La Seyne-sur-Mer RN party’s President Jordan Bardella
Frank Giletti//NEIRDAPROD_sipa.15155/Credit:Adrien Pittore/SIPA/2609272124

RN au Sénat : le groupe va-t-il dépasser les 15 sénateurs grâce à des ralliements en provenance de la droite ?

C'est l'un des grands enseignements des élections sénatoriales. Avec neuf sénateurs élus dimanche soir, qui viendront rejoindre les trois sénateurs élus en 2023, le Rassemblement national dépasse à lui seul la barre des 10 élus et aura un groupe. Un groupe qui accueillera également deux sénateurs ciottistes élus dans les Alpes-Maritimes et Sylvie Goy-Chavent, qui siégeait jusqu'ici au groupe LR. Avec au minimum 15 sénateurs, le groupe RN sera représenté au bureau de la chambre haute.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

[Edit le 29 septembre à 11h09 : le nouveau sénateur divers droite de l’Ain Paul Mougenot ne rejoindra pas le groupe R/ UDR ]

Au lendemain des élections sénatoriales, le Rassemblement national peut se réjouir d’une double bonne nouvelle. Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, une formation d’extrême droite va pouvoir constituer un groupe au Sénat. Les trois sénateurs RN élus en 2023, Christopher Szczurek (Pas-de-Calais), Joshua Hochart (Nord) et Aymeric Durox (Seine-et-Marne), voient neuf nouveaux élus les rejoindre. Deux élus dans les Bouches-du-Rhône, deux dans le Var, un dans le Vaucluse. Deux autres élus dans le Gard et dans l’Hérault complètent le tableau sur le pourtour méditerranéen. Sans oublier l’élection d’Edwige Diaz en Gironde, pressentie pour prendre la tête du groupe, et la surprise avec l’élection de Léon Levasseur en Seine-Maritime.

Deuxième raison de se réjouir pour la formation de Marine Le Pen. Avec 11 sénateurs étiquetés RN, le parti n’a même pas besoin de son allié UDR d’Éric Ciotti pour constituer un groupe. À la différence de l’Assemblée nationale, le seuil n’est pas de 15 mais de 10 parlementaires pour constituer un groupe.

Avant-avant-dernier groupe

Pour Éric Ciotti, la pêche est moins bonne. Seuls deux sénateurs ont été élus dans son fief des Alpes-Maritimes : Laurent Castillo et Gaëlle Frontoni. En troisième position sur la liste, le sortant, Henri Leroy, proche du maire de Nice, n’est pas réélu.

L’ancien patron de LR a, toutefois, pu se consoler en annonçant sur X le ralliement de la sénatrice Sylvie Goy-Chavent, tout juste réélue dans l’Ain sur une liste de droite dissidente. Une annonce qui n’a pas été démentie par la sénatrice, qui siégeait jusqu’à présent au groupe LR.

Le prochain groupe RN devrait donc atteindre les 15 sénateurs, et même 16 si le nouveau sénateur de l’Aisne, Paul Mougenot, élu sur une liste dissidente de droite, rejoint le groupe RN. Contacté par publicsenat.fr, ce dernier n’a pas répondu à nos sollicitations.

« Nous demanderons ce à quoi nous avons droit »

Le nombre de sénateurs au groupe RN a son importance car il déterminera le Bureau de la chambre haute, composé de huit vice-présidents, trois questeurs et 14 secrétaires, en plus du président du Sénat. Tous ces postes sont répartis à la proportionnelle des groupes.

Si le groupe RN dépasse en effectifs le groupe écologiste et le groupe RDSE (voir nos projections), il pourrait avoir non seulement un secrétaire du Sénat mais aussi une vice-présidence. « Il nous faudrait 16, 17, 18 élus pour obtenir une vice-présidence. Nous n’en sommes pas loin. Nous demanderons ce à quoi nous avons droit », indique Joshua Hochart.

Il semble avoir été entendu par Gérard Larcher, candidat à sa réélection au Plateau. Hier soir, le président du Sénat a « pris acte » de l’arrivée d’un neuvième groupe au Sénat et a indiqué mesurer « la responsabilité de permettre à chaque groupe d’exercer pleinement ses droits dans le respect des valeurs de la République ».

Vers une candidature RN à la présidence du Sénat

Demain les sénateur RN sont attendus à l’Assemblée pour participer à une réunion de groupe avec leurs collègues députés. Ils déjeuneront avec Marine Le Pen et Jordan Bardella avant de se rendre l’après-midi, au Palais du Luxembourg.

Jeudi, les sénateurs voteront pour le prochain président du Sénat. Sans vraiment de suspense, Gérard Larcher devrait être reconduit. Le groupe RN pourrait, néanmoins, présenter la candidature d’Edwige Diaz. « Ce n’est pas improbable. Comme le vote est à bulletin secret, je pense que cette candidature rassemblera plus de voix que les sénateurs de notre groupe », veut croire Joshua Hochart.

Comme l’avait assuré son collègue Christopher Szczurek au mois de mai, Joshua Hochart assure que des contacts avec des élus LR et même centristes ont été noués durant la campagne. « Il y a plus de gens qui nous ont sollicités avant le premier tour. Certains nous ont dit que, par loyauté envers leur groupe, ils n’allaient finalement pas nous rejoindre, mais des tractations sont en cours », assure-t-il.

Une possibilité balayée par le sénateur LR du Tarn-et-Garonne, François Bonhomme. « Ça me paraît anecdotique, le Sénat n’est pas l’Assemblée nationale. Quand on est élu sous les couleurs d’un parti, ce n’est pas pour en changer après le scrutin. La droite reste la droite et nous avons des positionnements bien différents du RN sur les retraites, le RSA, le travail… »

Mais même avec une quinzaine d’élus, la pression reste forte sur les 126 élus du groupe LR (selon nos dernières estimations). Hier soir, depuis La Seyne-sur-Mer (Var), le patron du RN, Jordan Bardella, a tenté de distiller le poison de la division en pointant des « LR (qui) ne savent plus où ils habitent » et en tendant la main « aux patriotes sincères des LR ».

« Avec les LR, on a appris à travailler ensemble et à se connaître »

Tout nouveau sénateur du Var, l’ancien député Frank Giletti ne voit aucun obstacle à légiférer en bonne intelligence avec Les Républicains. « On a été élus comme eux. À l’Assemblée nationale, notre parcours est irréprochable. On est respectueux des règles républicaines. Avec Les Républicains, on a des convergences de vues, et on a appris à travailler ensemble et à se connaître à l’Assemblée. »

Sans aller jusque-là, l’injonction des élus de gauche faite à leurs collègues de droite de former un cordon sanitaire avec le RN a été largement rejetée. « Il n’y a pas de cordon sanitaire dans la démocratie. La démocratie s’est exprimée pendant les élections municipales. Aujourd’hui, la conséquence de ces élections, c’est la création d’un nouveau groupe », a balayé la sénatrice LR des Yvelines, Sophie Primas.

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le