Il aura longtemps fait attendre. Depuis un entretien de 2021 où il évoquait un âge de départ à « 65, 66, 67 ans », ses adversaires en font l’homme de la « retraite à 67 ans ». Et depuis des mois, pas une interview, pas une réunion publique où il n’ait éludé la question. À sept mois de la présidentielle, le maire du Havre a fini par sortir du bois, sur ses réseaux sociaux, à la mi-journée. « Il est temps de parler des retraites sans faux semblants », a-t-il lancé d’emblée. À ceux qui lui conseillaient d’attendre un moment plus favorable, il a répondu : « Je ne crois pas » qu’il y en aura un meilleur plus tard.
Un calendrier en deux temps
Le plan tient en deux étapes. Édouard Philippe propose d’abord de reprendre la réforme de 2023, qui fixait l’âge légal à 64 ans, contre 62 ans et 9 mois aujourd’hui, et la durée de cotisation à 43 ans. Puis de poursuivre pour atteindre 65 ans et 45 annuités « en moins de 10 ans ».
La proposition intervient alors que la réforme de 2023 est suspendue. Depuis le 1er septembre 2026, l’âge de départ varie de 62 ans et 9 mois et 63 ans et 9 mois pour les générations 1964 à 1968. Les personnes nées à partir de 1969 restent, à ce stade, soumises à un âge légal de 64 ans.
« Un Français sur trois » partira avant 65 ans
Le candidat assure que sa réforme sera « responsable pour tous et juste pour chacun ». Il promet qu’« un Français sur trois » pourra partir avant 65 ans, entre 60 et 64 ans. « Ceux qui ont commencé très tôt doivent pouvoir partir plus tôt », a-t-il précisé. Une règle juste, dit-il, doit « tenir compte des vies auxquelles elle s’applique » : ceux qui ont commencé à travailler très jeunes, exercent des métiers pénibles ou dont « le corps ne suit plus ».
L’âge de départ des personnes en mauvaise santé ne bougerait pas : 55 ans pour les personnes en situation de handicap, 60 ans en cas d’incapacité permanente, 62 ans pour les personnes invalides. Les dispositifs de carrières longues continueraient de permettre des départs anticipés.
Un argumentaire financier et démographique
Le système actuel a été conçu après la Seconde Guerre mondiale, « à une époque où la durée de vie était plus courte », a rappelé Édouard Philippe. Aujourd’hui, « nous vivons plus longtemps et faisons moins d’enfants ». Il plaide pour agir « avant que la crise financière arrive ». Il indique que son objectif est d’« en finir définitivement » avec un débat qui, tous les trois ou quatre ans, « empoisonne la vie politique et la cohésion nationale ».
Partenaires sociaux et capitalisation
Le candidat promet « une vraie place à la négociation entre les partenaires sociaux ». Une fois le système remis à l’équilibre, il leur en confierait la gestion quotidienne, encadrée par une « règle d’or d’équilibre ».
L’ancien Premier ministre réaffirme aussi sa volonté d’instaurer un volet de capitalisation, dans un système qu’il décrit comme « mixte ». La répartition « doit rester le socle », mais il veut la « compléter » afin que tous les salariés soient associés à la valorisation du capital. Il souhaite que chaque Français dispose d’un plan d’épargne-retraite, qu’il entend rendre « un des placements les plus attractifs du marché ». Quelques jours plus tôt sur RTL, il avait dégagé quatre principes : travailler plus longtemps, tenir compte de la pénibilité, simplifier le système et introduire une part de capitalisation.
Une autre approche dans le bloc central
Sur ce terrain, Édouard Philippe se distingue nettement de Gabriel Attal. Le patron de Renaissance défend la suppression de l’âge légal et veut faire de la durée de cotisation le principal critère de départ, avec un système de décote et de surcote. Il s’oppose aussi à la suspension de la réforme de 2023 et souhaite que son calendrier reprenne à son issue.
Sans le nommer, Édouard Philippe critique en creux ce projet. Dans sa vidéo, il affirme qu’aucun pays n’a mis en place un système de répartition sans âge, ce qui serait, selon lui, « financièrement intenable » et « socialement incroyablement injuste ».
Les retraites s’installent dans la campagne
L’annonce intervient sur fond de hausse des prix des carburants, alors que le gouvernement s’apprête à dévoiler sa copie budgétaire. Les deux candidats du bloc central sont sans dynamique dans les sondages. Le maire du Havre garde un avantage sur Gabriel Attal, mais une étude Harris publiée lundi place pour la première fois Jean-Luc Mélenchon au second tour à sa place, loin derrière Marine Le Pen.
Pour convaincre, Édouard Philippe a choisi une vidéo explicative, format qui rappelle celles de sa gestion de la crise du Covid-19 à Matignon. Il assume de placer les retraites parmi les principaux sujets de sa campagne. « Dire qu’il faut travailler plus longtemps n’est pas très populaire en France », reconnaît-il, « mais je veux protéger les Français ».
(Avec AFP)