Paris : session of questions to the government at the Senate
JEANNE ACCORSINI/SIPA

Sénatoriales 2026 : Les Ecologistes devraient perdre quelques sièges, mais conserveront leur groupe

Après la perte de Bordeaux et Strasbourg, lors des dernières municipales, le groupe écologiste du Sénat craint de perdre « 2 à 3 sièges », en Gironde, dans le Bas-Rhin et peut-être dans le Rhône. Mais grâce à des « accords intelligents », selon le président de groupe Guillaume Gontard, avec les partenaires de gauche, notamment le PS, ils espèrent compenser. Les négociations sont toujours en cours.
François Vignal

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Les Ecologistes, comme le reste de la gauche, ne pensent pas qu’à la présidentielle. Mais aussi aux sénatoriales. Pour le scrutin du 27 septembre prochain, l’enjeu ne sera pas exactement le même, pour les petits ou les gros groupes, qui compte davantage de sénateurs. Car pour les groupes qui disposent d’un nombre restreint d’élus, le risque de perdre des sièges aura théoriquement plus de conséquences, en s’approchant de la barre des 10 sénateurs, seuil nécessaire pour former un groupe. C’est le cas du groupe écologiste du Sénat. Avec 7 sénateurs renouvelables sur un total de 16 membres, c’est près de 44 % du groupe, soit quasiment la moitié, qui est concernée par le scrutin.

« Le groupe n’est pas en sursis »

Pour bien comprendre cette élection, il faut avoir en tête que ce sont les grands électeurs, corps électoral composé à 95 % des conseillers municipaux, qui élisent les sénateurs dans un mode de scrutin au suffrage universel indirect. Autrement dit, les dernières municipales donnent la couleur des sénatoriales qui suivent. Et en mars dernier, la carte de France des mairies a perdu du vert. Les Ecologistes ont accusé deux grosses pertes : les villes de Bordeaux et de Strasbourg, sans oublier la métropole de Lyon. Or ce sont justement des communes situées dans des départements renouvelables, dans ce scrutin où la moitié des sièges du Sénat est remise en jeu. On comprend pourquoi les écolos ont plus à perdre qu’à gagner dans ces sénatoriales, à l’inverse du scrutin de 2023. Porté par la vague verte des municipales 2020, le groupe avait alors progressé.

Malgré ces pertes, Guillaume Gontard, à la tête du groupe Ecologiste – Solidarité et Territoires, préfère voir d’abord le verre à moitié plein. Car le sénateur de l’Isère a une certitude : « Globalement, on aura quand même la garantie de conserver un groupe. C’est une très bonne nouvelle. Le groupe n’est pas en sursis. C’est quelque chose de fort. Mine de rien, ça fait 6 ans que le groupe écologiste existe. Il n’est pas remis en cause dans les projections pour le scrutin de 2029, où ça se passera même mieux. On a une visibilité à moyen et long terme. Les écologistes s’installent au Sénat », se félicite Guillaume Gontard.

« Si on arrive à stabiliser et être à 14-15 sénateurs, ce serait quelque chose de très bien », selon Guillaume Gontard

Reste qu’après les municipales, il semble difficile, pour ne pas impossible, de ne pas perdre quelques sièges. « On a perdu Strasbourg et Bordeaux. Donc je pense que si on arrive à stabiliser et être à 14-15 sénateurs, ce serait quelque chose de très bien », soutient Guillaume Gontard, qui ajoute : « Tout ce qui sera au-dessus de 14, ce sera que du plus ». Le président de groupe espère que les choses vont s’équilibrer : « Si on perd 2 à 3 sièges mais qu’on en gagne un ou deux, on compense ». Des gains qui dépendent aussi des discussions avec les partenaires, on va le voir.

