Emeutes : les réponses musclées des LR face au « délitement de l’autorité »

Alors que le calme est revenu dans les quartiers, les LR mettent sur la table un catalogue de mesures marquées par la fermeté. 80.000 places de prison, courtes peines d’un mois pour les mineurs, abaissement de la majorité pénale à 16 ans, rendre les parents de mineurs délinquants « pénalement responsables », retour des suppressions des allocations en cas d’absentéisme scolaire, rétablissement de la double peine, uniforme de l’école au lycée… Les LR veulent marquer le coup.
François Vignal

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Alors que le calme est revenu dans les quartiers, les LR mettent sur la table un catalogue de mesures marquées par la fermeté. 80.000 places de prison, courtes peines d’un mois pour les mineurs, abaissement de la majorité pénale à 16 ans, rendre les parents de mineurs délinquants « pénalement responsables », retour des suppressions des allocations en cas d’absentéisme scolaire, rétablissement de la double peine, uniforme de l’école au lycée… Les LR veulent marquer le coup.

Après le temps du « soutien à l’action de l’Etat » face aux émeutes, c’est l’heure des réponses pour les LR, ou plutôt « de passer à l’action ». Depuis les événements qui ont touché de nombreuses villes du pays, les LR ont multiplié les propositions, que ce soit à l’Assemblée ou au Sénat.

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C’est entouré des deux présidents de groupes, Bruno Retailleau, à la tête des sénateurs LR, et Olivier Marleix, côté Assemblée, que le président des LR, Eric Ciotti, a essayé de mettre un peu d’ordre – forcément – ou plutôt de rassembler toutes les idées mises sur la table par les LR, lors d’une conférence de presse, ce jeudi, au siège du mouvement. Il s’agit de répondre au « délitement de l’autorité », de « l’éducation » et de l’autorité des parents, qui expliquent, selon la droite, les émeutes. Sans oublier « l’immigration de masse qui déstabilise trop nos territoires », pointe Eric Ciotti. Bref, « aller aux causes racines », comme dit Bruno Retailleau. Un peu comme sur le projet de loi sur l’immigration, les LR essaient à nouveau d’avancer leurs propositions, pour pousser la majorité à se positionner. Sur la sécurité et la justice, deux sujets de prédilection pour les LR, pour ne pas dire identitaire, pas question de plus de se louper. Quitte à charger la barque. Mais pour la droite, c’est le contexte qui impose des réponses fermes.

« Cet embrasement est un tournant »

« On ne peut plus se satisfaire de placébo, ce qu’il s’est passé est d’une extrême gravité et menace la République. Ce qu’il s’est passé appelle un changement de cadre », soutient Eric Ciotti. « Les événements ont révélé une faille d’une profondeur insoupçonnée », pense Olivier Marleix, pour qui « la situation appelle un changement de cap, qui doit avoir lieu maintenant. Mais ça ne semble pas être la volonté du gouvernement ».

« Cet embrasement est un tournant. Rien ne serait pire que de faire comme à l’habitude », confirme Bruno Retailleau, pour qui « ce qu’il va convenir de reconstruire, ce n’est pas ce qui a brûlé, c’est aussi tout ce qui a été déconstruit pendant des années » (voir vidéo ci-dessous). Le président du groupe LR du Sénat ajoute :

 La prochaine fois, si ces causes ne sont pas traitées, n’en doutez pas un seul instant, la violence reviendra et la France rebrûlera. 

Bruno Retailleau, président du groupe LR du Sénat

« Plan d’urgence pour la création de places de prison par structures modulaires »

La réponse régalienne des LR est pour le moins musclée. Il en résulte un catalogue de mesures, dont « un certain nombre de propositions qui ne sont que la reprise de propositions de la droite quand elle était au pouvoir », comme le rappelle Olivier Marleix. Certaines ont déjà fait l’objet de propositions de loi. D’autres PPL seront bientôt déposées pour les porter, « à l’Assemblée ou au Sénat ».

Concernant les lieux de privation de liberté, les LR veulent porter la capacité carcérale à 80.000 places, avec un « plan d’urgence pour la création de places de prison par structures modulaires » pour créer en quelques mois « 4.000 à 5.000 places », l’ouverture de nouveaux établissements pénitentiaires pour mineur et le doublement des centres éducatifs fermés d’ici 2027. Ces mesures seront défendues par « amendements », dans le cadre du texte justice, en cours d’examen à l’Assemblée, a précisé Eric Ciotti, « et le Sénat sera amené à les soutenir en CMP ». Manière de mettre la pression tout de suite sur le gouvernement, qui a besoin d’une majorité pour adopter son texte…

Côté réponse pénale, les LR veulent le retour des peines planchers, supprimées par François Hollande, tout en les élargissant. Pour les violences contre des personnes dépositaires de l’autorité publique, ils veulent la peine plancher dès le premier délit. Autre mesure : le rétablissement des courtes peines, y compris pour les mineurs, avec des « peines d’un mois, qui sont aujourd’hui interdites » ou « même de quelques jours, une semaine », comme ça se fait « aux Pays-Bas », souligne Eric Ciotti.

