Paris: Clashes Erupt in Paris at Night Following French President’s Televised Address
Credit:Jeanne Accorsini/SIPA/2610190112

Loi « casseurs-payeurs » : que contient le texte examiné au Sénat ?

La chambre haute entame ce mardi 27 octobre l’examen du projet de loi « casseurs-payeurs ». Un projet décrié par la gauche et qui vise à permettre d’engager la responsabilité civile des individus s’étant maintenu dans un attroupement ayant causé des dommages.
Henri Clavier

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Le texte avait été annoncé après les violences en marge de la victoire du PSG en finale de la ligue des champions 2026, son examen a été accéléré après le début de la mobilisation lycéenne. Adopté en commission au Sénat le 21 octobre, le texte est examiné ce mardi 27 octobre dans l’hémicycle à partir de 16h30. Si le texte est largement critiqué et considéré, notamment à gauche, comme une atteinte à la liberté de manifester, il devrait obtenir le soutien de la majorité sénatoriale composée de la droite et du centre. « Ce texte apporte une réponse ferme, claire et opérationnelle aux attentes des Français », estime le rapporteur LR David Margueritte qui considère que le texte permettra de « protéger la liberté de manifester ». 

Tenir pour responsable les personnes ayant « sciemment participé » à un attroupement ayant causé des dommages

Le principal objectif du texte est de permettre au juge d’engager la responsabilité civile des individus ayant participé à un attroupement qui a causé des dégâts. Pour cela, l’individu devra avoir « sciemment participé » à un groupement formé dans le but de causer des dégâts. Par ailleurs, les personnes s’étant maintenues dans les attroupements après deux sommations des forces de sécurité pourront aussi être tenues responsables. Concrètement, les individus s’étant maintenus dans un attroupement pourront donc voir leur responsabilité engagée, de manière solidaire, alors qu’ils n’ont pas eux-mêmes causé de dommages. 

En commission, les deux rapporteurs, David Margueritte (LR) et Olivier Bitz (UCI), ont tenu à exonérer de responsabilité les personnes ayant un motif légitime pour se maintenir au sein de l’attroupement. L’amendement, non-exhaustif, concerne les journalistes, les observateurs ou encore les soignants. Un cadre jugé trop souple par le gouvernement qui a déposé un amendement pour que seuls les journalistes professionnels soient concernés. 

Un plafond de dommages et intérêts fixé à 10 000 euros

Ce régime vient compléter celui de l’action récursoire qui permet à l’Etat de se retourner contre l’auteur de dommages pour en obtenir la réparation. L’action récursoire avait été créée après l’adoption d’un texte initié par Bruno Retailleau, sénateur et candidat de LR à l’élection présidentielle. A noter que les dommages et intérêts sont plafonnés à 10 000 euros. Les sommes dues pourront être, le cas échéant, directement prélevées sur certaines prestations sociales comme les allocations personnelles au logement ou les allocations familiales. En commission, un amendement des deux rapporteurs, étend la portée de l’article 4 en incluant le RSA dans les prestations sociales pouvant faire l’objet de saisies. Le maintien d’un « reste à vivre » pour les plus précaires serait cependant possible. 

D’autres mesures figurent dans le texte de la commission comme l’assouplissement de la procédure d’autorisation de recours aux drones durant les manifestations, notamment en supprimant le nombre maximal de drones pouvant être déployés. Une mesure visant à infliger une peine complémentaire d’interdiction du territoire français (ITF) à l’encontre des étrangers condamnés pour certaines infractions graves susceptibles d’être commises lors de « violences urbaines » a aussi été adoptée. 

Le gouvernement défendra un amendement permettant de restreindre l’usage des réseaux sociaux 

Comme annoncé mercredi 21 octobre dans l’hémicycle du Sénat, le gouvernement devrait soutenir la plupart des ajouts de la majorité sénatoriale. Par ailleurs, le gouvernement a déposé plusieurs amendements afin de mettre en place des interdictions de manifester visant les profils violents, mais aussi afin de réguler certains propos sur les réseaux sociaux. 

