Audition de Frontières : « Je sens que si ces personnes-là prenaient le pouvoir, je pourrais, comme certains de mes aïeux, me retrouver dans les camps », déclare Pierre Ouzoulias

Ce jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias revient sur l’audition d’Éric Tegnér, directeur du média Frontières dans le cadre de commission d’enquête sur les « zones grises de l’information » et dénonce un « journalisme vautour ».
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Une audition sous tension au Sénat. L’audition d’Érik Tegnér, fondateur du média Frontières, mercredi 15 avril, s’inscrit dans les travaux de la commission d’enquête sur les « zones grises de l’information ». Cette mission vise à « identifier et mesurer les risques et menaces qui pèsent sur l’espace informationnel français », dans un contexte de transformation rapide du paysage médiatique. Classé à l’extrême droite, Frontières se présente comme un média « d’enquête et de reportage ». Face aux sénateurs, son dirigeant a défendu son indépendance et ses méthodes, tout en dénonçant des tentatives de censure. Mais une séquence a particulièrement cristallisé les tensions : la diffusion d’une vidéo montrant le sénateur Pierre Ouzoulias victime d’un malaise dans l’hémicycle. Fin 2025, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) a été saisi à cinq reprises concernant ce contenu diffusé par Frontières. Le CDJM a estimé que cette publication « n’apportait aucune information d’intérêt public » et qu’elle visait « à ridiculiser, voire humilier » l’élu, retenant l’ensemble des manquements. Dans la foulée, Pierre Ouzoulias a porté plainte en diffamation contre l’éditorialiste Garen Shnorhokian, auteur de la publication et du commentaire accompagnant la vidéo.

« Ce qui était visé, c’était ma dignité humaine »

Interrogé par Public Sénat, le sénateur communiste affirme attendre toujours des excuses : « J’attends qu’il publie le communiqué que j’ai diffusé dès le lendemain, expliquant que j’étais atteint d’une maladie génétique. Je ne les ai jamais obtenues. » Il dénonce une atteinte directe à sa personne : « On sent très bien que ce qui était visé, c’était ma dignité humaine ». Selon lui, l’incident a été instrumentalisé à des fins politiques : « Ce monsieur voulait absolument “se faire” un sénateur communiste ».

Au-delà de son cas personnel, Pierre Ouzoulias replace cette affaire dans une évolution plus large du paysage médiatique. Il reconnaît l’apport de certains formats numériques, notamment auprès des jeunes publics, mais alerte sur les dérives possibles : « Il y a aujourd’hui des médias qui utilisent cette espèce de zone de non-droit de l’actualité pour ne respecter aucune des règles de déontologie. C’est ça, les zones grises de l’information ». S’il réaffirme son attachement à la liberté de la presse, « fondement de l’État de droit », il estime nécessaire de mieux encadrer certaines pratiques : « On ne peut pas accepter que des médias s’affranchissent des règles liées au respect de la dignité humaine sans qu’il y ait de réponse. »

« Ce n’est pas de la censure, c’est constater une dérive »

Face à l’argument d’Érik Tegnér, qui dénonce une volonté d’interdire son média, le sénateur rejette toute idée de censure : « Dire à un journaliste qu’il ne respecte pas les règles de son métier, ce n’est pas de la censure. C’est constater une dérive ». Il établit un parallèle plus large avec certains discours politiques contemporains : « Ce type d’argument, on l’entend aussi dans des milieux néofascisants. Cela me fait penser à des logiques à l’œuvre dans la France des années 1930 ».

L’épisode prend, pour Pierre Ouzoulias, une dimension plus intime. Évoquant son histoire familiale, il confie : « Une partie de ma famille n’est pas revenue des camps de concentration ». Et poursuit : « Quand j’entends ce type de propos, je ressens une forme de haine qui me fait très peur ». Avant de conclure : « Je sens que si ces personnes-là prenaient le pouvoir, je pourrais malheureusement, comme certains de mes aïeux, me retrouver dans les camps ». Le sénateur dit avoir reçu de nombreux messages de soutien après la diffusion de la vidéo : « La totalité des médias respectueux de la déontologie m’ont envoyé des messages de solidarité. » À l’inverse, il isole Frontières et dénonce ses méthodes : « C’est un journalisme que je qualifierais de charognard. Un journalisme vautour. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Audition de Frontières : « Je sens que si ces personnes-là prenaient le pouvoir, je pourrais, comme certains de mes aïeux, me retrouver dans les camps », déclare Pierre Ouzoulias
6min

Parlementaire

« Votre attitude est une honte ! » : après des débats électriques, le Sénat oblige SNCF Connect à vendre les billets des autres compagnies

Le Sénat a voté ce jeudi 16 avril pour l'ouverture de la plateforme SNCF Connect aux autres compagnies de transport. Si cette mesure vise à simplifier le parcours des usagers, elle a provoqué une vive fracture au sein du bloc central, certains élus dénonçant un risque économique majeur pour l'opérateur historique.

Le

Audition de Frontières : « Je sens que si ces personnes-là prenaient le pouvoir, je pourrais, comme certains de mes aïeux, me retrouver dans les camps », déclare Pierre Ouzoulias
7min

Parlementaire

 « On veut nous interdire » : le fondateur de Frontières défend son média devant le Sénat

Auditionné ce mercredi 15 avril dans le cadre de la commission d’enquête sur les « zones grises de l’information », Éric Tegnér, dirigeant de Frontières, un média « d'enquête et de reportage » classé à l’extrême droite, a défendu son modèle et ses pratiques face à des sénateurs soucieux de transparence et de déontologie, au cours d’échanges parfois tendus.

Le

Audition de Frontières : « Je sens que si ces personnes-là prenaient le pouvoir, je pourrais, comme certains de mes aïeux, me retrouver dans les camps », déclare Pierre Ouzoulias
3min

Parlementaire

« À ma place, c'est avec le RN que vous iriez bâtir des compromis ou avec la gauche républicaine ? », lance Sébastien Lecornu à Bruno Retailleau

Attaqué par la droite sénatoriale sur sa méthode, le Premier ministre a assumé de travailler avec une partie de la gauche, plutôt qu’avec l’extrême droite dans un contexte de forte fracturation politique. Lors de la séance de questions d’actualité au gouvernement, il a appelé Bruno Retailleau, le patron des LR, et Mathieu Darnaud, chef de file des sénateurs de droits, à « une grande clarification ».

Le