Accord Ciotti-RN : « Une victoire avec une majorité absolue pour l’extrême-droite devient parfaitement crédible », alerte Olivier Faure

Après l’annonce faite en loup solitaire par Éric Ciotti d’alliance entre LR et le RN, le monde politique français est sous le choc. A gauche, la nécessité de s’unir pour éviter une majorité absolue à l’extrême-droite se fait plus pressante. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, est venu au Sénat cet après-midi présenter l’avancement des négociations entre les partis de gauche visant à la constitution d’un « front populaire ». Il appelle à la « mise au placard » des « rancœurs » dans son camp.
Mathilde Nutarelli

Temps de lecture :

4 min

Publié le

L’annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Éric Ciotti, patron des Républicains, a annoncé ce midi sur le plateau de TF1 une « alliance » avec le RN pour les législatives à venir. Dans son camp, cela n’est pas du tout passé : plusieurs démissions du parti ont eu lieu depuis, Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, a dénoncé une « double faute » de la part du niçois.

A gauche aussi, l’annonce a fait un choc. « Avec le ralliement de LR d’Éric Ciotti au RN, après le ralliement de la nièce de Marine Le Pen, on est dans la situation où l’hypothèse d’une victoire avec une majorité absolue pour l’extrême droite devient parfaitement crédible », s’est inquiété Olivier Faure au micro de Public Sénat. Le premier secrétaire du Parti Socialiste était venu devant ses troupes au Sénat, présenter les avancements des négociations qui ont été enclenchées hier soir entre les partis de gauche, en vue de la constitution d’un nouveau « front populaire ».

« Nos rancœurs […] nécessitent d’être mises au placard »

Alors que l’ombre d’une victoire de l’extrême droite se précise, la gauche sera-t-elle incitée à accélérer dans son union ? Depuis hier soir, et l’appel par le Parti socialiste, les Ecologistes, les Insoumis, le Parti communiste, Place publique, Générations et la Gauche républicaine et socialiste, à constituer un nouveau front populaire, les flux et les reflux fuitent de part et d’autre. En 2022, au moment de constituer la Nupes, une partie du PS s’était fortement opposée à l’accord.

Pour le premier secrétaire du PS, la ligne est claire : la situation « justifie qu’on s’y mette toutes et tous et qu’on fasse aussi parfois le deuil de nos rancœurs, parce qu’il y en a, mais qui nécessitent d’être mises au placard pour pouvoir sauver l’essentiel », a-t-il déclaré à publicsenat.fr, « pour la première fois depuis Vichy, l’extrême droite peut l’emporter ». L’annonce d’Éric Ciotti a d’ailleurs déjà fait mouche à gauche. Carole Delga, présidente socialiste de la région Occitanie, qui incarnait jusque-là la ligne anti-Nupes du PS, a tweeté quelques minutes après l’intervention du parton des LR : « Je dis oui au front populaire qui change la vie des gens en actes. Un Front populaire ouvert et le plus large possible. J’y prendrai toute ma part avec ce que je suis : une femme libre, socialiste qui n’a jamais cédé ni aux sirènes macronistes, ni aux sirènes mélenchonistes. L’Histoire nous regarde : j’appelle chacune et chacun à être à la hauteur des enjeux. ». Une ouverture de la part de celle qui n’a jamais ménagé ni le camp insoumis ni les accords passés entre eux et son parti par la direction.

Circonscriptions : « Il y aura un rééquilibrage [en faveur du PS] »

Les négociations vont toujours bon train entre les chefs à plume de la gauche, qui avancent et présenterons dans les heures ou les jours à venir leurs axes programmatiques. Quant à la répartition des circonscriptions, personne ne sait encore quelle répartition serait envisagée pour chaque composante. « Il y aura un rééquilibrage [en faveur du PS], tout le monde est d’accord là-dessus », a annoncé Olivier Faure. Aux élections européennes de dimanche, la liste du parti à la rose est arrivée devant la liste insoumise, la devançant de près de quatre points, et loin devant la liste des écologistes. « Il faut tenir compte de cette réalité qui s’est imposée », a justifié le socialiste, « c’est un vote des Françaises et des Français, ce n’est pas moi qui le dis ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris Gabriel Attal Meeting
8min

Politique

« Un an pour convaincre » : pour son premier grand meeting, Gabriel Attal mise sur « l’espoir » et joue sa différence avec Edouard Philippe

Devant 5.000 personnes réunies à Paris, Gabriel Attal a réussi sa première grande démonstration de force. Le candidat à la présidentielle entend dessiner un projet loin du « pessimisme » ambiant avec « quatre chantiers capitaux » : l’école, avec « moins de 20 élèves par classe » en primaire, les salaires, les frontières et l’intelligence artificielle, et « deux dettes à résorber », celle des finances publiques et du réchauffement climatique. Mais il n’oublie pas de se démarquer de son principal concurrent, un certain Edouard Philippe…

Le

France Vivendi Bollore
5min

Politique

Tribune anti-Bolloré :  Maxime Saada, patron de Canal + nie toute « liste noire »

Même si le président du directoire de Canal+ réfute toute « liste noir », il affirme que le groupe tiendra désormais compte de « la considération portée à Canal+ » dans ses choix de financement. Des propos qui ravivent les tensions avec une partie du monde du cinéma, mobilisée contre l’influence de Vincent Bolloré.

Le

Cour d appel et d ‘assises de Lyon
6min

Politique

Le procès « French Bukkake » aux assises : « Le but est de reconnaître toute la dimension criminelle de l’industrie pornographique », se félicite Laurence Rossignol

Le premier grand procès de l’industrie pornographique se tiendra finalement devant les assises et non devant une cour criminelle départementale. Une victoire pour la cinquantaine de victimes de la plateforme French Bukkake. La chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris a retenu le caractère sexiste et raciste des viols, tout comme l’avait relevé le rapport de la mission d’information du Sénat sur les dérives de l’industrie pornographique remis en 2022.

Le

La sélection de la rédaction

President Emmanuel Macron speaking during a televised address to the nation
6min

Politique

Dissolution de l’Assemblée : l’hégémonie du RN place le reste de la classe politique devant « un défi colossal »

L’annonce de législatives anticipées a pris de court la classe politique, alors que le Rassemblement national est arrivé largement en tête des élections européennes ce dimanche soir. Quelques heures après l’annonce du président de la République, l’hypothèse d’une coalition face à l’extrême droite est loin de faire l’unanimité chez les élus interrogés par Public Sénat.

Le