Le groupe écologiste sort des sénatoriales en limitant la casse. Comme prévu, il perd quelques plumes, deux sièges, passant de 16 à 14 sénateurs a priori. La conséquence notamment des pertes de Strasbourg et de Bordeaux. Mais ce que personne n’avait vu venir, même pas LFI, c’est l’élection de deux sénateurs insoumis, ou proche de LFI, Gabriel Amard, dans le Rhône, et Marc Péré, en Haute-Garonne. Et leur destinée travaille depuis dimanche soir les écolos. Iront-ils au groupe écologiste ou pas ?
Interrogé à chaud dimanche soir, le sénateur écologiste Yannick Jadot ne veut pas de LFI dans le groupe. « Si on a des élus qui disent leur appartenance, se revendiquent de LFI, très clairement, ils n’ont pas leur place au groupe écologiste », prévient celui qui a été suspendu des Ecologistes pour son soutien à Raphaël Glucksmann.
« Nous discuterons collectivement de ça », affirme Mélanie Vogel
Sur l’antenne de Public Sénat ce lundi matin, la sénatrice Mélanie Vogel, qui devrait devenir ce mardi la prochaine présidente du groupe pour succéder à Guillaume Gontard – c’est la seule candidate – renvoie à la décision qui sera prise avec ses collègues. « Ce n’est pas acté. Nous aurons une réunion de groupe demain, dans laquelle nous discuterons collectivement de ça », botte en touche la sénatrice des Français établis hors de France, réélue dimanche. Réagissant à des propos du socialiste Patrick Kanner, elle ajoute que « mettre dans le même panier l’extrême droite et LFI, fait partie, pour moi, des récits qui participent à faire perdre les repères, en France, dans la démocratie ».
Les deux cas sont différents. D’un côté, celui de Gabriel Amard, élu sénateur LFI du Rhône, face à la liste du sénateur Les Ecologistes sortant, Thomas Dossus, et la liste dissidente de Bruno Bernard. Jusqu’ici député insoumis du Rhône, celui qui est aussi le gendre de Jean-Luc Mélenchon fait son arrivée surprise à la Haute assemblée. Contacté par publicsenat.fr, Gabriel Amard assure vouloir rejoindre le groupe écolo, très officiellement. « Je demande à être accueilli par les écologistes au Sénat. J’ai appelé le président Gontard. Et je lui ai fait part de notre demande d’arriver à deux », explique le premier sénateur LFI.
« Pour ma part, mon avis, c’est que Gabriel Amard ira siéger où il veut. Mais pas chez nous », prévient Thomas Dossus
C’est son cas qui crispe le plus. Ce lundi, Yannick Jadot n’a sans surprise pas changé d’avis. « Nous refuserons des sénateurs qui se revendiquent de LFI. C’est évident pour Gabriel Amard », affirme le sénateur de Paris. Un autre voit d’un très mauvais œil sa possible arrivée au groupe. C’est Thomas Dossus, qui a fait campagne contre lui. « Pour ma part, mon avis, c’est que Gabriel Amard ira siéger où il veut. Mais pas chez nous », lâche le sénateur Les Ecologistes du Rhône… Explications : « Dans le Rhône, LFI siège dans l’opposition aux Ecologistes et Les Ecologistes siègent dans l’opposition aux maires insoumis. Un peu de cohérence politique ne nuit pas. Deuxièmement, la direction insoumise n’a eu qu’un seul adversaire dans cette élection sénatoriale : Les Ecologistes. Encore plus cette dernière semaine. Donc je ne vois pas dans quel monde Gabriel Amard se sent légitime à demander à siéger dans le groupe que la direction de son parti a attaqué frontalement ces derniers jours », soutient Thomas Dossus, qui ne cache pas ses intentions, si jamais l’insoumis arrivait quand même au groupe :
« Il y a plein d’écologistes qui sont d’accord avec nous. Ils ne sont pas tous alignés sur Jadot et Glucksmann. Il faut se fréquenter pour se plaire ! Il faut arrêter de se parler par médias interposés », rétorque de son côté Gabriel Amard, interrogé sur les propos de Yannick Jadot. Mais l’heure ne semble plus à la séduction.
« A mon avis, il y aura un consensus pour que Gabriel Amard ne vienne pas », soutient Ronan Dantec
Sous couvert d’anonymat, un sénateur du groupe pense que ses collègues n’ouvriront pas les bras grands ouverts au sénateur LFI. « Je pense que la majorité du groupe sera contre la venue de Gabriel Amard. Et il s’est présenté contre la liste Dossus », souligne ce sénateur écologiste. Un autre confirme ouvertement l’analyse. « Il y aura un débat demain. Mais à mon avis, il y aura un consensus pour qu’il ne vienne pas. Parce que LFI ne défend pas les mêmes positions que nous », soutient le sénateur écologiste de Loire-Atlantique, Ronan Dantec, qui défend une ligne plus sociale-démocrate.
