Une apparition rare au Sénat. Après Marine Le Pen la veille, venue accueillir les nouveaux sénateurs du Rassemblement national, c’est au tour de Jean-Luc Mélenchon, ce jeudi 1er octobre, de fouler les pavés de la cours d’honneur du Palais du Luxembourg, pour féliciter les deux sénateurs insoumis qui ont été élus dimanche. C’est la première fois que LFI parvient à envoyer des élus au Sénat. Une double satisfaction pour son fondateur, puisque l’un des deux nouveaux sénateurs, Gabriel Amard, est aussi son gendre.
« Il est certainement l’un des militants avec qui je milite depuis le plus longtemps. Le fait qu’il soit mon gendre me fait plaisir, je ne vais pas vous dire le contraire, mais nos relations de famille ont plutôt été un poids pour lui qu’autre chose, puisqu’on lui a toujours dit : ‘Tu es là parce que…’ », explique Jean-Luc Mélenchon. Il rappelle que Gabriel Amard a été élu pour la première fois à 24 ans, à Longjumeau, un fief de droite. « Il a une longue expérience d’élu local, c’est plutôt lui qui aurait des choses à m’apprendre, mais ça il ne faut pas le dire ! », plaisante-il.
« Cette élection présidentielle ne va ressembler à aucune autre »
« Nous ne sommes pas dans une époque ordinaire, sinon il n’y aurait pas de sénateurs insoumis », reconnaît Jean-Luc Mélenchon, dont le programme présidentiel prévoit la suppression du Sénat. « Il faut le prendre comme un symbole de quelque chose qui est en train de changer dans le pays. […] La présence d’un sénateur insoumis est un signal de notre temps et de l’état de tension de la société. C’est pourquoi cette élection présidentielle, elle-aussi, ne va ressembler à aucune autre », prédit celui que tous les sondages annoncent au second tour face à Marine Le Pen.
18 ans passés au Sénat
Lui-même sénateur de 1986 à 2000, lorsqu’il était encore socialiste, puis à nouveau de 2004 à 2010, Jean-Luc Mélenchon fait montre d’une certaine nostalgie en revenant au Palais du Luxembourg, ce mardi. « Le débat au Sénat était très exigeant. Les types étaient des supers spécialistes, ils vous accrochaient au mur ! », se souvient-il. Une manière aussi, à peine voilée, de tacler le niveau des débats politiques actuels.
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« À cette époque, le Sénat était dur. Vous aviez des êtres brillantissimes, faire partie d’une équipe de sénateurs dans laquelle vous aviez Robert Badinter et Michel Dreyfus-Schmidt… J’aime mieux vous dire qu’il fallait s’accrocher pour simplement prendre la parole et avoir l’air de quelque chose derrière eux », poursuit Jean-Luc Mélenchon.
« Le Sénat est l’antichambre de l’éternité »
Ce 1er octobre marque également l’ouverture de la session ordinaire. Les sénateurs, qui se réunissent pour la première fois en séance publique depuis le renouvellement triennal de ce week-end, vont procéder à l’élection du président. Gérard Larcher, qui siège au « plateau » sans interruption depuis 2014, est candidat à sa succession, soutenu par la majorité sénatoriale de droite et du centre. « Le Sénat est l’antichambre de l’éternité », raille Jean-Luc Mélenchon.
« J’ai connu l’époque où l’on faisait des mandats de 9 ans. Rendez-vous compte ? On avait le temps d’apprendre à se connaitre, à se détester ou à s’apprécier beaucoup. Je ne sais pas ce qui a pris à Gérard. D’un coup, il s’est retourné contre moi, et à commencer à dire des méchancetés alors qu’avant il était très sympathique », pointe le tribun insoumis. Avant un dernier coup de griffe :« Le temps passe et il ne se bonifie pas… Lui ! »
Fin 2023, après des attaques de Jean-Luc Mélenchon contre la journaliste Ruth Elkrief, le président du Sénat s’était emporté au micro de RTL contre le leader insoumis, taxé d’antisémitisme. L’accusant d’alimenter « un brasier qui peut enflammer, diviser », Gérard Larcher avait fini par lui lancer un mémorable – et peu sénatorial – « ferme ta gueule ».