Paris : QAG au Senat
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À l’heure du bilan, Bruno Le Maire laisse un souvenir amer au Sénat

Face aux députés le 9 septembre, le ministre de l’Économie et des Finances a sans doute répondu à sa dernière convocation du Parlement. Au Sénat, le style et le bilan comptable général du ministre recueillent peu de louanges.
Guillaume Jacquot

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Il avait promis cet été d’assumer son rôle de ministre « jusqu’à la dernière heure ». Dans l’attente d’un successeur comme ses autres collègues du gouvernement Attal depuis le 16 juillet, Bruno Le Maire vit ses derniers jours en tant que ministre de l’Économie et des Finances. Ce lundi 9 septembre marquait probablement sa dernière audition à l’Assemblée nationale à ce poste. Malgré son statut de ministre démissionnaire, sa convocation s’est imposée en raison du début imminent du travail des députés sur un budget 2025, qui s’annonce comme l’un des plus complexes de l’histoire récente. En cause : une brutale dégradation des finances publiques au fil des derniers mois. Interpellé à plusieurs reprises sur les mauvais chiffres du déficit public, le ministre a une fois encore défendu ses mesures de protection mises en œuvre durant les dernières crises, tout en plaidant en guise de testament politique, en faveur d’un redressement des comptes publics.

Une page est sur le point de se tourner à Bercy. En poste depuis le 17 mai 2017, soit plus de 7 années et trois mois, Bruno Le Maire aura marqué le ministère par sa longévité sans égale sous la Ve République. Candidat malheureux à la primaire de la droite en 2016 avec 2,4 % des suffrages, il s’est pourtant imposé comme l’une des pièces-maîtresse des gouvernements successifs d’Emmanuel Macron.

Une « constance » saluée par les organisations patronales

Le transfuge de LR a récemment été ovationné lors de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF), l’université d’été du patronat, pour sa ligne pro-business, qui a consisté depuis 2017 à abaisser l’impôt sur les sociétés ou encore la fiscalité sur le capital. Le président du Medef, Patrick Martin, a salué sa « constance » et son « courage » à ce sujet depuis 2017. Artisan infatigable d’une politique de l’offre, Bruno Le Maire a régulièrement mis en avant les créations d’emploi permises selon lui par cet environnement. Lorsqu’il a pris les commandes de Bercy, le taux de chômage s’élevait à 9,5 % (au sens du Bureau international du travail). À la fin du second trimestre 2024, il s’établissait à 7,3 %.

Au rayon des réussites, le locataire de Bercy revendique souvent le sursaut dans l’industrie avec 130 000 créations de postes, ou encore le bond de l’attractivité du pays en matière d’investissements étrangers. Ce premier volet est toutefois largement terni par l’état des finances publiques. À l’heure des comptes, le tableau budgétaire est largement décrié par les sénateurs, qui ont multiplié les travaux de contrôle budgétaire depuis le début de l’année.

« Les résultats économiques sont plutôt bons », défend le sénateur Renaissance Didier Rambaud

« Visiblement, il y a eu un manque d’anticipation et une vision toujours plus optimiste de la part de Bercy. Ce n’est pas faute d’avoir averti », sermonne Olivier Paccaud (apparenté LR), l’un des sénateurs de la commission des finances. Voilà deux ans que le concert de critiques se fait plus bruyant au palais du Luxembourg. Alors que les comptes publics s’éloignaient de la cote d’alerte en 2018, avec un déficit à 2,5 % du PIB, il s’est creusé à 5,5 % l’an dernier. Sans mesures correctives, il pourrait continuer de se creuser. Quant à la dette publique, de 2 100 milliards en 2018 (89,5 % du PIB), elle a atteint 3 160 milliards d’euros (110,7 % du PIB) au deuxième trimestre 2024.

