« Le Fonds du bien commun ne dissimule aucun combat politique » : Edward Whalley réfute tout lien avec le projet Périclès

Auditionné ce mardi 2 juin par la commission d’enquête sénatoriale sur le financement privé de la vie démocratique, Edward Whalley, directeur général du Fonds du bien commun, a défendu l’action de cette structure « philanthropique » financée par l'homme d'affaires ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin. Face aux interrogations des sénateurs sur ses liens avec le projet Périclès, présenté comme une stratégie d'influence favorable à l’union des droites, il a nié toute ambition politique.
Emma Bador-Fritche

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« C’est le jeu des poupées russes ». Dès les premières minutes de l’audition, la rapporteure socialiste Colombe Brossel résume l’impression qui domine les travaux de la commission d’enquête sénatoriale sur le financement privé de la vie démocratique. Quelques semaines après avoir été entendu comme président des Académies Saint-Louis, un réseau d’établissements scolaires hors contrat, Edward Whalley comparaît cette fois devant la commission d’enquête du Sénat en tant que directeur général du Fonds du bien commun.

Créée à l’initiative du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain, cette commission cherche à comprendre comment des structures privées financent des politiques publiques, des associations ou des projets d’intérêt général, et à évaluer les risques d’influence idéologique, de manque de transparence ou d’atteinte au fonctionnement démocratique. Depuis la révélation par L’Humanité du projet Périclès, attribué à l’entrepreneur Pierre-Édouard Stérin et présenté comme une stratégie de long terme visant à structurer un écosystème favorable aux idées conservatrices et à l’extrême droite, les liens entre les différentes structures financées par le milliardaire font l’objet d’un examen attentif. « Le fil rouge de nos travaux, c’est la transparence des financements », rappelle Colombe Brossel. « Nous voulons mieux comprendre les liens qui peuvent exister, au passé, au présent et au futur, entre le Fonds du bien commun que vous dirigez et le projet Périclès. »

Le Fonds du bien commun revendique son rôle dans la philanthropie française

Dans une longue déclaration liminaire, Edward Whalley entend d’emblée « rétablir certaines vérités ». « La transparence n’est pas pour moi une contrainte. C’est une exigence que je partage pleinement », affirme-t-il. Créé en 2021, le Fonds du bien commun se présente comme un acteur majeur de la philanthropie française. Son directeur revendique quatre domaines d’intervention : « la solidarité, l’éducation, la culture et la croissance humaine ». « Notre rôle n’est ni de remplacer l’État, ni de dupliquer les dispositifs existants, mais de financer ce qui relève de l’intérêt général, ce que personne d’autre ne finance », explique-t-il.

Avec une équipe d’une dizaine de personnes et un budget annuel d’environ 40 millions d’euros, la structure affirme avoir soutenu plus de 300 projets et engagé plus de 150 millions d’euros en quatre ans grâce au financement de Pierre-Édouard Stérin. Parmi les initiatives soutenues figurent notamment des crèches inclusives, des programmes de lutte contre les inégalités scolaires en milieu rural ou encore des projets culturels. À ses yeux, le Fonds du bien commun participe d’un mouvement plus large : « La philanthropie agit là où l’État ne peut pas tout. Elle ne remplace pas l’action publique. Elle la complète, la prolonge et parfois la précède. »

« Notre fil rouge, c’est l’intérêt général dans l’éducation, la culture, la solidarité et la croissance humaine. »

Mais derrière la présentation philanthropique du fonds, les sénateurs reviennent rapidement à leur principale interrogation : les éventuels liens avec Périclès. « C’est quoi la stratégie du Fonds du bien commun ? », interroge Colombe Brossel, qui souligne la montée en puissance rapide de la structure depuis sa création. Edward Whalley assure que tous les projets financés répondent aux mêmes critères : « Notre fil rouge, c’est l’intérêt général dans l’éducation, la culture, la solidarité et la croissance humaine. »

