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(AP Photo/Michel Euler)

Trump à Versailles, invitation de Zelensky… Comment Emmanuel Macron a su tirer parti de « son » G7 à Evian

Pour son dernier G7, Emmanuel Macron est parvenu à maintenir jusqu’au bout Donald Trump à la table des négociations, invitation au château de Versailles à l’appui. De quoi le voir signer sous ses yeux l’accord avec l’Iran et lui arracher un soutien plus ferme à l’Ukraine. Mais encore faut-il que ces déclarations d’intention se matérialisent.
Christian Mouly

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Était-ce sa dernière grande occasion de briller sur la scène internationale, à moins d’un an du terme de son deuxième mandat ? Pas certain, à en juger l’état du monde, mais ces trois jours sur les rives du lac Léman, à Évian-les-Bains, compteront assurément parmi les images qui resteront de la décennie diplomatique d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Car ce G7 organisé sous sa présidence a marqué le rapprochement, au moins temporaire, des positons américaines et européennes sur plusieurs dossiers, Ukraine en tête, et s’est conclu en majesté, mercredi soir, à Versailles, avec la signature à distance et plus tôt que prévu de l’accord entre l’Iran et les États-Unis.

À chaque fois, Emmanuel Macron est apparu aux premières loges, organisateur et facilitateur. Souvent malgré lui, tant la programmation du sommet était suspendue aux événements et gesticulations diplomatiques de l’administration américaine. « Il y a le G7 officiel, sur les enjeux globaux, puis le G7 qui s‘improvise en fonction des crises. C’était fatal qu’en fonction de l’actualité, la situation avec l’Iran allait voler la vedette. Mais la force d’Emmanuel Macron a été d’anticiper cela et de l’utiliser comme levier pour ramener Trump sur le dossier ukrainien », explique l’ancien ambassadeur Michel Duclos.

Un dialogue constant avec Trump

C’est là son principal succès : avoir soigné sa relation avec le milliardaire américain, de qui dépend la réussite de ce format resserré, censé incarné l’unité des grandes puissances occidentales. « Tout ça est positif, car le G7 s’est compliqué depuis que Trump est de retour et qu’il a distendu les liens avec ses partenaires européens », analyse Maxime Lefebvre, ancien diplomate et directeur de l’Institut géopolitique à l’ESCP. Avant d’arriver à Évian, tout le monde gardait en mémoire le fiasco canadien l’an dernier. Donald Trump s’était éclipsé avant la fin des discussions, refusant de signer le communiqué commun.

Emmanuel Macron n’a jamais abandonné le dialogue avec le républicain, même au plus fort des dissensions autour de l’attaque en Iran, menée sans consultation par l’axe israélo-américain. « Une erreur », a eu le malheur de commenter le président français. Donald Trump lui a répondu à sa manière, en attaquant personnellement son couple : le 1er avril, en pleine conférence de presse, il affirme que Brigitte Macron « traite extrêmement mal » son mari, en référence à une vidéo où on la voit lui porter deux mains au visage au retour d’un voyage au Vietnam.

En Haute-Savoie, les retrouvailles entre les deux hommes ont d’abord été fraîches. Mais sur le fond, les points de convergences ont finalement pris le dessus, sur le dossier ukrainien en particulier. Emmanuel Macron peut se féliciter d’avoir réuni autour d’une même table, mardi à la mi-journée, Volodymyr Zelensky et Donald Trump, restés en mauvais termes après plusieurs négociations infructueuses à l’hiver. Le leader ukrainien reprochait à ce dernier sa trop grande complaisance vis-à-vis de Vladimir Poutine.

« Il sait bien cerner ses interlocuteurs »

Cette fois, la donne a changé et la déclaration signée par les sept puissances (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Japon, Canada et États-Unis) en atteste : tous s’accordent à approfondir le soutien militaire à l’Ukraine et à l’aider à frapper la Russie en profondeur. « Il y a du chemin entre les paroles et les actes, mais l’inflexion est quand même notable et on ne peut pas nier à Macron le talent de l’avoir cristallisée », assure Michel Duclos. « Ça montre qu’il sait bien cerner ses interlocuteurs, jouer de leur force et de leurs faiblesses », abonde Gaspard Gantzer, ancien conseiller de François Hollande.

« Je pense que ce sommet d’Évian est un changement très profond de la volonté des États-Unis d’avancer en commun », s’est félicité Emmanuel Macron en clôture du G7. Et d’inscrire le sommet, déjà, comme un tournant : « Il y a eu un moment Evian sur l’Ukraine », a-t-il défendu.

Mais fallait-il à ce point se plier en quatre pour accrocher ce deal ? Réserver les honneurs du château de Versailles à l’impétueux Donald Trump lui a beaucoup été reproché, perçu comme une façon de brader ce symbole national, choisi officiellement pour célébrer les 250 ans de l’indépendance américaine – c’est ici même que fut signé, en 1783, le traité mettant fin à la guerre entre Américains et Britanniques. « C’est le prix à payer pour que Trump renoue avec Zelensky », balaye Gaspard Gantzer.

« Il y a un côté flatterie qui n’est pas glorieux »

« Emmanuel Macron agit comme il fait depuis plus d’un an, lorsqu’il avait invité Donald Trump à la réouverture de Notre-Dame, en privilégiant le dialogue. Il y a un côté flatterie qui n’est pas glorieux, qui fait mal à l’ego, mais ça reflète une attitude d’influence pragmatique », juge Maxime Lefebvre. Le président assume : « N’ayons pas honte de ce que nous sommes ! Versailles est un instrument diplomatique et de puissance. » Et assure que les lignes rouges de la France sur les droits de douane ou le Groenland ont bien été réaffirmées. Donald Trump n’a pourtant pas écarté ses menaces de taxer davantage les vins et spiritueux tricolores, pas plus qu’il n’a abandonné ses projets sur l’île Arctique.

C’est là, en tout cas, dans la galerie basse du château, encore attablés au banquet, qu’Emmanuel Macron et ses conseillers ont assisté à la scène marquante de cette semaine diplomatique : Donald Trump paraphant officiellement l’accord avec l’Iran. Un symbole fort, mais à double tranchant, estime Michel Duclos : « Ça s’est improvisé à la dernière minute, on n’allait pas dire non. Le risque, en revanche, c’est que ça tourne mal. » Pour cause : « Il y a toutes les chances que cet accord soit un désastre pour l’Occident », poursuit l’ancien ambassadeur.

Le précédent de 2019

Sur les suites données à cet accord, le communiqué du G7 donne néanmoins raison à Emmanuel Macron et à sa solution de déminage du détroit d’Ormuz. « L’initiative multinationale et indépendante en matière de défense conduite par la France et le Royaume-Uni peut jouer un rôle important pour faciliter la reprise du trafic maritime », écrivent les dirigeants. Une perspective peu considérée jusque-là par Washington.

Outre ce communiqué géopolitique, les États ont signé sept documents, de la lutte contre le cancer à la régulation de l’IA. Sujet numéro 1 que souhaitait mettre en avant la France, les déséquilibres économiques mondiaux ont été quelque peu éclipsés, mais ont également fait l’objet d’un texte, qui acte actant la volonté des États de ne pas dépasser 60 % d’achat de terres rares et d’aimants permanents à Pékin d’ici 2030.

Mais gare aux lendemains qui déchantent. En 2019, au G7 de Biarritz, Emmanuel Macron avait déjà convaincu Donald Trump de venir. Le chef de l’État s’autorisait même une rencontre surprise avec le patron de la diplomatie iranienne. Une timide ouverture qui n’avait été suivie d’effets.

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