Mathilde Ollivier (EELV), plus jeune sénatrice de France : « L’arrivée dans l’hémicycle sera un moment très fort »

Cette Bretonne, installée depuis quatre ans en Autriche, a été élue dimanche dans la circonscription des Français établis hors de France. À 29 ans, Mathilde Ollivier siègera au sein du groupe écologiste et entend notamment pouvoir travailler sur les questions de santé.
Romain David

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Sous un grand ciel bleu, Mathilde Ollivier traverse la cour d’honneur du Sénat. Un décor marmoréen au milieu duquel la sénatrice de 29 ans, fraîchement élue, se fond déjà : sous son bras un tote bag « Jardin du Luxembourg ». « Je viens de visiter les principales salles et de voir l’hémicycle. C’est un grand honneur d’être là. Je suis encore émue, même si les choses se sont enchaînées depuis quelques jours. L’élection de dimanche me paraît déjà loin alors que nous ne sommes que mardi ! », sourit la jeune femme.

Depuis un peu moins de 48 heures, Mathilde Ollivier, élue sous les couleurs d’Europe Ecologie Les Verts, est devenue la benjamine du Sénat, participant au léger rajeunissement de la Haute Assemblée, dont la moyenne d’âge est passée à l’issue de ce renouvellement sous la barre symbolique des 60 ans (pour s’établir à 59 ans et 11 mois). À un mois près, elle prend la place du précédent benjamin, le socialiste Rémi Cardon, qui avait été élu en 2020 plus jeune sénateur de la Ve République à seulement 26 ans. « Nous avons échangé quelques mots, il a évoqué son arrivée, il y a trois ans. Il m’a parlé du protocole à respecter et du rôle que les plus jeunes doivent endosser lors de la première séance », glisse Mathilde Ollivier. Forcément, « l’arrivée dans l’hémicycle, lundi prochain, sera un moment très fort ».

Lutter contre l’inaction climatique

Représentant les Français établis hors de France, Mathilde Ollivier a passé dix ans à l’étranger « un tiers de ma vie », souligne l’élue -, à la faveur de ses études d’abord, en Allemagne puis à Bruxelles, avant de s’installer, il y a quatre ans, à Vienne. Elle travaille dans une entreprise privée, comme spécialiste en affaires publiques européennes. « L’inaction climatique a été à l’origine de mon engagement en politique. Les grandes marches pour le climat en 2018 et 2019 ont été un déclic », explique-t-elle à Public Sénat.

Elle précise avoir eu très tôt conscience des enjeux environnementaux. Originaire de Bretagne, Mathilde Ollivier a été particulièrement marquée par le naufrage de l’Erika en décembre 1999, et ces kilomètres de plage englués sous les 20 000 tonnes de fioul échappés des entrailles du supertanker. « J’avais cinq ans à l’époque, et c’est l’un de mes premiers souvenirs. Je me rappelle des oiseaux mazoutés que l’on allait chercher. J’ai eu des grands-parents agriculteurs, avec un lien très fort à l’océan. »

Dans les pas de Mélanie Vogel

Dimanche soir, dans la salle des Conférences en pleine effervescence du Palais du Luxembourg, Mathilde Ollivier, tout juste élue, répond aux sollicitations des journalistes et aux micros tendus. À quelques mètres d’elle, un discret sourire aux lèvres, une autre sénatrice l’observe faire ses premiers pas devant les caméras. Également élue dans la circonscription des Français de l’étranger, l’écologiste Mélanie Vogel a fait son entrée au Sénat il y a trois ans. Aujourd’hui, Mathilde Ollivier la cite volontiers comme modèle. « Elle a ouvert la voie à une représentation plus diverse au Sénat. Faire élire deux jeunes sénatrices issues des Français de l’étranger en deux ans, c’est un signal fort ».

Les deux se sont connues via EELV. « Mathilde a été active assez rapidement, d’autant que les conditions de militantisme, lorsque l’on vit à l’étranger, ne sont pas toujours très simples », raconte Mélanie Vogel. Et à l’heure de constituer les listes pour les sénatoriales, la candidature de la jeune femme, déjà élue conseillère des Français de l’étranger en 2021, s’impose naturellement. « Nous nous sommes interrogés sur le type de profil que l’on avait envie d’envoyer au Sénat. Nous voulions à la fois féminiser le groupe et amener dans les institutions cette jeunesse qui s’est mobilisée pour le climat ces dernières années et grâce à laquelle les écologistes ont fait de si bons scores aux européennes et aux municipales », développe Mélanie Vogel.

Elle évoque un intérêt particulier pour les questions de santé, l’impact du changement climatique sur celles-ci, et les inégalités qu’elle génère. « Pour les commissions on verra, il faut encore en discuter avec le groupe », balaye Mathilde Ollivier, qui sait déjà que la répartition des sièges au sein des sept commissions permanentes du Sénat peut faire l’objet d’intenses tractations. « La commission des affaires sociales me paraît être la plus indiquée. Elle pourrait aussi siéger à la culture, sur les sujets jeunesse », risque Mélanie Vogel.

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat Wave in the North
5min

Politique

La justice ordonne le démantèlement de « mégabassines » en Charente-Maritime : les agriculteurs condamnés invoquent la loi d’urgence agricole et font appel

Neuf agriculteurs ont été condamnés par la justice, jeudi 23 juillet, à démanteler quatre retenues d’eau qu’ils utilisent illégalement depuis dix-sept ans. Ils ont annoncé faire appel et se fondent sur le prétendu « décalage » entre cette décision et la loi d’urgence agricole tout juste adoptée, très favorable au développement de ces « bassines ».

Le

PARIS, Conseil constitutionnel, Constitutional Council, Palais Royal
7min

Politique

Le Conseil constitutionnel est-il devenu un arbitre sursollicité ?

Longtemps perçu comme le gardien discret de la Constitution, le Conseil constitutionnel s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs incontournables de la vie politique. Jamais autant saisi sur les lois votées par le Parlement depuis une quinzaine d’années, il est devenu le passage obligé des textes les plus sensibles. Loin d'un dysfonctionnement, cette hyper-activité traduit les nouvelles dynamiques du pouvoir sous l'ère de la « majorité relative ».

Le

France Wildfires
2min

Politique

La France a demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’UE : en quoi consiste ce dispositif ?

Face à la multiplication des feux en France, en particulier en Gironde et dans les Landes, le président de la République Emmanuel Macron a demandé l’activation du mécanisme de protection civile européen hier soir. Déjà utilisé par le passé à Mayotte ou en Ukraine, ce dispositif permet « de proposer une réponse d’urgence » face aux incendies sur le sol européen.

Le

France Extreme Weather Heat
3min

Politique

Incendie au Cap-Ferret : 10 000 hectares parcourus, 80 maisons brûlées et 40 000 personnes évacuées, « le feu continue de progresser », annonce Laurent Nuñez

Le ministre de l’Intérieur a fait un point de situation, ce vendredi matin, sur « le plus feu gros de la saison » qui menace dangereusement le Cap-Ferret, en Gironde. « Le feu n’est pas maitrisé et continue de progresser », alerte Laurent Nuñez. Au total, 50 000 hectares ont brûlé depuis le début de l’année, « quasiment trois fois » plus que l’an dernier.

Le