« Le 17 octobre, il y a eu un souci avec les réseaux sociaux, évidemment, on en tire toutes les conséquences », a déclaré Laurent Nunez sur RTL ce matin. Pour cela, l’exécutif souhaite créer une procédure d’urgence pour obtenir le retrait, dans un délai d’une heure, de contenus appelant à « un attentat, à l’insurrection ou à l’armement contre l’État » publiés sur les réseaux sociaux. En l’absence de retrait dans les délais, l’autorité administrative pourra, conformément au règlement européen relatif à la lutte contre la diffusion des contenus à caractère terroriste en ligne, solliciter le blocage et le déréférencement des sites. 

Il faudra également scruter les amendements du RN visant à durcir le texte. En effet, le groupe présidé par Edwige Diaz défendra notamment un amendement rehaussant le plafond de dommages et intérêts, actuellement fixé à 10 000 euros. Un amendement similaire avait déjà été défendu, en commission par la sénatrice Nathalie Goulet (UCI). D’autres amendements RN proposent d’interdire l’attribution d’un logement social au ménage dont un membre majeur a été définitivement condamné pour des faits commis lors d’une émeute, la possibilité de résilier un bail ou encore la saisie de l’allocation aux adultes handicapés.

Partager cet article

Dans la même thématique

Loi « casseurs-payeurs » : que contient le texte examiné au Sénat ?
4min

Parlementaire

Autonomie de la Corse : après le rejet du Sénat, les soutiens du texte expriment un « sentiment de déception » 

En dépit du soutien du gouvernement, le projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse a été rejeté après l’adoption de plusieurs amendements issus de la droite sénatoriale et vidant le texte de sa substance. Invités de la matinale de Public Sénat, les deux sénateurs de Corse, Jean-Jacques Panunzi (LR) et Paul-Toussaint Parigi (UCI) reviennent sur leur vision de l’autonomie de la Corse.

Le

Loi « casseurs-payeurs » : que contient le texte examiné au Sénat ?
6min

Parlementaire

Autonomie de la Corse : au Sénat, les débats s’enlisent sur la notion de « communauté corse »

À l’initiative de la droite sénatoriale, les élus ont supprimé du texte de la réforme constitutionnelle la référence à une « communauté corse ». Le sénateur autonomiste Paul-Toussaint Parigi a aussitôt annoncé le retrait de sa famille politique du « processus de Beauvau », à l’origine de ce texte. Le gouvernement annonce qu’il réunira les parlementaires dans les prochains jours « pour voir si le chemin peut être poursuivi ou pas ».

Le

9min

Parlementaire

Protection de l’enfance : au Sénat, les rapporteures rejettent l’imprescriptibilité pour ne pas « déstabiliser le droit pénal »

Élargi après le scandale du périscolaire et la mort de la jeune Lyhanna, le projet de loi sur la protection des enfants s’apprête à être débattu au Sénat dès le 27 octobre. En commission, les sénateurs ont écarté l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs. En revanche, ils ont durci la répression des viols en série et créé un fichier des sanctions, au nom de la sécurité juridique du texte.

Le

Paris: Abrogation du code noir au Senat
6min

Parlementaire

Autonomie de la Corse : malgré le détricotage du texte en commission, le vote de la réforme constitutionnelle reste incertain au Sénat

En commission des lois, jeudi, les sénateurs ont largement réécrit le projet de réforme constitutionnelle, sous l’impulsion d’une droite plutôt hostile au principe d’autonomisation et à la reconnaissance d’une communauté corse. Toutefois, ces modifications n’ont qu’une valeur indicative, puisque c’est le texte voté à l’Assemblée nationale en juin qui sera débattu dans l’hémicycle du Sénat le 23 octobre.

Le