Tourcoing Demantelement d’un reseau de trafic de stupefiants a Tourcoing (59)
Tourcoing, le 11 juin 2014. Les policiers de la brigade des stupefiants de Tourcoing ont demantele un important reseau de trafic d'heroine dans le quartier de la Bourgogne. Plusieurs dizaines de milliers d'euros en liquide, deux vehicules, des telephones et une arme de guerre de type Kalachnikov ont ete saisis./20MINUTES_150103/Credit:M.Libert/20 Minutes/SIPA/1407171511

Prison dédiée aux 100 plus gros narcotrafiquants : les auteurs de la proposition de loi soutiennent l’annonce de Gérald Darmanin

Depuis son retour au gouvernement, place Vendôme, Gérald Darmanin occupe l’espace et égraine au fil des jours des annonces fortes. Alors qu’approche l’examen à la chambre haute, de la proposition de loi sénatoriale et transpartisane sur le narcotrafic, le ministre de la justice a annoncé le regroupement des « cent plus gros narcotrafiquants » dans une seule et même « prison de haute sécurité ».
Simon Barbarit

Temps de lecture :

6 min

Publié le

La proposition ne figure pas à proprement parler dans les recommandations de la commission d’enquête sénatoriale sur le narcotrafic. « Nous ne l’avions pas formalisée plus avant mais nous avions travaillé sur les conditions d’incarcération. C’est un sujet démocratique. Il est impensable pour les citoyens que les prisons ne constituent plus une entrave pour les narcotrafiquants », précise Jérôme Durain, sénateur socialiste, président de la commission d’enquête sur le narcotrafic, et cosignataire avec le rapporteur Etienne Blanc (LR), de la proposition de loi qui sera examinée le 28 janvier à la chambre haute.

C’est ce constat qui a motivé la proposition du ministre. « Ce qui est insupportable » c’est que ces prisons ne soient plus des entraves pour la plupart d’entre eux pour continuer leur trafic, ou assassiner, ou menacer des magistrats, des agents pénitentiaires, des journalistes ou des avocats », a-t-il insisté sur LCI.

« Il faudra un échange fluide entre la pénitentiaire et le judiciaire »

Concrètement, d’ici « cet été », une prison française sera « vidée » et « on y mettra, puisqu’on l’aura totalement isolée, totalement sécurisée, avec des agents pénitentiaires particulièrement formés, anonymisés », les « cent plus gros narcotrafiquants », a détaillé Gérald Darmanin. Le centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) et le centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-sur-Sarthe (Orne) font partie des établissements pénitentiaires répondant aux critères de sécurité. Deux établissements qui accueillent des détenus particulièrement violents et qui possèdent des quartiers sécurisés notamment pour les auteurs d’infractions terroristes. « Ça fonctionne pour les terroristes, mais avec le narcotrafic on ne parle pas du même ordre de grandeur. C’est pour ça que Gérald Darmanin évoque les 100 plus gros narcotrafiquants. Il y a l’effet d’annonce, et aussi l’idée qu’il vaut mieux commencer petit », relève Ludovic Friat, président de l’Union syndicale des magistrats (USM).

Pour savoir quels détenus seraient concernés par cette nouvelle prison de haute sécurité dédiée au narcotrafic, Ludovic Friat évoque le rôle essentiel du service national du renseignement pénitentiaire (SNRP). « Si l’administration pénitentiaire a la main sur les détenus définitivement condamnés. Pour les autres, en attente de jugement, le juge d’instruction pourra toujours s’opposer à leur transfert pour des raisons de praticité. Il faudra un échange fluide entre la pénitentiaire et le judiciaire », ajoute-t-il.

« Nous avons besoin de trouver une prison qui permette le brouillage de portables. Lors de nos travaux, nous avons vu que ce n’était pas possible au Baumettes à Marseille, car le voisinage était gêné. Bien sûr que ce sera compliqué, mais nous avons un ministre qui a la volonté de le faire », souligne Etienne Blanc. Le sénateur LR se félicite d’ailleurs de « l’émulation » entre Gérald Darmanin et le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau sur la lutte contre le narcotrafic. « Nous avons deux ministres sur la même longueur d’onde. Et si les deux se tirent la bourre pour assurer plus de sécurité aux Français, c’est très bien ».

