Archives : Thierry Beaudet president du CESE
Le president du CESE Thierry Beaudet lors de l'assemblee generale de l'UCESIF au CESE le 26 juin 2024. Philemon Henry / SIPA CESE President Thierry Beaudet at the UCESIF General Assembly at the CESE on June 26, 2024. Philemon Henry / SIPA//HENRYPHILEMON_240626_CESE_UCESIF_002/Credit:Philemon Henry/SIPA/2409021600

Thierry Beaudet pressenti à Matignon, les sénateurs perplexes : « Notre position dépendra de sa politique générale »

Le président du Conseil économique et social (CESE) circule comme potentiel Premier ministre, alors qu’Emmanuel Macron peine à trouver un profil politique qui fasse consensus pour construire des majorités à l’Assemblée nationale. Interrogés par Public Sénat sur l’hypothèse d’une nomination de Thierry Beaudet à Matignon, les sénateurs de gauche comme de droite s’interrogent sur la ligne politique qui pourrait être celle de cet ancien instituteur.
Romain David

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Pendant quelques minutes, ce lundi après-midi, la page Wikipédia de Thierry Beaudet a présenté le président du Conseil économique et social (CESE) comme le nouveau Premier ministre. Une information rapidement corrigée – « son nom circule pour succéder à Gabriel Attal au poste de Premier ministre », se contente désormais d’indiquer l’encyclopédie en ligne, à laquelle les internautes peuvent librement contribuer. Ce correctif trahit la fébrilité autour des consultations menées par Emmanuel Macron à l’Elysée depuis près de deux semaines.

Deux mois après le second tour des législatives anticipées, le président de la République tente toujours de démêler l’écheveau politique issu de la dissolution, à savoir trouver un Premier ministre qui soit en mesure de naviguer dans une Assemblée nationale fracturée comme jamais, et surtout d’échapper à une motion de censure. Or, selon une information de L’Opinion, dont LCI et BFM TV indiquent avoir eu confirmation, le président du CESE aurait été contacté la semaine dernière par le chef de l’Etat, et aurait accepté d’être nommé à Matignon.

L’annonce pourrait tomber dans les prochaines heures, alors qu’Emmanuel Macron s’est entretenu ce lundi avec ses deux prédécesseurs, François Hollande et Nicolas Sarkozy. Mais aussi avec l’ancien ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et avec Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France, deux autres premiers ministrables potentiels.

Le retour d’un gouvernement technique

« Hier soir, on nous disait que Cazeneuve était nommé, aujourd’hui ce serait Beaudet ! Je n’y crois pas », glisse à Public Sénat, moitié hilare moitié agacé, un poids lourd de la macronie, qui refuse de s’attarder sur le sujet. « Le bruit court, mais je ne saurais pas vous dire s’il s’agit encore d’un ballon d’essai lancé par l’Elysée et l’entourage d’Emmanuel Macron. J’ai aussi vu passer le nom de Loïg Chesnais-Girard, le président du Conseil régional de Bretagne, ce qui est une manière de parasiter l’hypothèse Cazeneuve », pointe un responsable socialiste.

« Toutes ces tergiversations illustrent la difficulté qu’éprouve le président de la République à nous sortir un nom. Tout cela pourrait être risible si cela ne faisait pas 50 jours que nous sommes sans gouvernement… », soupire le sénateur Guillaume Gontard, président du groupe écologiste au Sénat.

Ancien instituteur, président de Fédération nationale de la mutualité française de 2016 à 2021, à la tête du CESE depuis trois ans, Thierry Beaudet était sorti de sa réserve en juin dernier pour alerter sur le risque que représente le Rassemblement national « sur l’avenir des corps intermédiaires ». Il s’est également dit favorable à la légalisation de l’euthanasie, alors que le projet de loi sur la fin de vie, débattu à l’Assemblée nationale au moment de la dissolution, découle pour partie de la Convention citoyenne mise en place par le CESE. Son profil marque surtout le retour de l’hypothèse d’un gouvernement technique, dans la mesure où les personnalités politiques évoquées jusqu’à présent ont suscité une levée de boucliers quasi-systématique, à droite ou à gauche de l’échiquier politique, avec motion de censure à la clef.

« La vraie question, c’est pour faire quoi ? »

« Thierry Beaudet a plutôt une sensibilité de gauche. Il sait parler aux syndicats, aux patrons, au monde associatif… Mais parler au nom de Matignon, c’est une autre paire de manches », observe Patrick Kanner, le président des sénateurs socialistes. « Je ne vous dirais pas que les socialistes censureront ou ne censureront pas son gouvernement, cela dépendra de ses priorités politiques. Est-ce qu’Emmanuel Macron est prêt à nommer un Premier ministre qui déploie une politique orthogonale à la sienne ? », interroge l’ancien ministre de François Hollande pour qui l’hypothèse Cazeneuve « reste encore sur la table ».

