Hydroelectric power plant in Fessenheim, France – 26 May 2024
Crédits : SOPA Images/SIPA

Prix de l’électricité : « EDF n’est pas une banque de subvention » affirme son PDG

Interrogé par la commission d’enquête sénatoriale sur les aides publiques aux entreprises mardi 22 avril 2025, Luc Rémont, PDG de l’énergéticien EDF pour encore deux semaines, a vanté la compétitivité de l’entreprise détenue à 100 % par l’Etat et rappelé que son entreprise n’était pas là « pour subventionner la décarbonation » des industriels.
Stephane Duguet

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Une dernière audition avant de rendre les clés d’EDF. Luc Rémont s’est présenté devant les sénateurs de la commission d’enquête sur les aides publiques aux entreprises ce mardi alors qu’il quittera la tête de l’entreprise dont l’Etat est actionnaire à 100 %, le 5 mai prochain. A l’occasion de l’assemblée générale du groupe, il devrait être remplacé par Bernard Fontana, actuel directeur général de la multinationale spécialisée dans le nucléaire Framatome.

Le président de la commission d’enquête, le sénateur LR Olivier Rietmann et le rapporteur, son collègue communiste Fabien Gay, ont évidemment questionné le futur ex-PDG sur les aides publiques perçues par EDF. Le groupe a ainsi bénéficié de 72 millions de crédit impôt recherche « qui se rapporte à 370 millions d’euros de dépenses en Recherche et Développement », souligne Luc Rémont. Il recense aussi 7 millions d’euros d’aides dans des projets menés par l’entreprise dont il assure que 70 % sont des financements européens. Enfin, concernant les aides à l’apprentissage, là où l’énergéticien percevait 28 millions d’euros en 2024, il n’en perçoit plus que 9 millions en 2025.

L’ARENH, « exactement l’inverse » d’une aide d’Etat

Mais celui qui sera resté deux ans à la tête d’EDF en a aussi profité pour redire tout le mal qu’il pensait de l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique abrégé ARENH. Ce dispositif qui prendra fin en 2026 contraignait EDF à vendre « deux tiers » de son électricité à un prix en dessous de son coût de production. « Notre modèle économique est grevé depuis treize ans par un dispositif qui n’est pas exactement une aide d’État. C’est à vrai dire exactement l’inverse », regrette Luc Rémont devant les sénateurs qui partagent son analyse. Ce système est « une spoliation d’EDF et des usagers », abonde Fabien Gay.

La sortie de ce système va permettre à EDF de vendre son électricité en 2026 « en dessous de 60 euros du mégawattheure » contre 42 euros du mégawattheure jusque-là, annonce le PDG. Un prix en dessous des prévisions établies en 2023 puisqu’elles se situaient à 70 euros du mégawattheure. Même si d’un côté, Luc Rémont se réjouit de pouvoir donner de la perspective à ses clients sur les tarifs de l’électricité « jusqu’en 2030 », il explique que 60 euros du mégawattheure permettent « à peine [d’] assurer notre équilibre de long terme qui nous permet non pas de financer les EPR 2 (les 6 futurs réacteurs nucléaires commandés par l’Etat, ndlr), mais d’assurer le financement des investissements de long terme pour assurer la pérennité du parc nucléaire existant. »

L’électricité française a les prix « les plus compétitifs »

Ce tarif de l’électricité permet tout de même au PDG de se targuer d’avoir les « prix les plus compétitifs en Europe » après l’Espagne. Ainsi, il énumère les exemples de l’Allemagne où le prix du mégawattheure est fixé à 78 euros, du Royaume-Uni où il s’établit à 86 euros ou encore de l’Italie où il s’élève à 97 euros. Luc Rémont va même plus loin : « Je garantis […] que vis-à-vis des Etats-Unis, si je compare à des électrons américains aujourd’hui, […] demain sur tous les Etats américains, notre électricité sera plus compétitive. »

 Ce n’est pas au groupe EDF de compenser les écarts sur le gaz. On ne va pas subventionner les industriels français qui sont à 90% au gaz pour certains 

Luc Rémont, PDG d'EDF

De quoi balayer les critiques de certains industriels qui au moment de son éviction d’EDF dénonçaient crûment sa politique commerciale. Le patron de Saint-Gobain Benoit Bazin estimait par exemple qu’il faisait « un bras d’honneur à l’industrie française ». Des accusations auxquelles Luc Rémont a encore répondu au Palais du Luxembourg. « EDF est là pour faire réussir l’industrie française », jure le PDG. « On n’est pas une banque de subvention », martèle-t-il, expliquant qu’il faut que les industriels négocient avec EDF des « prix qui correspondent à notre industrie ».

Luc Rémont explique cette demande de certains secteurs de l’industrie par leur volonté d’équilibrer le coût élevé du gaz d’un côté par un tarif réduit de l’électricité de l’autre. « Je ne leur en fais pas l’injure. […] Mais ce n’est pas au groupe EDF de compenser les écarts sur le gaz. On ne va pas subventionner les industriels français qui sont à 90 % au gaz pour certains », tranche le patron.

Pratique illégale

D’autant qu’il assure que la pratique serait illégale : « L’autorité de la concurrence serait tout à fait fondée à venir me taper sur l’épaule en disant vous avez absolument pas le droit de faire ça, vous êtes en position dominante et vous abusez de votre position dominante ». Et Luc Rémont d’envoyer un message autant à destination de ces industriels qu’à son successeur : « Même avec un autre PDG, ce ne sera pas le cas ».

Les sénateurs de la commission d’enquête ont par ailleurs salué ses deux années passées à la tête d’EDF. Daniel Fargeot, sénateur centriste, estime que l’éviction de Luc Rémont « révèle [un] possible malaise plus profond dans la conduite de notre stratégie nucléaire. Il donne, selon moi, le sentiment d’un cap étatique encore incertain, comme d’une gouvernance de projet insuffisamment structurée. » Le président de la commission Olivier Rietmann a choisi de conclure l’audition par un « bon vent ».

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