Paris : Meeting of the Popular Front NFP
Jeanne Accorsini

Présidentielle 2027 : à la Bellevilloise Faure, Tondelier, Ruffin…dans les sables mouvants de la primaire

Entre appels à l’unité et règlements de comptes avec Jean-Luc Mélenchon, les défenseurs d’un « Front populaire 2027 » ont tenté mardi soir à Paris de relancer une dynamique qui patine. - REPORTAGE
Emma Bador-Fritche

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« Nous allons bientôt avoir davantage de candidats à la candidature que de militants à la militantantude », ironisait Guillaume Bachelay, secrétaire national du Parti socialiste en 2009. Dix-sept ans plus tard, la phrase flotte toujours au-dessus de la gauche française. Mardi soir, à La Bellevilloise, dans le 20e arrondissement de Paris, les partisans d’une primaire du « Front populaire 2027 » ont tenté de conjurer cette vieille malédiction, celle d’une gauche incapable de s’unir avant de se disperser. Le symbole avait pourtant été soigneusement travaillé. Quatre partis réunis (PS, Écologistes, Génération. s, L’Après) des figures de la société civile, des élus socialistes et écologistes, tous rassemblés pour célébrer les 90 ans du Front populaire de Léon Blum. Mais derrière l’affiche unitaire, le doute s’invite rapidement. À mesure que la soirée avançait, la salle de La Bellevilloise se remplissait lentement, sans jamais donner le sentiment d’atteindre sa pleine capacité. Les organisateurs annonçaient 1 600 inscrits, mais le fond de salle clairsemé renvoyait une autre impression. « Ça fait vide », soufflait un militant socialiste. Raquel Garrido, ancienne membre de LFI affirme toutefois qu’une salle de débordement avait été ouverte pour retransmettre la soirée et annonce « 1 200 personnes » présentes.

Sur la mezzanine réservée à la presse, la chaleur était étouffante. Journalistes, cadreurs et photographes s’y entassaient au-dessus de la salle. « On est plus serrés ici que les militants en bas », glissait un journaliste. En contrebas flottaient les pancartes : « C’est l’équipe qui gagne », « L’union pour gagner », « Comme Léon choisissez l’union », « Front populaire ». Les slogans au mégaphone se succédaient sans réellement embraser la foule : « Tous ensemble unité ! », « Front populaire ! », « C’est la lutte finale ! », « Tout le monde déteste le RN ! » Mais dans les travées, l’optimisme n’était pas unanime. Une jeune militante écologiste résumait l’état d’esprit du moment : « Il n’y aura pas de primaire. C’est déprimant. »

L’ombre de Mélenchon

Le contexte politique pèse sur toute la soirée. Deux jours plus tôt, Jean-Luc Mélenchon, fondateur de la France insoumise a officialisé sa candidature à la présidentielle de 2027, prenant de vitesse tous les partisans d’une candidature commune. Une accélération qui fragilise encore davantage ceux qui espèrent sauver une union de la gauche hors LFI. L’absence de plusieurs figures social-démocrates saute également aux yeux : pas de François Hollande, pas de Jérôme Guedj, pas de Raphaël Glucksmann. Une absence lourde politiquement au moment où les tenants de la primaire cherchent justement à montrer un front commun. Les principales figures du meeting, Olivier Faure, Marine Tondelier, Clémentine Autain, François Ruffin et Benjamin Lucas arrivent ensemble par l’arrière de la salle sous les applaudissements et les cris de « Tous ensemble ! Tous ensemble ! ». Une entrée pensée comme une image d’unité. Pourtant, sur scène, chacun prendra ensuite la parole à tour de rôle, seul derrière le pupitre. Comme un reflet involontaire des fractures de la gauche. La soirée débute par une vidéo de Léon Blum et des images du Front populaire de 1936. Congés payés, semaine de 40 heures, conventions collectives : les organisateurs veulent rappeler « d’où viennent nos droits, de l’union et des luttes ». À 19 h 30, Danielle Simonnet ouvre le meeting. « Alors oui, unité. Ce soir, on fête les 90 ans du Front populaire, nous voulons rappeler que c’est grâce à l’unité que nous avons arrachée tous ces conquis », lance la députée membre de L’Après. Puis elle martèle le message central de la soirée : « Une candidature commune de toute la gauche et des écologistes. » Avant de s’emporter : « Les sondages le prouvent, les électeurs de gauche aspirent à l’unité, alors on arrête les conneries ».

