ce temps long. Il faut agir tout de suite », a-t-elle conclu.

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