« Appliquer » les comparutions immédiates pour les mineurs

Toujours pour les mineurs, les LR veulent « appliquer » les comparutions immédiates, et demandent l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans et la suppression de l’excuse de minorité, au-delà de 16 ans.

La question de la responsabilité parentale, qui revient dans toutes les bouches des LR depuis plusieurs jours, est l’un des points essentiels pour la droite. Les LR veulent « rendre les parents de mineurs délinquants pénalement responsables, en cas de manquement au respect d’obligation judiciaire dont feraient l’objet leurs enfants, notamment par le biais d’un contrat signé avec l’autorité judiciaire », explique le président des LR. Ils demandent le rétablissement de la loi Ciotti de « lutte contre l’absentéisme scolaire », votée sous Sarkozy, qui peut aller jusqu’à « la suspension voire la suppression des allocations scolaires ».

Pour les LR, la réponse aux émeutes passe aussi par un renforcement des lois sur l’immigration. Ils renvoient aux deux propositions de lois qu’ils ont déposées sur le sujet. Demandant au gouvernement de les « inscrire à l’ordre du jour », ils dénoncent « l’absence totale de réponse de la part du Président ».

« Plan d’assimilation aux valeurs de la République »

Dans leur carton aussi, un « plan d’assimilation aux valeurs de la République », sans oublier le rétablissement « de la double peine pour expulser systématiquement » les étrangers « coupables d’attaques ces derniers jours ». « S’il y a une tentative d’assassinat sur un policier, ils n’ont rien à faire en France », lance Eric Ciotti. Par ailleurs, il ne serait pas possible d’obtenir automatiquement la national française « par droit du sol, pour un mineur qui a fait l’objet d’une condamnation. S’il a commis un crime, il ne pourra devenir Français à 18 ans ». Sans oublier « la déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour crime, dans le cadre d’un incendie volontaire ».

Les LR ne manquent pas d’idées, puisque côté éducation, ce sera uniforme pour tout le monde. Ils proposent en effet « d’instituer le port d’une tenue vestimentaire unique à l’école, au collège et au lycée », ainsi que « l’enseignement civique du CP au lycée », ou encore passer de 300 à 500 internats d’excellence d’ici 2027.

« Plus de soutien à des territoires, mais à des individus, selon leur talent »

S’ils rejettent en bloc ce qu’ils appellent la politique de l’excuse, les LR se sont tout de même autorisé une petite pincée de sociale dans leur batterie de propositions. Mais à leur sauce. Eric Ciotti évoque ainsi de « puissantes mesures d’insertion », mais celles-ci doivent se faire de façon « individualisée ». Il ne faut « plus de soutien à des territoires, mais à des individus, selon leur talent, leur parcours, leur travail », afin d’aider de « jeunes talents, issus de milieux défavorisés ». Et non plus « traiter la question en déversant une pluie de milliards », comme dit Bruno Retailleau.

Les LR ont aussi pensé à « un volet concernant les collectivités locales », en « reprenant la proposition de loi portée par le Sénat, par François-Noël Buffet, sur la protection des élus ». Le texte prévoit notamment d’aggraver les peines encourues pour des faits de violence contre des élus (lire notre article pour plus de détails). Ils mettent aussi sur la table la perte des droits civiques pour toute infraction contre un élu, insistent pour « que les maires retrouvent la pleine et totale maîtrise de l’attribution des logements sociaux » et enfin proposent « le renforcement des pouvoirs de la police municipale ».

« Il ne s’agit pas de se déporter vers l’extrême droite », assure Bruno Retailleau

Avec ce remède de cheval, les LR vont à nouveau être accusés de courir derrière l’extrême droite, qui propose d’ailleurs déjà, depuis quelques années, certaines des mesures énoncées ce matin. « Il ne s’agit pas de se déporter vers l’extrême droite », rétorque Bruno Retailleau, dont les propos la veille, sur « la deuxième, la troisième génération, (pour qui) il y a comme une sorte de régression vers les origines ethniques », ont fait polémique… jusque dans son camp, du moins sur la forme. « Je ne reprendrais pas les mots de Bruno. Il faut être un peu plus subtil » lâche un cadre LR, qui n’en reste pas moins d’accord sur le fond. Pour appuyer son propos, le sénateur de Vendée, rappelle ce jeudi, comme il l’a fait sur l’antenne de Public Sénat la veille, les mots de Thierry Henry, lors du match de foot France-Algérie, en 2001 : « Nous avons joué à l’extérieur ». Regrettant « le repli communautaire », Bruno Retailleau souligne en termes plus choisis que « le cœur de notre modèle républicain français, c’est le dépassement des communautés d’origine ».

« Avec ces propositions, on ne court après personne, si ce n’est la restauration de l’autorité », avait anticipé, avant même les questions, Olivier Marleix. Les LR courent peut-être aussi après leurs électeurs, qui sont allés en partie vers le RN, ou vers Emmanuel Macron.

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