« Nous avons ouvert un vrai débat » : L’Incorrect défend son coup médiatique dans l’affaire Legrand-Cohen

Auditionné mardi 16 juin par la commission d’enquête sénatoriale sur les « zones grises de l’information », Axel Duchamp, directeur de la publication de L’Incorrect, a défendu le modèle économique de son média et dénoncé les difficultés auxquelles il affirme être confrontées. Mais c’est surtout la diffusion de l’enregistrement clandestin impliquant les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen qui a concentré l’attention des sénateurs. Une publication que le responsable du mensuel conservateur continue d’assumer au nom de « l’intérêt général » et qui, selon lui, a permis « d’ouvrir un vrai débat ».
Emma Bador-Fritche

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L’Incorrect a-t-il été correct ? Fondé en 2017 et se présentant comme « le mensuel conservateur le plus incorrect de France », L’Incorrect revendique une place singulière dans le paysage médiatique, « au carrefour des droites ». Dès l’ouverture de l’audition, le président de la commission, le sénateur Laurent Lafon, a tenu à préciser que les travaux ne visaient pas la ligne éditoriale du média, mais ses modes de financement, ses pratiques journalistiques, son rapport aux plateformes numériques et sa conception de la déontologie.

Un journal porté par ses lecteurs

L’équilibre financier, longtemps hors de portée, est enfin devenu réalité. Devant les sénateurs, Axel Duchamp a expliqué que L’Incorrect avait atteint pour la première fois l’équilibre en 2025 grâce à un modèle reposant essentiellement sur ses lecteurs et ses soutiens. « 65 % de nos revenus viennent des ventes, 30 % des dons et 5 % des partenariats et des subventions », a-t-il détaillé. Le mensuel s’appuie sur une équipe réduite de cinq salariés, dont quatre journalistes titulaires de la carte de presse, épaulés par une dizaine de contributeurs réguliers. Le média revendique également près de 650 donateurs, pour un don moyen de 200 euros.

Questionné sur les aides publiques perçues par le titre, le directeur de publication a rappelé que L’Incorrect bénéficie de l’agrément de la Commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP) ainsi que du statut de presse d’information politique et générale (IPG), lui permettant d’accéder à certaines subventions.

Les sénateurs se sont également attardés sur un don de 18 000 euros souvent associé au projet Périclès (« Patriotes, enracinés, résistants, identitaires, chrétiens, libéraux, européens, souverainistes ») de Pierre-Édouard Stérin. Axel Duchamp a tenu à distinguer les deux structures. « Nous avons reçu un don du Fonds du Bien Commun de Pierre-Édouard Stérin, mais pas du projet Périclès », a-t-il assuré, précisant qu’aucun autre financement n’avait depuis été versé par l’homme d’affaires.

Les griefs d’un média

Une large partie de son intervention a pris la forme d’un réquisitoire contre ce qu’il considère comme des discriminations subies par son média. Le responsable du journal est revenu sur la fermeture temporaire du compte Instagram de L’Incorrect, supprimé puis rétabli après plusieurs démarches et une mise en demeure adressée à Meta. « Du jour au lendemain, vous avez simplement une notification qui vous dit que le compte est clôturé, sans véritable explication », a-t-il raconté.

Axel Duchamp a également dénoncé plusieurs fermetures de comptes bancaires ainsi que des difficultés d’accès à certains événements culturels ou services de presse. « Réguler les zones grises, ce n’est pas seulement lutter contre la désinformation, mais garantir à tous les médias un traitement équitable », a-t-il plaidé devant les sénateurs.

L’affaire Legrand-Cohen

Impossible pour les sénateurs d’éviter le sujet. En publiant plusieurs extraits d’un enregistrement clandestin réalisé dans un café parisien lors d’une rencontre entre les journalistes Thomas Legrand, Patrick Cohen et des responsables socialistes, L’Incorrect s’était retrouvé au centre d’une tempête médiatique.

Interrogé sur les conditions de diffusion de ces images, Axel Duchamp a tenu à préciser que l’enregistrement n’avait pas été réalisé par sa rédaction. « On nous l’a envoyé. Nous avons pris le temps de travailler les vidéos, de les analyser et de les contextualiser », a-t-il expliqué devant la commission. Selon le directeur de publication, la décision de publier s’est appuyée sur plusieurs critères : l’intérêt général du sujet, le statut de personnalités publiques des personnes concernées et le fait que la scène se soit déroulée dans un lieu ouvert au public. Il a également défendu la portée journalistique du document, estimant que les images mettaient en lumière « une collusion entre deux journalistes du service public et des membres d’un parti politique ».

« Cela a permis d’ouvrir un vrai débat sur la question du service public »

La discussion a alors basculé sur le terrain de l’éthique journalistique. Laurent Lafon a rappelé que la Déclaration de Munich (1971) ainsi que la Charte mondiale d’éthique des journalistes encadrent strictement l’usage des enregistrements clandestins, sauf circonstances exceptionnelles liées à l’intérêt général. À la question de savoir si cette publication lui semblait conforme aux obligations de la profession, Axel Duchamp a répondu sans hésiter : « Oui. » Et lorsque le président de la commission lui a demandé s’il referait le même choix aujourd’hui, sa réponse a été tout aussi nette : « Oui, parce que cela a permis d’ouvrir un vrai débat sur la question du service public. »

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