Loi agricole : la ministre de la transition écologique dénonce « des reculs pas acceptables » sur l’eau, le loup et les pesticides

Interrogée ce mercredi par les sénateurs lors des questions au gouvernement, Monique Barbut assume ses désaccords avec la tournure prise par la loi agricole. La ministre désapprouve la réintroduction de deux pesticides par la droite sénatoriale et juge que le texte « va beaucoup trop loin » sur l’allègement de certaines normes sur le stockage d’eau et la protection du loup.
Christian Mouly

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Pesticides, stockage de l’eau, prédation du loup… L’arrivée du projet de loi agricole au Sénat relance plusieurs débats politiquement inflammables. Retravaillé en commission par la majorité sénatoriale de droite et du centre, le texte va plus loin que les positions du gouvernement. Au grand dam de la gauche, qui l’a fait savoir à l’occasion des questions d’actualité au gouvernement, ce mercredi. « Sous couvert de simplification, c’est une méthodique dérégulation qui s’organise et plus précisément une dérégulation environnementale », s’est ému le sénateur socialiste Jean-Claude Tissot.

L’élu de la Loire regrette les assouplissements de normes en matière d’atteintes à la biodiversité et de projets de stockages d’eau, censés répondre aux récentes manifestations agricoles. Et dénonce le « point d’orgue du non-sens environnemental » atteint, selon lui, ce matin avec l’adoption, en commission, de la réintroduction dérogatoire de deux pesticides interdits en France : l’acétamipride et le flupyradifurone. Issue de la Loi Duplomb votée l’an dernier, cette mesure avait été censurée par le Conseil constitutionnel.

« Comment votre ministère peut-il se satisfaire du chemin que prend l’agriculture française texte après texte ? », s’est-il adressé à Monique Barbut, renvoyant la ministre de la transition écologique à ses prises de parole contre la réintroduction de pesticides.

« Cela va beaucoup trop loin »

Attaquée sur ce texte qui divise le gouvernement, la ministre a assumé ses désaccords avec la tournure prise par le projet de loi. De l’Assemblée nationale, « est sorti un texte dont je n’approuve pas la totalité des amendements », a-t-elle reconnu, pointant des dispositions qui « dépassent largement le cadre de ce que nous avions imaginé au départ ». Avant de préciser : « Je trouve que cela va beaucoup trop loin sur l’eau et cela va beaucoup trop loin sur la prédation du loup ». Plusieurs mesures visent en effet à élargir les possibilités de tir de défense sur l’animal.

« Il y a un certain nombre de reculs, en particulier sur l’eau, qui ne peuvent pas être acceptables. Aujourd’hui, nous avons déjà 40 % du territoire en sécheresse pour l’année 2026. Il y a un accaparement de l’eau qui ne pourra pas se faire au profit de certaines professions », a-t-elle insisté, alors que les sénateurs ont atténué encore davantage les obligations sous-jacentes à la construction d’ouvrages de stockage.

Quant à l’acétamipride, « j’y suis opposée », a-t-elle simplement conclu. Une opposition plus ferme que celle manifestée par la ministre de l’agriculture Annie Genevard. Récemment auditionnée par le Sénat, celle-ci craignait que cette réintroduction puisse « compromettre l’adoption de ce texte », sans pour autant désavouer la mesure sur le fond.

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