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« Accepter de perdre nos enfants » : « S’il faut employer de tels propos pour que chacun prenne conscience de la situation, le chef d’état-major a raison », selon Cédric Perrin

En appelant à « accepter de perdre nos enfants » en cas de guerre avec la Russie, le chef d’état-major des armées, Fabien Mandon, crée la polémique. Si ses propos sont « peut-être un peu maladroits », selon le président LR de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, Cédric Perrin, il les juge nécessaires face au « risque de confrontation majeure à l’est de l’Europe ».
François Vignal

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C’est devant les maires, réunis en congrès, que le chef d’état-major des armées (CEMA), le général Fabien Mandon, a mis les pieds dans le plat. Des propos chocs visant à une prise de conscience.

Parlant du risque jugé crédible de guerre avec la Russie d’ici « 3 ou 4 ans », le numéro 1 de l’armée française soutient qu’on doit « accepter de nous faire mal pour protéger ce que l’on est ». « Si notre pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, parce qu’il faut dire les choses, de souffrir économiquement parce que les priorités iront à de la production défense, si on n’est pas prêt à ça, alors on est en risque », prévient le CEMA, devant un parterre de maires appelés à jouer « un rôle majeur », en tant que relais. « Il faut en parler dans vos communes », soutient Fabien Mandon (voir ses propos en vidéo).

Des propos dénoncés par Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel et le RN

En parlant d’enfants, le général renvoie à la mémoire collective, celle des monuments aux morts, dans les villages de France, qui liste les noms des morts de la Grande guerre dans les tranchés. Mais en réalité, le chef d’état-major parle des soldats de l’armée française, engagés volontairement.

Ses propos font polémique. Ils sont fortement dénoncés par La France Insoumise. « Je veux exprimer un désaccord total avec le discours du chef d’état-major des armées. Ce n’est pas à lui d’aller inviter les maires, ni qui que ce soit, à des préparations guerrières décidées par personne » a réagi sur X Jean-Luc Mélenchon. Même dénonciation de la part du secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. « C’est NON ! 51.000 monuments aux morts dans nos communes ce n’est pas assez ? Oui à la défense nationale mais non aux discours va-t-en guerre insupportables ! », a-t-il dénoncé sur X. Critiques aussi du côté du RN. « Le chef d’état-major n’a aucune légitimité pour affoler les Français avec des déclarations alarmistes qui ne correspondent en rien à la ligne officielle du pays » a estimé sur LCI le député Sébastien Chenu, vice-président du parti d’extrême droite.

« Le général Mandon a la crédibilité pour le faire. Peut-être pas la légitimité »

A droite, on soutient en revanche le fond du propos du militaire. « Tenir nos consciences éveillées est aussi le rôle du chef d’état-major des armées. Et nous devons l’écouter », a réagi sur le plateau de Public Sénat, au congrès de l’AMF, le président LR du Sénat, Gérard Larcher.

Même soutien de la part du président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, le sénateur LR Cédric Perrin. Il pointe cependant la forme. « Peut-être que les propos sur la perte de nos enfants sont un peu forts. Mais s’il faut employer de tels propos pour que chacun prenne conscience de la situation, je pense qu’il avait raison, même si c’est peut-être un peu maladroit », réagit auprès de publicsenat.fr Cédric Perrin. Selon le sénateur du Territoire de Belfort, c’est le contexte politique qui pousse le CEMA à parler ainsi. « Je pense que le président de la République et le premier ministre n’ont plus la crédibilité nécessaire pour sonner l’alarme. Et le chef d’état-major des armées a la crédibilité pour porter le message ». Il insiste : « Le général Mandon a la crédibilité pour le faire. Peut-être pas la légitimité, mais le chef de l’Etat est complètement décrédibilisé dans la population ».

Mais au regard de la situation, il n’est pas choqué d’entendre le numéro 1 de l’armée française parler publiquement de ce sujet. « Ceux qui savent, ceux qui sont informés, ont le devoir de s’exprimer pour alerter », ajoute encore Cédric Perrin, qui souligne que « dans la commission, on connaît ces sujets, l’état de la menace ».

« Nécessité absolue d’un réarmement moral »

Le président de la commission souligne « la nécessité absolue d’un réarmement moral. Les Ukrainiens ne résistent pas car ils sont mieux armés ou plus nombreux, mais car leur résilience nationale est exemplaire ». Cédric Perrin ajoute que « l’objectif n’est pas de faire la guerre mais d’être préparé pour être dissuasif ».

Sur le fond, le sénateur LR rappelle que le CEMA « n’a rien dit d’autre que Thierry Burkhard, l’ancien chef d’état-major des armées, dans son discours du 12 juillet dernier, pour expliquer l’état de la menace, ou que ce que dit clairement la revue nationale stratégique, publiée début juillet. C’est le risque de test ou de confrontation majeure à l’est de l’Europe, pour laquelle on sera potentiellement partie prenante, par solidarité européenne et solidarité otanienne ».

« La guerre hybride a commencé. C’est la guerre de la désinformation »

Si les milieux militaires ou politiques cherchent à préparer les esprits et la population à des temps belliqueux, c’est en raison de l’état de la menace, qui est déjà là. « La vérité, c’est que la guerre a changé. La guerre est hybride, cyber, informationnelle et a déjà commencé. Si on veut qu’elle n’aille pas plus loin, il nous faut être suffisamment fort », soutient Cédric Perrin. Il souligne au passage qu’« une bonne partie des manipulations sur les réseaux sociaux viennent de bot de Russie. La guerre hybride a commencé. C’est la guerre de la désinformation ». C’est pourquoi, pour Cédric Perrin, « tous ceux qui poussent des cris d’orfraie sont des irresponsables ». Et de citer le général de Gaulle : « La sécurité ne s’hérite pas, elle se construit, elle s’organise, se prépare et en 1939, nous n’étions ni prêts, ni unis ».

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