« On ne peut pas reprocher à Bruno Le Maire d’être un mauvais gestionnaire. Il faut aussi, que du côté du Sénat, on fasse preuve d’humilité », défend le sénateur (Renaissance) Didier Rambaud. « Les résultats économiques sont plutôt bons, malgré les deux crises que l’on a vécues. Mais on n’est pas aveugles au point de voir qu’il y a eu plutôt une dégradation de notre déficit. »

Hier encore, devant les députés, Bruno Le Maire a imputé cette dégradation aux différents épisodes qui ont secoué l’économie française depuis quatre ans, auxquels le gouvernement a dû répondre par le « quoiqu’il en coûte ». « Tous ici ! – tous ! – pendant la crise du Covid, pendant la crise de l’inflation, vous m’avez demandé de dépenser beaucoup plus. Tous, sans exception », a-t-il lancé à la représentation nationale. « Vous ne pouvez pas, pendant trois ans, tympaniser le ministre des Finances […] puis revenir deux ans plus tard en disant Mais vous n’avez pas suffisamment bien tenu les comptes. »

« Je ferais profil bas si j’avais un bilan comme celui-ci », lâche le centriste Vincent Delahaye

Le discours ne convainc pas le sénateur Vincent Delahaye (Union centriste). Il estime que les dépenses exceptionnelles n’expliquent qu’à hauteur de 25 % la dégradation des comptes depuis 2018. « Il laisse une situation catastrophique. Bruno Le Maire se permet de faire des recommandations, je suis assez surpris. Je ferais profil bas si j’avais un bilan comme celui-ci. »

La gauche dénonce, quant à elle, la politique de « désarmement fiscal » enclenchée au début du premier quinquennat. « Bruno Le Maire a poursuivi de façon aveugle sa politique, en escomptant que la croissance vienne combler ses besoins de financement », regrette Vincent Éblé, l’ancien président (PS) de la commission des finances du Sénat. Celle-ci a d’ailleurs pointé le déséquilibre la semaine dernière : entre 2018 et 2023, les recettes de l’État ont progressé de 10,8 milliards d’euros quand les dépenses s’envolaient de 100 milliards d’euros. « On n’est pas juste dans un dérapage, mais dans une aggravation lourde du déficit public », insiste le sénateur de Seine-et-Marne.

Un ministre qui boudait le Sénat

Au-delà des batailles relatives à la politique budgétaire, les relations n’ont jamais été très cordiales entre le ministre de l’Économie et des Finances démissionnaire et la Haute assemblée. Chacune de ses prises de parole, lorsqu’il faisait acte de présence aux questions au gouvernement, était généralement ponctuée par une acclamation ironique de l’hémicycle.

Alors présidente de la commission des affaires économiques, Sophie Primas (LR) lui avait reproché au cours d’une audition en 2021 son manque d’assiduité. Elle l’avait alors remercié « véritablement de pouvoir consacrer du temps à cette chambre qui [le] voit si peu ». Bruno Le Maire venait alors de sortir son quatrième livre édité depuis sa prise de fonctions Bercy. L’intéressé a toujours affirmé que ses activités littéraires n’avaient jamais perturbé ses responsabilités publiques.

Lors des séances sur les projets de loi de finances, les sénateurs ne le voyaient généralement qu’au moment de la discussion générale, avant de poursuivre le marathon budgétaire avec le ministre délégué aux Comptes publics. Pas de quoi laisser un bon souvenir aux sénateurs. « Il y avait une certaine suffisance de la part de Bruno Le Maire, un côté donneur de leçon qui ne plaît pas du tout », relate Vincent Delahaye. « Et de façon générale, on ne peut pas dire qu’il ait brillé par sa présence et son attention portée au Sénat. » Le sénateur Renaissance Didier Rambaud regrette également ses absences. « C’est dommage qu’il ne soit pas venu plus souvent au Sénat. Il avait tout à y gagner, il a les réponses adaptées, sa participation à davantage d’échanges aurait permis d’éviter des tensions. »

Pour le sénateur Vincent Éblé, celui qui reprendra le flambeau serait bien inspiré de ne pas l’imiter. « Nous pensons que la situation politique liée aux résultats des dernières législatives redonne un peu d’espace au Sénat, puisque les majorités ne sont plus automatiques du côté de l’Assemblée. Il va bien falloir faire attention à ce qu’il se passe chez nous. »

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