À huit jours d’un verdict qui pourrait rebattre les cartes de la présidentielle de 2027, le Rassemblement national retient son souffle. Le 7 juillet, la cour d’appel rendra sa décision dans l’affaire des assistants parlementaires européens, dans laquelle Marine Le Pen est accusée d’avoir participé à un système de détournement de fonds publics portant sur près de 1,4 million d’euros. Le parquet a requis quatre ans de prison, dont un an ferme aménageable, ainsi que cinq ans d’inéligibilité. Une condamnation qui, si elle était confirmée, empêcherait potentiellement la triple candidate à l’élection présidentielle de briguer un quatrième mandat en 2027. Marine Le Pen a d’ailleurs indiqué qu’elle tirerait immédiatement les conséquences politiques du verdict, sans attendre une éventuelle décision de la Cour de cassation. En cas d’empêchement, Jordan Bardella deviendrait naturellement le candidat du RN.
59 % des Français considèrent que Marine Le Pen est traitée comme n’importe quel justiciable
L’argument d’une justice « partisane », largement développé par Marine Le Pen et plusieurs responsables du Rassemblement national depuis sa condamnation en première instance, ne convainc pas l’opinion. Selon le baromètre Odoxa-Mascaret, 59 % des Français considèrent que Marine Le Pen est traitée comme n’importe quel justiciable, contre 40 % qui estiment au contraire qu’elle fait l’objet d’un traitement particulièrement sévère pour des raisons politiques.
Cette perception s’est même renforcée depuis sa condamnation en première instance. En quelques mois, la part des Français considérant que la justice agit de manière normale a progressé de six points. Le clivage politique demeure, mais il se resserre. Si les sympathisants du RN restent très majoritairement convaincus d’un traitement politique de l’affaire (82 %), le regard évolue à droite. Désormais, une majorité des sympathisants LR (57 %) considèrent eux aussi que Marine Le Pen est jugée comme n’importe quel citoyen, alors qu’ils étaient encore majoritairement convaincus du contraire au printemps 2025.
Pour Gaël Sliman, président d’Odoxa, « le procès fait à la justice par Marine Le Pen ne prend pas dans l’opinion, et moins que jamais ». Autrement dit, malgré la forte médiatisation de cette affaire, les accusations d’instrumentalisation politique de la justice ne trouvent pas d’écho au-delà du noyau dur électoral du Rassemblement national.
74 % estiment qu’une inéligibilité de Marine Le Pen ne constituerait pas un handicap pour le RN
L’autre enseignement du sondage est tout aussi révélateur. Les Français ne pensent pas que le Rassemblement national sortirait durablement affaibli d’une éventuelle condamnation de sa figure historique. Près de trois Français sur quatre (74 %) estiment qu’une inéligibilité de Marine Le Pen ne constituerait pas un handicap pour le RN. Dans le détail, les perceptions sont même nuancées : 24 % considèrent qu’il s’agirait d’un handicap, en privant le parti de sa candidate naturelle pour 2027 ; 32 % y voient au contraire une opportunité, permettant au RN d’ouvrir une nouvelle page avec Jordan Bardella et 42 % estiment que cela ne changerait pas fondamentalement la donne, Marine Le Pen et Jordan Bardella bénéficiant selon eux d’une crédibilité comparable auprès des électeurs.
« L’élève est parvenu à dépasser le maître en moins d’un an »
Cette évolution de l’opinion s’observe également dans les indicateurs de popularité. Avec 40 % de cote d’adhésion, Jordan Bardella continue de devancer légèrement Marine Le Pen (39 %). Le basculement est spectaculaire si l’on remonte au début du quinquennat. En juin 2022, Marine Le Pen recueillait 36 % d’adhésion contre seulement 21 % pour le jeune président du RN, soit quinze points d’écart. Quatre ans plus tard, Jordan Bardella a quasiment doublé son niveau d’adhésion, tandis que Marine Le Pen est restée globalement stable.
« L’élève est parvenu à dépasser le maître en moins d’un an », résume Gaël Sliman. Une dynamique qui se retrouve également dans les indicateurs de rejet. Aujourd’hui, 46 % des Français disent éprouver du rejet à l’égard de Jordan Bardella, contre 48 % pour Marine Le Pen. Un écart déjà observé en 2022 et qui confirme, selon le président d’Odoxa, que le président du RN apparaît désormais comme une figure politique légèrement plus consensuelle que celle qui l’a installé au premier plan.
Une remontée de Marine Le Pen qui ressemble davantage à un « cadeau de départ » qu’à un rebond politique
Paradoxalement, Marine Le Pen enregistre ce mois-ci, la plus forte progression du baromètre d’adhésion, avec six points gagnés. Mais cette embellie ne traduit pas nécessairement une dynamique politique durable. Pour Gaël Sliman, cette hausse ressemble davantage à « un cadeau de départ, voire d’adieu » qu’à une tentative des Français de peser sur la décision des magistrats.