« La vraie question, c’est pour faire quoi ? », abonde Cécile Cukierman, la patronne des communistes du Sénat. « Je ne veux pas parler à la place des députés communistes, mais notre position dépendra de ce que contient la politique générale de Thierry Beaudet. Pour l’heure, il n’y a ni accord, ni rejet, ni blanc-seing… », avertit l’élue qui continue à penser que le contexte appelle la nomination d’une personnalité politique. « Plus que jamais, le chef de gouvernement va devoir aller discuter avec tous les groupes politiques. Nommer un profil technique, à la main du président de la République, ne permettra pas de dégager des majorités ».

« Je ne crois pas que Thierry Beaudet corresponde au profil »

« Thierry Beaudet me paraît bien sympathique, mais je lis déjà qu’Emmanuel Macron voudrait lui choisir son directeur de cabinet pour lui imposer ses volontés », observe Guillaume Gontard. « Le président de la République voudrait un supplétif de Premier ministre pour pouvoir rester aux manettes. Ce que nous disons, c’est qu’il faut quelqu’un d’issu d’un travail programmatique et d’une élection, sinon ça risque d’être compliqué. Pour moi, la seule solution reste Lucie Castets (la candidate désignée par le Nouveau Front populaire, ndlr), elle est issue d’une coalition qui s’est présentée devant les électeurs… et qui a gagné », martèle l’élu isérois.

« Le chemin de crête est particulièrement étroit pour le président de la République. Un profil technique pourrait être la solution, à condition de répondre à au moins deux critères : avoir une hyperconnaissance du fonctionnement de l’Etat, mais aussi du Parlement », observe le sénateur LR Marc-Philippe Daubresse. « Et je ne crois pas que Thierry Beaudet, que je connais bien, corresponde à ce profil ». En tout cas, pour LR, qu’il s’agisse d’un profil technique ou politique, « il est toujours hors de question de participer à une coalition avec le camp présidentiel ». La droite entend maintenir sa ligne d’indépendance autour du pacte législatif qu’elle a présenté au début de l’été.

Partager cet article

Dans la même thématique

Le Pen ok
7min

Politique

« Il n’était pas fiable » : le départ du conseiller de Jordan Bardella, François Durvye, de la campagne de Marine Le Pen, rappelle les divergences qui traversent le RN

Le divorce entre François Durvye, conseiller éco de tendance libérale, et Marine Le Pen, en plein débat au Medef, montre que le RN connaît encore des différences de lignes internes sur l’économie. Dans l’entourage de Marine Le Pen, on assure que « Jordan Bardella n’a rien à voir là-dedans. C’est l’ego contrarié d’un haut fonctionnaire. Point ».

Le

Capture d’écran du documentaire « 39-45, les cheminots dans la résistance » de Emmanuel Roblin
3min

Politique

Les « docus de l’été » : Les cheminots français sous le nazisme, de résistants individuels à la paralysie du réseau

Instrument essentiel de la logistique en temps de guerre, les cheminots français ont très tôt mesuré l’utilité du réseau de chemins de fer pour l’ennemi. Dès 1942, et avant toute autre forme de résistance, ils ont agi pour faire dérailler la machine nazie. "39-45, les cheminots dans la résistance", un documentaire de Emmanuel Roblin à voir cet été sur Public Sénat.

Le

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef
7min

Politique

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef

Le premier débat de la présidentielle s’est joué ce 27 août à Paris face aux tribunes de Roland-Garros, entre sept candidats déclarés, sur des thématiques économiques chères à l’organisation patronale. Les dirigeants ou cadres que nous avons rencontrés ressortent mitigés de cet échange. Les deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron, Gabriel Attal et Édouard Philippe, ont sans surprise pris l’ascendant face à ce parterre.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : Premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
9min

Politique

Dette, retraites, fiscalité… que retenir du premier débat des candidats à l’élection présidentielle ?

Ce jeudi, sept candidats à la présidentielle ont tenu le premier débat de la campagne, aux journées d’été du Medef. Pendant plus de deux heures, Bruno Retailleau (les Républicains), Edouard Philippe (Horizons), Raphaël Glucksmann (Place publique), Jean-Luc Mélenchon (la France Insoumise), Marine Le Pen (Rassemblement national), Gabriel Attal (Renaissance) et Marine Tondelier (les Ecologistes) ont échangé sur le sujet de la dette publique, des retraites ou encore du coût du travail.

Le