Interrogé sur les passerelles humaines entre les deux structures, il reconnaît que deux salariés du Fonds du bien commun ont ensuite rejoint Périclès, tout en récusant toute confusion. « Ce qui relève du Fonds du bien commun n’a jamais financé de projet idéologique, électoral ou partisan depuis 2021 », affirme-t-il. Plus tard dans l’audition, il se montre encore plus catégorique : « Le Fonds du bien commun ne dissimule aucun combat politique. » Plus tôt dans son intervention, il avait déjà dénoncé ce qu’il considère comme une assimilation abusive entre les activités du fonds et les engagements personnels de son principal financeur. « Si vous entendez par là, comme certains ont prétendu, y compris devant cette commission, sans le moindre des éléments factuels, que le Fonds du bien commun poursuit une ambition électorale ou un calendrier partisan, alors je suis catégorique et je vous le réaffirme sous serment aujourd’hui, c’est faux.», déclare-t-il.

L’ombre financière de Pierre-Édouard Stérin

Les échanges se concentrent également sur le fonctionnement financier de la structure. La rapporteure s’interroge notamment sur un mécanisme reposant non sur des dons classiques mais sur des prêts consentis par Pierre-Édouard Stérin. « Une partie des apports de M. Stérin prend la forme de prêts. C’est atypique, mais parfaitement légal », répond Edward Whalley. Face aux questions insistantes des sénateurs, il décrit un système singulier : « Une fois que nous avons ces prêts, nous les dépensons sous forme de dons. Pour l’instant, nous ne remboursons pas. » Avant de résumer : « Le Fonds du bien commun, c’est 100 % Pierre-Édouard Stérin. »

Concernant le rôle de l’homme d’affaires dans les décisions, le directeur général explique qu’il siège parfois au comité d’investissement chargé de sélectionner les projets. « Pierre-Édouard Stérin y participe quand cela est pertinent », précise-t-il, tout en assurant que les décisions sont prises collectivement.

« Nous nous interdisons aucun projet dès lors qu’il relève de l’intérêt général »

« J’ai du mal à voir quel projet que vous financez qui n’a pas d’agenda politique », lance la sénatrice écologiste Mélanie Vogel. Selon l’élue, de nombreuses structures soutenues défendent des valeurs ou des positions qui relèvent du débat public, notamment sur les questions sociétales, comme l’avortement. Edward Whalley récuse cette lecture. « Toute organisation qui agit dans le débat public s’expose à la critique, c’est la règle », répond-il, avant de dénoncer ce qu’il considère comme une mise en cause injuste des associations bénéficiaires. « Je vois des équipes découvrir un matin que tout leur travail est mis en doute ou sali parce qu’un financeur déplaît », regrette-t-il. « Nous faisons quelque chose de concret qui est utile », insiste-t-il, avant de répéter : « Le Fonds du bien commun ne dissimule aucun combat politique. » Le dirigeant assure que le fonds veille uniquement au respect de ses critères d’intérêt général et de légalité. « Nous nous interdisons aucun projet dès lors qu’il relève de l’intérêt général », affirme-t-il.

« Je m’étonne du poids que vous accordez au Fonds du bien commun et à son financeur »

La question des liens avec Périclès revient toutefois jusqu’à la fin de l’audition. Interrogé par le sénateur Les Républicains Étienne Blanc, Edward Whalley maintient qu’il n’existe « aucun rapport » entre les deux structures. « Cette séparation est datée, documentée. Les équipes, la gouvernance et les flux financiers sont distincts », assure-t-il. Une réponse qui ne convainc pas totalement Colombe Brossel. La sénatrice rappelle que des documents révélés par L’Humanité mentionnaient encore récemment un « risque réputationnel et légal » pour le Fonds du bien commun dans le cadre du projet d’autonomisation de Périclès.

En conclusion, Edward Whalley dit regretter l’attention particulière portée à sa structure. « Je m’étonne du poids que vous accordez au Fonds du bien commun et à son financeur », déclare-t-il. « Nous ne représentons que 0,1 % du secteur. » Soulignant que près de 15 % des auditions de la commission ont porté directement ou indirectement sur les structures liées à Pierre-Édouard Stérin, il conclut sur une note critique : « J’aurais aimé qu’une institution comme la vôtre nous auditionne non sous le signe de la défiance, mais en nous demandant comment nous pourrions servir l’intérêt général plus efficacement. »

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