« Je vois bien la capacité à contourner » : Jean-François Husson mécontent des réponses de Gabriel Attal en audition

Le rapporteur général de la commission des finances au Sénat se dit « un peu agacé » face à la teneur des réponses apportées ce vendredi 8 novembre par l’ancien Premier ministre, sur la gestion de la crise budgétaire.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Jean-François Husson ressort un « un peu agacé » de l’audition de l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, en pleine responsabilité durant le premier semestre. Pendant plus de deux heures d’échanges, parfois rudes, sur l’autopsie de la sévère dégradation budgétaire des derniers mois de 50 milliards d’euros, le sénateur est loin de ressortir satisfait par la lecture apportée par l’ancien chef du gouvernement. « Il ne nous a pas apporté des réponses, je vois bien la capacité à contourner ou à enjamber », commente le sénateur lorrain.

Jean-François Husson ne digère pas notamment la position inflexible de l’ex-Premier ministre, opposé à un projet de loi de finances rectificative (PLFR). Pour une très large majorité de sénateurs, le gouvernement aurait dû porter devant le Parlement un nouveau budget au début du printemps, pour rectifier le tir, et non se limiter à des mesures de réductions de la dépense par décrets. « Le chef du gouvernement a fait le choix de passer par du réglementaire. Le réglementaire, c’est un contournement de la vie démocratique de notre pays », regrette le rapporteur général.

« Il y a eu de mon point de vue, un contournement, car ça ne se règle pas par le budget de l’année suivante, ni par un projet de loi de finances de fin de gestion, ça, c’est de la technique. Or, aujourd’hui au regard de la gravité du dérapage et de notre déficit, il faut parler aux représentants qui sont élus pour cela, aux deux chambres. Le débat doit aussi avoir lieu en cet endroit, cela permet de mieux comprendre, de bien entendre, d’écouter ce qui remonte, les points de vue des différentes sensibilités et des territoires », développe-t-il. « Il y a un moment où il faut assumer, être plus clair, être plus vrai. »

« Tout cela nous a conduits dans une inaction coupable »

Le président de la commission des finances, Claude Raynal (PS) ajoute que la dissolution a aggravé la situation, empêchant le gouvernement en affaires courantes de prendre de nouvelles initiatives. Au cours de l’audition, Gabriel Attal a insisté sur les mesures préparées à destination de son successeur. « Tout cela nous a conduits dans une inaction coupable », condamne le sénateur de la Haute-Garonne. Si Gabriel Attal a assumé que le dialogue avait été permanent au cours des derniers mois entre le gouvernement et le Parlement, ce n’est pas que l’impression laissée aux deux pilotes de la mission d’information sénatoriale. « À aucun moment, finalement, le Parlement n’est dans la boucle. Il ne va l’être qu’au moment du projet de loi de finances, c’est-à-dire en novembre-décembre, en ce qui nous concerne », souligne le président Claude Raynal.

Quant à savoir si les européennes expliquent l’absence de débat parlementaire, le président évite pour le moment de préjuger les conclusions du futur rapport. « Chacun se fera son opinion sur le sujet. Nous n’en avons pas à ce stade ». Si Bruno Le Maire a renvoyé la balle aux acteurs en charge des arbitrages (Matignon, voire l’Élysée), Gabriel Attal s’est monté ambigu sur le sujet, indiquant que la question a pu être évoquée dans les débats internes, tout en assurant que cette échéance n’avait pas guidé les choix du Premier ministre et du président de la République.

Partager cet article

Dans la même thématique

« Je vois bien la capacité à contourner » : Jean-François Husson mécontent des réponses de Gabriel Attal en audition
7min

Économie

« Ne faisons pas le procès du prix le plus bas, s’il vous plaît », demande Michel-Édouard Leclerc devant la commission d’enquête du Sénat

L’incarnation de la stratégie des centres E. Leclerc a défendu son modèle tout en assurant rémunérer la matière agricole au juste prix, face à la commission d’enquête du Sénat sur les marges de la grande distribution et de ses fournisseurs. « C’est notre affaire que d’être moins cher que Carrefour et Auchan », a-t-il insisté.

Le

« Je vois bien la capacité à contourner » : Jean-François Husson mécontent des réponses de Gabriel Attal en audition
8min

Économie

« On cherche trop souvent à diaboliser la grande distribution », s’indigne Alexandre Bompard devant la commission d’enquête du Sénat

Interrogé par la commission d’enquête sénatoriale sur les marges de la grande distribution et de ses fournisseurs, le président directeur général du groupe Carrefour a fait part de son agacement face au climat de suspicion visant son secteur. Alexandre Bompard est également revenu sur ses ambitions à horizon 2030, entre conquête de nouvelles parts de marché et amélioration de son résultat.

Le

European Union – Politics – Brussels
5min

Économie

Le Sénat tire la sonnette d’alarme face à un projet de budget européen « désastreux pour les Outre-mer »

Alors que la Commission européenne revoit les modalités de son cadre budgétaire pour l’exercice 2028-2034, le Sénat français dénonce les effets de bords de cette réforme pour les Outre-mer. Dans un rapport publié ce mercredi 25 février, les élus estiment que la fusion de différents fonds alloués aux « régions ultrapériphériques » risque de s’accompagner d’une perte de visibilité budgétaire. Ils dénoncent aussi un déséquilibre dans la répartition de certaines enveloppes entre les territoires ultramarins.

Le