« On a vu que les trafiquants s’adaptaient aux nouvelles technologies »

Le sénateur écologiste, Guy Benarroche s’interroge, lui, sur l’opportunité d’une telle mesure. « Ces détenus ne seront jamais en vase clos. Ils auront toujours des contacts avec les surveillants, leur avocat, leur famille. En les regroupant au même endroit, est-ce que ça ne va pas produire le contraire de l’effet recherché et faciliter l’organisation du narcotrafic ? Il y a également des limites techniques. On a vu que les trafiquants s’adaptaient aux nouvelles technologies. La commission d’enquête a montré que si les brouilleurs étaient efficaces sur les téléphones 4G, ce n’était pas le cas pour la 5G. Je ne crois pas qu’on parviendra à créer une zone blanche. A la prison de Luynes dans les Bouches du Rhône, il n’y a déjà pas assez de brouilleurs pour les 32 détenus du quartier d’isolement ».

Un détenu de cette prison de Luynes avait commandité un meurtre à Marseille qui avait conduit à la mort d’un chauffeur VTC en octobre dernier.

« Regrouper 100 narcotrafiquants dans une même prison n’est pas la panacée mais c’est un outil parmi d’autres qui est intéressant. C’est en tout cas mieux que d’annoncer de grands projets qui ne verront jamais le jour », estime, pour sa part, Ludovic Friat.

« C’est mieux si cette proposition s’appuie sur un débat démocratique »

Le prédécesseur de Gérald Darmanin, Didier Migaud avait annoncé en novembre dernier, que le plan 15 000 places de prison supplémentaires d’ici 2027 ne serait pas tenu, mais « en 2029 dans le meilleur des cas ». « Didier Migaud avait obtenu 250 millions supplémentaires pour son budget 2025 que nous avions voté. Gérald Darmanin devrait obtenir un peu plus », précise Antoine Lefèvre rapporteur LR de la mission justice au Sénat qui est plus dubitatif sur une autre annonce de Gérald Darmanin consistant à créer de prisons à taille humaine pour les petites peines. « Je ne sais pas ce qu’il entend par là mais il vaut mieux des prisons standardisées pour éviter des erreurs de conception comme à Mulhouse où il a fallu changer pour 600 000 euros de fenêtres après avoir constaté qu’elles pouvaient être démontées de l’intérieur ».

