Tours: Emmanuel Denis campagne municipale avec des elus de Gauche
Crédit : ISA HARSIN

Municipales 2026 : les Ecologistes peuvent-ils encore surfer sur la « vague verte » ?

2020 avait vu huit nouveaux maires écologistes s’installer à la tête des mairies de Lyon, Bordeaux ou encore Strasbourg. En 2026, alors que la donne politique a changé, les Ecologistes y croient encore et visent la conquête de nouvelles villes.
Mathilde Nutarelli

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Au lendemain des élections municipales de 2020, l’expression « vague verte » a saturé l’actualité. Les écologistes, qui n’avaient auparavant pas de grande ville, à part Grenoble, se sont retrouvés à la tête de l’exécutif de huit autres communes de plus de 50 000 habitants : Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Besançon, Poitiers, Annecy, Tours et Colombes. Même si l’expression de « vague verte » est à relativiser, car dans plusieurs villes comme Bordeaux, Annecy ou Besançon, la dynamique était portée par une liste d’union de la gauche, les écologistes ont accédé au fauteuil de maire comme jamais auparavant. « Il y a eu un vrai engouement pour verdir les villes, à la suite des élections européennes de 2019 », se souvient Thomas Dossus, sénateur écologiste du Rhône. Mais ce qui était vrai en 2020 l’est-il encore en 2026 ?

30 % des sondés qui ont élu un maire écologiste le regrettent

Un sondage en date du 5 mars de l’Institut Terram et de l’Ifop est sévère à l’égard des maires écologistes sortants. Alors que 13 % des sondés disent regretter d’avoir voté pour leur maire actuel, ils sont 30 % parmi ceux qui ont voté pour un maire écologiste. Et parmi les sondés qui souhaitent voir leur édile réélu (55 % en moyenne), ils ne sont que 24 % quand ce dernier est écologiste (sondage sur un échantillon représentatif de 10 196 personnes).

Des chiffres durs pour les édiles Verts. Mais ils ne sont pas les seuls : dans les villes, globalement, le souhait de voir son maire réélu est plus faible que la moyenne (48 %). Or, les maires écologistes sont essentiellement représentés dans cette catégorie. « En 2026, avec un fort recul des préoccupations écologiques, un bilan de leurs maires sortants souvent mitigé et un regain de participation qui dilue l’électorat EELV, les indicateurs ne semblent pas au beau fixe pour les défenseurs de l’écologie politique », analyse François Kraus, directeur du pôle Politique/Actualités à l’Ifop. « Ce sont des sondages nationaux, il faut voir la réalité de chaque ville », temporise Thomas Dossus, « en ce moment, on assiste à une frénésie des sondages avec des questions absurdes ». Le sénateur déplore une séquence de « maires écolos bashing ».

Les Ecologistes restent « confiants »

Tout n’est pas noir, du point de vue des Ecologistes, loin de là. « Quand on fait localement un retour sur le bilan de nos maires, on constate à la fois une désaffection pour le maire, ce qui n’est pas propre aux Ecologistes, mais aussi que le bilan des politiques publiques est plébiscité », affirme Thomas Dossus. Ce dernier se dit « confiant ». « Si on enlève Lyon et Strasbourg, qui sont des cas particuliers, le reste des maires sortants arriveront en tête au soir du premier tour », assure-t-il. A Lyon, le maire sortant, l’écologiste Grégory Doucet est devancé dans les sondages par le candidat soutenu par Renaissance, Horizons, le Modem et LR, l’ancien président de l’OL Jean-Michel Aulas. A Strasbourg, la maire sortante Jeanne Barseghian est devancée par l’ancienne édile socialiste Catherine Trautmann dans les sondages.

« L’objectif de la campagne, c’est de gagner des villes un peu plus petites avec des candidats implantés »

Plus globalement, l’objectif des Ecologistes pour cette campagne municipale, c’est de garder les villes acquises, voire d’en gagner davantage. « Nous voulons gagner des villes un peu plus petites avec des candidats implantés, comme Lorient, Auxerre, Mulhouse ou Caen », liste Thomas Dossus.

Elargir le nombre de villes écologistes, alors que le contexte a bien changé depuis 2020. La crise covid est terminée, la donne géopolitique et intérieure a été profondément modifiée. Dans le sondage de l’Ifop et de l’Institut Terram, les cinq priorités des sondés pour ces élections sont les suivantes : la sécurité, la santé, les finances locales ou encore la lutte contre les incivilités. Peu de sujets sur lesquels les écologistes sont identifiés. « Le contexte politique de 2020 était très différent », reconnaît le sénateur, « l’adaptation des villes au changement climatique n’est plus au top des priorités. En 2020, il y avait de grandes marches climat organisées dans les grandes villes. Aujourd’hui, à Lyon, il y a des marches de néonazis ».

« En mettant certaines conditions de clarification, on n’est pas fermé à des alliances de second tour avec LFI »

L’autre facette de la campagne qui vient percuter les équipes sortantes, est la question des alliances. La « vague verte » de 2020 a été facilitée par les listes d’union de la gauche, comme à Bordeaux ou à Besançon. Or, depuis 2020, les relations à gauche se sont crispées entre les Socialistes, les Ecologistes et les Insoumis. Ces derniers ont même changé radicalement de stratégie : cette fois-ci, ils sont présents dans de nombreuses villes au premier tour, y compris dans les municipalités écologistes. La question est posée, sur le terrain comme lors des débats, des alliances de second tour. Le PS a fermé la porte à un accord national, mais les Ecologistes n’ont pas fait une telle démarche. Pourtant, au lendemain de la mort du militant nationaliste Quentin Deranque suite à un affrontement avec la Jeune Garde, groupe proche de la France Insoumise, Thomas Dossus avait affirmé sur l’antenne de Public Sénat que tant que le parti n’avait pas « clarifié » sa position vis-à-vis de la violence en politique, « nous ne pouvons plus discuter avec [eux] ». Depuis, la porte qui semblait verrouillée, s’est rouverte. « En mettant certaines conditions de clarification, on n’est pas fermé à des alliances de second tour avec LFI », affirme-t-il, même s’il continue de condamner les récents propos de Jean-Luc Mélenchon à propos de la prononciation d’Epstein. Pour lui, le plus important, c’est de « garder le plus de villes à gauche ».

Concernant les Socialistes, le dilemme est moins difficile : « Dès que ça s’est bien passé sur un mandat, il n’y avait pas de raison de faire des listes différentes », explique le sénateur. Ainsi, à Paris, à Rennes ou à Nantes, les Ecologistes sont partis derrière les Socialistes dès le premier tour. Ce qui ne les empêchera pas de s’opposer à Strasbourg ou encore à Lille, où l’écologiste Stéphane Baly qui a bien failli battre Martine Aubry en 2020 veut tenter de ravir la mairie à son successeur, Arnaud Deslandes. Cette stratégie tout en souplesse s’avérera-t-elle payante ? Réponse dimanche soir.

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