En Gironde, les chances de la sortante Monique de Marco semblent compromises, alors que Jacques Fernique, sénateur Les Ecologistes du Bas-Rhin, pourrait avoir encore quelques espoirs, malgré la perte de Strasbourg, passée des écolos au PS. « C’est compliqué dans le Bas-Rhin, car la configuration des différentes candidatures, la notoriété, font que ce n’est pas un simple calcul mathématique qui va prévaloir peut-être. Ce ne sont pas 100 % des socialistes qui votent pour un socialiste. En revanche, c’est très compliqué en Gironde », avance un sénateur écolo. « La Gironde, ce sera plus compliqué. Dans le Bas-Rhin, même si c’est complexe pour Jacques Fernique, c’est loin d’être perdu. Il peut vraiment peser, par le travail qu’il a fait », confirme Guillaume Gontard.

Dans le Rhône, Thomas Dossus se représente mais pas Raymonde Poncet-Monge

Les regards vont aussi se tourner vers le Rhône. Dans ce département renouvelable, Gregory Doucet a réussi à conserver la ville de Lyon pour Les Ecologistes. Mais la métropole, détenue maintenant par les LR, a été perdue.

Le sortant des Ecologistes, Thomas Dossus, sera à nouveau candidat, contrairement à Raymonde Poncet-Monge. « Je ne vais pas me représenter », annonce à publicsenat.fr la sénatrice du Rhône, « je l’ai dit rapidement au cours de mon mandat. Ça n’a rien à voir avec les municipales. C’est pour une raison d’âge. Cet été, je vais avoir 75 ans. Je ne trouve pas ça raisonnable de passer la barre des 80 ans au Sénat. C’était la chronique d’une non-reconduction annoncée. Maintenant, c’est officiel », affirme Raymonde Poncet-Monge.

Comme souvent, l’enjeu se joue sur les accords. Et dans ce département, la poussée de LFI aux municipales change les équilibres, après avoir remporté les villes de Vénissieux, Vaulx-en-Velin, arraché de peu à la socialiste Hélène Geoffroy, et Saint-Fons. Le Rhône est la seule chance des insoumis de faire élire un sénateur pour cette série – celle du scrutin de 2029 est bien plus favorable – mais leurs seules voix devraient être trop justes. C’est pourquoi un accord avec Les Ecologistes, avec qui LFI a conclu une fusion technique pour leur permettre de conserver Lyon, pourrait leur permettre de faire élire leur tout premier sénateur. Fin mars, le député Paul Vannier, responsable des élections à LFI, estimait sur publicsenat.fr qu’« il y (avait) peut-être une possibilité d’une discussion avec les écologistes » globalement, avec un regard particulier sur le Rhône.

Dans le Rhône, « on s’achemine vers un accord avec le PS »

Si les discussions sont toujours en cours, Les Ecologistes pourraient plutôt se tourner vers leur allié traditionnel, le Parti socialiste, avec qui ils avaient déjà fait des listes communes en 2020. Le PS dispose d’un sortant, avec Gilbert-Luc Devinaz. Mais si Thomas Dossus mène la liste – c’est le plus probable et c’est la revendication des écologistes – la seconde place serait alors réservée à une femme. C’est là qu’Hélène Geoffroy entre en jeu. Cette opposante interne à Olivier Faure au PS, qui avait dénoncé les accords avec LFI et incarne une ligne sociale-démocrate au PS, pourrait postuler pour être candidate, en dépit de sa défaite des municipales. Mais on parle aussi de la députée PS Sandrine Runel.

Selon plusieurs sources chez Les Ecologistes, « on s’achemine vers un accord avec le PS ». « Mais ce n’est pas topé. Si ça coince de trop ailleurs, il peut y avoir des changements de pied », tempère un écolo. « Les Verts et socialistes du Rhône, on s’entend bien. On a fait des listes ensemble aux municipales. Il y a une logique de travailler ensemble », souligne de son côté un élu socialiste du Rhône, mais tout dépend des discussions au plan national.

« Si le PS peut permettre à tel endroit qu’un candidat écolo passe, ça se joue aussi comme ça »

« C’est une discussion globale. L’idée, c’est d’avoir des choses intelligentes », confirme Guillaume Gontard. « Si le PS peut permettre à tel endroit qu’un candidat écolo passe, ça se joue aussi comme ça », glisse un responsable écolo, qui ajoute que « pour LFI, ce n’est pas forcément la meilleure séquence pour eux, à l’inverse de la série de 2029 ». Autrement dit, ils ont moins de poids à faire valoir dans les négo’, face à un Parti socialiste toujours très bien implanté localement.