L’idée d’une prison pour rassembler les 100 plus gros narcotrafiquants devrait être débattue à partir du 28 janvier au Sénat, lors de l’examen de la proposition de loi visant « à sortir du piège du narcotrafic ». « C’est mieux si cette proposition s’appuie sur un débat démocratique et parlementaire. La question du narcotrafic renvoie aussi à la pauvreté du service public. C’est un plaidoyer pour un service public renforcé. Il faut des moyens pour isoler les narcotrafiquants des autres détenus mais il faut surtout assécher leurs avoirs », appuie Jérôme Durain qui sera reçu avec son collègue Etienne Blanc par Gérald Darmanin, mardi soir.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Comme un compte à rebours qui se rapproche de la fin, la fenêtre de tir se réduit. En renonçant à convoquer une session extraordinaire à l’Assemblée nationale le 21 septembre, le gouvernement a ajourné la suite de l’examen du projet sur les polices municipales. Cette réforme, très attendue par les maires, fait donc les frais d’un nouveau contretemps.  Fruit d’une longue concertation, qui s’est tenue notamment dans le cadre du « Beauvau des polices municipales » en 2024 et 2025, le projet de loi a été présenté en Conseil des ministres en octobre dernier. Nourri par les travaux d’une mission d’information, le passage au Sénat a été une formalité. Massivement adopté au palais du Luxembourg en février, le texte a ensuite été transmis aux députés. La commission des lois a achevé son examen fin avril. Et depuis, plus rien. Le projet de loi, qui prévoit des missions élargies – en particulier de compétence judiciaire – pour les polices municipales, mais aussi tout un axe sur la formation et la déontologie, est allé depuis de report en report. Un texte qui devait initialement aboutir avant les municipales Au tout début de l’année, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez espérait encore une adoption rapide de ce texte consensuel « peut-être même avant les élections municipales », de mars. L’histoire a eu raison du pronostic de l’ancien préfet. Le gouvernement a ensuite donné rendez-vous en juin pour l’examen. Nouvelle complication. Peu avant la coupure du cœur de l’été, fin juillet, le ministre des Relations avec le Parlement Laurent Panifous confiait au journal Ouest France que le projet de loi sur les polices municipales serait le premier texte pour la session extraordinaire de septembre. Encore raté. À l’approche de la reprise de la session ordinaire, le 1er octobre, l’impatience se fait ressentir chez les élus locaux et les parlementaires. L’inquiétude aussi. La plus grande partie du calendrier parlementaire d’ici la fin de l’année va être occupée les traditionnels débats budgétaires, et campagne présidentielle oblige, les travaux en hémicycle seront interrompus à la fin du mois de février. Ce mercredi 9 septembre, une dizaine d’association d’élus dénonce dans un communiqué commun « l’énième report de l’examen du projet de loi ». Les maires et présidents d’intercommunalités demandent à l’État de « clarifier, dès à présent et concrètement, ses intentions afin de garantir au plus vite l’inscription de ce projet de loi à l’ordre du jour ». « Je suis très en colère contre le gouvernement » « Je suis très en colère contre le gouvernement. On a effectué notre travail, consolidé le texte de manière transpartisane, en acceptant des amendements de tout le monde. Et aujourd’hui, on a un gouvernement qui n’est pas capable de l’inscrire, c’est une honte », réagit la sénatrice (LR) Jacqueline Eustache-Brinio, co-rapporteure du projet de loi. Hors séquence budgétaire qui occupera en séance les députés à partir du 12 octobre, les places dans l’agenda seront chères. Le gouvernement dispose encore de huit semaines à sa main avant le couperet de la fin février. Or beaucoup de textes sont sur la table pour les travaux de cet automne et de cet hiver : la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, qui sera le premier texte inscrit par le gouvernement à la reprise, mais aussi le projet de loi sur le logement ou encore le projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé, tous deux adoptés par le Sénat, ou encore un texte sur les ingérences étrangères annoncé par le Premier ministre. Et c’est sans compter le récent projet de loi de modernisation de la sécurité civile, présenté par le gouvernement. La liste n’est pas exhaustive. « J’ai cru comprendre qu’il serait difficile d’inscrire le texte sur les polices municipales avant le budget. Ils espèrent trouver du temps législatif après le budget, mais les promesses n’engagent que ceux qui croient », s’inquiète Christophe Marion, co-rapporteur (Renaissance) du projet de loi à l’Assemblée nationale. « Le sujet n’est donc peut-être pas de percuter les débats budgétaires avec des chiffons rouges » Joint par Public Sénat, le ministère des Relations avec le Parlement précise que « les arbitrages sont en cours concernant l’inscription des textes pour la session ». Le député du Loir-et-Cher et son collègue co-rapporteur Éric Pauget (LR) annoncent solliciter un rendez-vous à Matignon pour obtenir des assurances sur l’inscription du texte. « Ce qui vient d’arriver à Carcassonne renforce l’idée que le contrôle des polices municipales est nécessaire », insiste-t-il. Hier, le parquet a annoncé la suspension mercredi de quatre policiers municipaux de Carcassonne après la diffusion d’une vidéo les mettant en cause pour des propos racistes. Même volonté de se rappeler aux bons souvenirs de Matignon au Sénat. « Je vais voir avec Gérard Larcher pour que l’on mette la pression sur le gouvernement », prévient Jacqueline Eustache Brinio. Outre les contraintes d’agenda, avec l’empilement de projets de loi, le député Christophe Marion a une autre interprétation de ces retards à répétition. « On a passé des textes régaliens en fin de session parlementaire, je pense à RIPOST. Les socialistes ont voté contre. » Or, les socialistes sur le projet de loi sur les polices municipales ont annoncé en commission leur volonté de « rééquilibrer » le texte. « Le sujet n’est donc peut-être pas de percuter les débats budgétaires avec des chiffons rouges, qui puissent radicaliser des positions ou rendre difficile d’émergence d’un consensus », poursuit le député.  En cas de reprise de débats, il faudrait également compter sur une commission mixte paritaire si le texte est adopté à l’Assemblée nationale. Seule une issue favorable pourrait permettre au texte de pouvoir aboutir dans les temps. « On peut trouver un terrain d’entente », assurent les rapporteurs. « J’attend du gouvernement qu’il aille au bout de la démarche. On a créé de l’espoir avec ce texte, je trouverai ça effrayant de ne pas être à la hauteur des attentes des élus et des policiers », insiste Jacqueline Eustache Brinio. Sans garantie sur ce texte attendu, le traditionnel congrès des maires début novembre pourrait s’ouvrir dans un concert de protestations.
7min

