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Concert de LFI pour la Fête de la musique : une soirée festive devenue symbole politique ?

La France insoumise prévoyait d’organiser, le 21 juin, un concert gratuit place de la République à Paris dans le cadre de la Fête de la musique. Mêlant artistes et prises de parole politiques, l’événement a été interdit par la préfecture de police de Paris au nom des risques de troubles à l’ordre public. Contestée par les organisateurs, la décision a donné lieu à un recours devant le tribunal administratif.
Emma Bador-Fritche

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Quand le pouvoir tente de désaccorder le concert, la partition devient politique. À l’origine, il devait s’agir d’une scène parmi les centaines qui animeront les rues de France le 21 juin. Un concert gratuit place de la République, à Paris, organisé par La France insoumise mêlant artistes, prises de parole politiques et messages antiracistes. Une formule qui n’avait rien d’improvisé. L’année dernière déjà, le mouvement avait organisé un concert sur les quais du canal Saint-Martin à l’occasion de la Fête de la musique. Cette année, l’ambition était plus grande : investir l’une des places les plus emblématiques de la capitale et démontrer sa capacité à fédérer bien au-delà de son électorat traditionnel. « La musique a toujours été un moyen d’expression politique », explique Aurélien Le Coq, député LFI et membre de l’équipe organisatrice. « La quasi-totalité des artistes français ont intégré, à un moment ou à un autre, une dimension politique à leur démarche artistique. »

Pour les organisateurs, il ne s’agissait pas de détourner la Fête de la musique mais de s’inscrire dans son histoire. « La programmation artistique a toujours été politique », soutient le député Hadrien Clouet. « La Fête de la musique elle-même est née d’une initiative politique. » Les Insoumis aiment rappeler qu’en juin 1981, avant même sa création officielle par Jack Lang, un immense concert avait été organisé place de la République pour célébrer l’arrivée de la gauche au pouvoir. Jacques Higelin et Téléphone s’y étaient produits devant des dizaines de milliers de personnes.

Un coup politique qui fait débat

L’annonce du concert n’a pas tardé à susciter des réactions politiques, y compris à gauche. Si certains responsables reconnaissent en privé une opération de communication habile permettant à La France insoumise d’associer son image à l’un des événements populaires les plus suivis du pays, d’autres dénoncent une politisation de la Fête de la musique. Le maire socialiste de Paris Centre, Ariel Weil, a ainsi qualifié l’événement de « projet irresponsable » et dénoncé une « récupération à des fins politiques d’un événement festif ». Dans un entretien accordé au Point, il estimait que l’organisation d’un tel rassemblement place de la République relevait « au mieux d’une récupération politique, au pire d’un désordre certain ».

Même réserve du côté du président du CRIF, Yonathan Arfi, qui s’est interrogé sur la pertinence de l’initiative. « Ce concert est légal mais est-il pertinent pour la démocratie ? Aucun parti politique ne devrait pouvoir détourner une fête populaire qui vise à rassembler les Français, pas à les diviser », a-t-il déclaré.

À l’inverse, plusieurs élus de gauche ont dénoncé la décision d’interdiction prise par la préfecture de police. « On peut pointer les mairies RN qui interdisent des spectacles, la préfecture de police de Paris ne vaut visiblement pas mieux. Le climat policier autour de la fête et de la liberté culturelle doit tous nous inquiéter », a réagi sur X le sénateur écologiste du Rhône Thomas Dossus

« C’est une décision ahurissante et un scandale absolu »

Le débat a changé de dimension mercredi 17 juin lorsque la préfecture de police de Paris a interdit le rassemblement. Pour justifier sa décision, elle invoque des risques de troubles à l’ordre public liés notamment à la présence annoncée ou supposée du rappeur Médine, d’Assa Traoré ou encore de membres du Comité Adama. Dans son arrêté, elle mentionne également certaines prises de position controversées attribuées à ces personnalités.

« C’est une décision ahurissante et un scandale absolu », réagit Aurélien Le Coq. « Interdire un concert le soir de la Fête de la musique est déjà problématique. Mais interdire un événement organisé par un mouvement politique, c’est permettre au pouvoir de décider quels événements peuvent avoir lieu ou non. »

Le mouvement a immédiatement saisi le tribunal administratif. Pour Youcef Brakni, du Comité Adama, l’interdiction ne fait aucun doute sur ses motivations : « C’est clairement une décision politique. » À l’inverse, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, défend l’action de la préfecture. « La préfecture de police de Paris est dans son rôle », assure-t-elle. « Elle constate des risques de trouble à l’ordre public du fait d’invités qui ont tenu par le passé des propos injurieux, notamment à l’encontre des forces de l’ordre. »

« La censure ou l’interdiction produisent souvent des effets contraires à ceux qu’elles poursuivent »

Quelle que soit la décision de la justice administrative, la soirée voulue par LFI a déjà changé de nature. Ce qui devait être un rendez-vous festif est devenu un rendez-vous politique. « Nous sommes en plein cœur d’une bataille culturelle », observe un avocat spécialiste des libertés publiques qui préfère rester anonyme. « Des manifestations culturelles et politiques font aujourd’hui l’objet de demandes de censure à tout-va. »

Une analyse partagée par Stéphane Krasniewski, directeur du festival Les Suds. « Dès qu’on annule un concert, ça m’interpelle », souligne-t-il. « La musique est un catalyseur. Elle exprime la joie, la colère, les tensions d’une société. Boucher le haut-parleur ne fait pas disparaître ce qui s’exprime derrière. » Le directeur de festival redoute même que les interdictions produisent l’effet inverse de celui recherché. « La censure ou l’interdiction produisent souvent des effets contraires à ceux qu’elles poursuivent. Elles alimentent la polarisation. »

À quelques jours du 21 juin, rarement un concert de la Fête de la musique aura suscité autant de débats avant même que la première note ne soit jouée.

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