Un de ses collègues insiste sur la ligne du groupe. « L’élément essentiel, c’est que le groupe écolo a toujours tenu une cohérence, sur ses amendements, des textes. C’est là-dessus que ça va se jouer », pense cet écolo, qui ajoute : « C’est bien d’avoir une personne en plus. Mais si le groupe ne tourne plus, ça ne rime à rien ». Mais le même appelle à ne pas surinterpréter les choses. « Quelle que soit la décision demain, des gens bien intentionnés diront que si on ne veut pas de LFI, qu’on ne soutient pas Mélenchon. Ce sera une conclusion erronée. A l’inverse, qu’on serait en ordre de marche pour lui. Dans un cas, comme dans l’autre, ce serait une connerie », lâche ce sénateur du groupe.
« C’est le mercato »
Gabriel Amard, qui entend porter les sujets de « la vie chère, les salaires » et lutter contre « les coupes budgétaires contre les communes », notamment rurales, souligne que son arrivée permettrait au groupe de rivaliser avec le nouveau groupe RN, qui serait 15 aux dernières nouvelles. « C’est mieux d’être à 15/15 que 15/13 », souligne-t-il.
Les sénateurs écolos ont bien cet enjeu en tête. Mais ils assurent que d’autres contacts existent pour tenter de faire venir de nouveaux sénateurs, pourquoi pas du côté des sénateurs d’Outre-Mer. « C’est le mercato », sourit un sénateur. L’enjeu n’est pas mince. C’est aussi les postes au bureau du Sénat et les moyens du groupe qui se jouent. Sachant que la bataille du nombre se fera aussi face au groupe RDSE, qui serait ce soir « entre 15 et 17 », selon l’un de ses membres.
« Pour Marc Séné, il n’y a aucun sujet. Il est clair qu’il vient avec nous », affirme Guillaume Gontard
Le cas de l’autre sénateur semble, au premier abord, moins compliqué. Il s’appelle Marc Péré, élu sénateur de Haute-Garonne. Divers gauche, il n’est encarté nulle part, mais sa liste était soutenue par Les Ecologistes, LFI et Génération.s. Il revendique « la bannière du NFP, auto-attribuée », explique le nouveau sénateur.
« Pour Marc Séné, il n’y a aucun sujet. Il est clair qu’il vient avec nous. Il me l’a confirmé », explique Guillaume Gontard. Ce que confirme l’intéressé. « On a signé un accord cet été, entre les trois forces politiques, avec le fait que je siégerai au groupe écologiste », soutient Marc Péré. Mais là où ça se complique, c’est que le nouveau sénateur de Haute-Garonne ne coupe pas les ponts avec LFI, loin de là. « L’accord prévoit aussi que je participe aux travaux de l’intergroupe parlementaire LFI », nous annonce Marc Péré, soit une réunion qui rassemble députés LFI, eurodéputés LFI et les deux sénateurs, en présence d’un certain Jean-Luc Mélenchon.
Autre subtilité de l’accord, qui a son importance et devrait nourrir les débats des sénateurs écolos mardi, « il y aura un rattachement politique annuel à LFI », explique Marc Péré, ce qui permet de flécher le financement public. L’idée est d’équilibrer les choses, car le groupe écolo aura plus de moyens grâce à sa venue. Quant aux cotisations à laquelle s’acquittent les parlementaires, une partie sera versée à LFI, l’autre aux Ecologistes, à hauteur de « 50 % de ce que réclame » chaque formation.
Des termes de l’accord qui sont stipulés noir sur blanc, selon le document dont publicsenat.fr a obtenu copie :
« J’espère que Gabriel Amard sera intégré dans ce groupe », affirme Marc Péré
Bon camarade, Marc Péré espère que ses amis écolos ne fermeront pas la porte au sénateur LFI du Rhône. « Dans la continuité de mon attachement à la logique du NFP, j’espère que Gabriel Amard sera intégré dans ce groupe », soutient le sénateur de Haute-Garonne, qui souligne que le groupe intègre déjà « différentes composantes » écologistes. Mais il ajoute : « J’aurais du mal à comprendre que cette intégration ne se fasse pas ».
A la tête de la ville de L’Union – ça ne s’invente pas – il a dans sa majorité « des non-encartés, 3 PS, 1 PRG, 2 écologistes, 1 PCF et des sympathisant insoumis », énumère le sénateur, qui aimerait apporter cet état d’esprit. Si jamais il ne venait pas au groupe, les écologistes se retrouveraient à 13. A gauche, comme toujours, l’union est un combat.