Parlementaire

Parlementaires et élus locaux craignent que le projet de loi sur les polices municipales passe à la trappe

Déjà reporté, le projet de loi sur les polices municipales fait les frais de l’absence de session extraordinaire, rendant incertain son sort dans une session raccourcie par la campagne présidentielle. Les élus locaux et les parlementaires cherchent à faire pression sur l’exécutif. « C’est une honte », réagit la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio.

Le

Prison dédiée aux 100 plus gros narcotrafiquants : les auteurs de la proposition de loi soutiennent l’annonce de Gérald Darmanin
8min

Parlementaire

Violences dans le périscolaire : les maires alertent sur les failles du système et réclament davantage de coordination avec la justice

Face à la multiplication des signalements de violences commises sur des enfants dans le cadre périscolaire, la commission d’enquête du Sénat a auditionné, ce mercredi 9 septembre, plusieurs élus confrontés à de telles affaires dans leurs communes. Ils témoignent d’un système à bout de souffle. Face aux soupçons d’agressions sexuelles sur de très jeunes enfants, ils dénoncent l’isolement institutionnel et le manque de coordination avec la justice.

Le

Prison dédiée aux 100 plus gros narcotrafiquants : les auteurs de la proposition de loi soutiennent l’annonce de Gérald Darmanin
9min

Parlementaire

Violences dans le périscolaire : à la Brigade de protection des mineurs, le défi de recueillir la parole des enfants

Auditionnés par la commission d’enquête du Sénat consacrée aux violences dans le périscolaire, Vincent Kozierow, chef de la Brigade de protection des mineurs (BPM) de Paris, et Denis Collas, directeur adjoint de la police judiciaire chargé des brigades centrales à la préfecture de police de Paris, ont défendu les méthodes de leurs enquêteurs. Ils ont toutefois reconnu les difficultés auxquelles leurs services sont confrontés, notamment face à l’afflux de dossiers, qui peut ralentir l’ensemble de la chaîne judiciaire.

Le

Prison dédiée aux 100 plus gros narcotrafiquants : les auteurs de la proposition de loi soutiennent l’annonce de Gérald Darmanin
6min

Parlementaire

Périscolaire : « Huit minutes » pour devenir animatrice, le témoignage d’une journaliste qui alerte le Sénat sur les failles du recrutement

Auditionnée ce jeudi 3 septembre par la commission de la culture du Sénat, la journaliste de RTL Hermine Le Clech est revenue sur une enquête menée en novembre 2025. Pour tester les conditions de recrutement des animateurs périscolaires, elle s’était présentée dans une mairie avec un CV en partie falsifié. En huit minutes, sans diplôme dans l’animation, sans contrat de travail et alors que son casier judiciaire n’avait pas été vérifié, elle avait été envoyée au contact d’enfants dans une école de Créteil.

Le