Il faudra voir qui occupera la troisième place, entre Gilbert-Luc Devinaz… ou un écolo ? Sur le papier, il semble compliqué pour Les Ecologistes de conserver deux sièges dans le Rhône. Mais là encore, les choses dépendent des discussions nationales, dont Thomas Dossus est chargé avec les partenaires de gauche. « Ce qui se fait dans le Rhône a une influence ailleurs. C’est un arbitrage », glisse un cadre écolo.

« Globalement, il faut discuter avec tout le monde. Qu’un sénateur LFI entre au Sénat, c’est légitime », selon Raymonde Poncet-Monge

Un accord avec les socialistes aurait une logique. Reste que Raymonde Poncet-Monge, l’une des sénatrices les plus à gauche du groupe, n’aimerait pas que son parti ferme totalement la porte aux insoumis. « Il faut débattre, y compris avec LFI », soutient la sénatrice, « globalement, il faut discuter avec tout le monde. Qu’un sénateur LFI entre au Sénat, c’est légitime ».

Se voulant fidèle à la stratégie de trait d’union entre LFI et le reste de la gauche, défendue par la patronne des Ecologistes, Marine Tondelier, Raymonde Poncet-Monge met en garde contre « les oukases. Une gauche qui joue la division, d’où que ça vienne, peut perdre la présidentielle. Et si on entre dans la campagne des sénatoriales avec le message des gauches irréconciliable, on perdra », prévient la sénatrice écologiste.

Dans les Bouches-du-Rhône, Guy Benarroche compte être réélu avec le même « trio gagnant » de la gauche unie

Dans les Bouches-du-Rhône, où la gauche a conservé Marseille, le sortant Guy Benarroche sera à nouveau candidat et espère conserver son siège. « On se dirige vers une liste commune, comme la dernière fois, qui avait permis de faire élire, dans l’ordre, Jérémy Bacchi (PCF), Marie-Carlette Carlotti (PS) et Guy Benarroche. Donc on se dirige vers la même solution, avec les mêmes personnes », confie un élu local. « C’est le trio gagnant de la dernière fois, il n’y a aucune raison que ça change », confirme Guillaume Gontard.

Daniel Salmon en bonne posture en Ille-et-Vilaine

Daniel Salmon, sénateur Ecologiste d’Ille-et-Vilaine, va aussi rempiler. « Dans ce département, il y a moins de soucis. Il sera à la tête d’une liste autonome, comme il y a 6 ans », avance Guillaume Gontard. Car selon les équations locales, il vaut mieux parfois partir seul que sur une liste d’union.

Mélanie Vogel bien placée pour être réélue pour les Français établis hors de France

Autre sortante renouvelable : Mélanie Vogel, sénatrice représentant les Français établis hors de France. Là aussi, les écolos ont de bon espoir de la voir réélue. « Les élections consulaires (qui définissent ici les grands électeurs, ndlr) ont été très très bonnes pour les écologistes », souligne le président de groupe. Au point d’espérer deux sièges ? « Sur le papier, ce n’est pas évident, mais peut-être, s’il y a beaucoup de listes », imagine un sénateur du groupe.

Il faudra attendre la fin des négociations avec les autres partis pour avoir une vision plus affinée. « Après, on ne s’interdit rien. Il y a des départements où ce n’est pas gagné, mais à voir, avec un candidat de la gauche unie, comme par exemple en Savoie », glisse Guillaume Gontard, qui évoque aussi « la Haute-Garonne et la Seine-Maritime, où il y a des discussions ». Le président de groupe résume l’ambition : « Plus on arrive à avoir d’accords, que ce soit avec le PS ou le PCF, plus on a de chances d’avoir davantage de parlementaires. On avait 99 sénateurs sur les trois groupes de gauche, et à peu près 110 avec la sensibilité de gauche du groupe RDSE. L’idée, c’est d’essayer de stabiliser ce nombre. Ça passera par des accords intelligents ». C’est tout l’objet des discussions en cours.

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