La primaire comme dernière planche de salut

Toute la soirée, les mots « primaire » et « union » reviennent comme une obsession. Les intervenants s’y accrochent comme au dernier mécanisme capable d’éviter l’éclatement général. L’économiste Julia Cagé attaque frontalement les réticents du camp social-démocrate : « Si vous avez peur de débattre dans votre propre camp, qu’est-ce que vous allez faire le soir du premier tour ? » Puis raille les ambitions personnelles : « Si c’est pour l’égo, on met la photo. » Dans la mezzanine presse, une autre intervention fait réagir. Éric Pliez, maire du 20e arrondissement sous l’étiquette Place publique, prend lui aussi la parole pour défendre l’union : « Nous sommes là car sans union pas de victoire. » Mais quelques minutes plus tard, un membre de Place publique tempère par message : « Il a sa propre ligne. » Manière de rappeler que Raphaël Glucksmann, lui, refuse toujours de s’inscrire dans cette stratégie.

« J’en veux à Jean-Luc Mélenchon »

Le moment le plus offensif de la soirée vient de Clémentine Autain. L’ancienne insoumise, désormais députée écologiste et candidate déclarée, règle ses comptes avec son ancien camp. « L’union a du plomb dans l’aile », reconnaît-elle d’abord. Puis elle attaque frontalement Jean-Luc Mélenchon : « J’en veux à Jean-Luc Mélenchon d’imposer sa candidature loin de l’union, alors qu’elle est la meilleure garantie pour arriver au second tour. C’est irresponsable ». Sous les applaudissements, elle appelle à « construire ensemble l’union et que le peuple de gauche tranche la question de l’incarnation ». Avant d’assurer : « Je suis prête à perdre et c’est le jeu de la primaire. » François Ruffin reprend ensuite le flambeau unitaire. « Nous voulons une candidature commune », insiste le député, qui revendique « 100 000 signatures de soutien en quinze jours ». « Nous pourrions nous dire aujourd’hui, ‘on y va tout seul’. Mais on fait le choix inverse », affirme-t-il. Lui aussi défend une primaire « pour des raisons de débordement », censée permettre de recréer une dynamique populaire après « dix ans de macronisme et d’étouffement de la démocratie ».

Olivier Faure acte la rupture avec LFI

Le discours le plus attendu est celui d’Olivier Faure. Contesté dans son propre parti, fragilisé par l’annonce de Mélenchon et par les hésitations du PS sur la primaire, le premier secrétaire socialiste joue une partie délicate. Le ton est grave, parfois peu enthousiaste. « Il y a deux France qui ne se regardent plus, celle qui se paie un avion privé et celle qui n’a pas d’essence », lance-t-il. Mais le véritable tournant intervient lorsqu’il évoque LFI. « Jean-Luc Mélenchon est déjà candidat, c’est son droit », lâche-t-il d’abord. Avant d’ajouter une phrase qui résonne dans toute la salle : « L’union avec les insoumis est fermée, c’est une fiction. » Autrement dit, le rassemblement rêvé par les organisateurs ne se fera probablement pas avec le principal bloc électoral de la gauche radicale. Olivier Faure continue pourtant de défendre l’idée d’« un candidat commun ou une candidate commune », avec une légitimité « que personne ne pourra lui contester ». Puis avertit : « Le rassemblement ne garantit pas la victoire, mais la division garantit la défaite. » À la fin de son intervention, quelques militants scandent « Olivier président ! » sans réellement entraîner toute la salle. Reste désormais à trancher la ligne. Les socialistes doivent encore se prononcer, un vote interne, attendu avant l’automne, devra dire s’ils choisissent collectivement de s’engager ou non dans cette primaire.

Une union encore introuvable ?

Lucie Castets, maire PS du 12e arrondissement clôt le meeting en appelant à construire « un projet nouveau pour la France » et à « ouvrir à des figures plus représentatives ». Elle annonce également la publication des « huit premières priorités communes ». Lors du point presse de fin de meeting, François Ruffin s’éclipse rapidement, tout comme Olivier Faure, une sortie discrète qui donne le sentiment que, ce soir-là, les actes auront davantage parlé que les paroles. Mais en quittant La Bellevilloise, un sentiment domine : celui d’une gauche qui continue de parler d’unité tout en donnant à voir ses divisions. Ce meeting devait relancer la dynamique de la primaire. Il aura surtout exposé les fractures d’un espace politique qui cherche encore son point d’équilibre entre sociaux-démocrates, écologistes, anciens insoumis et anti-Mélenchon. À moins d’un an de la présidentielle, les appels à l’union n’ont jamais été aussi nombreux. Et l’union, jamais aussi incertaine.

 

Edit : ajout des propos de Raquel Garrido le 06/05/2026 – 13h37

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