Augmentera ou n’augmentera pas ? « Rien n’est décidé », a déclaré Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail et des Solidarités, invité de la matinale de France Inter jeudi, à propos d’une éventuelle revalorisation du SMIC. Le débat est sur la table sur fond de grogne sociale, car même si le SMIC, indexé sur l’inflation, doit être automatiquement revalorisé le 1er janvier, le gouvernement ne ferme pas la porte à un premier coup de pouce de 0,5% dès le mois de décembre, soit l’équivalent de 22 euros par mois. Loin, toutefois, des 100 à 150 euros que réclament les syndicats.
Dans un contexte de forte crise budgétaire, avec des prix de l’énergie en hausse et une économie au bord de la récession, la question de la rémunération au travail, doublée de celle du pouvoir d’achat, risque d’être au cœur de la campagne présidentielle. Si la plupart des candidats n’ont pas encore levé le voile sur leurs programmes, ils sont nombreux à avoir déjà investi le terrain des idées sur le sujet de la rémunération, motivés par une actualité sociale toujours plus brûlante.
Marine Le Pen
Marine Le Pen n’a jamais été favorable à une augmentation du SMIC, arguant régulièrement du poids d’une telle mesure pour les entreprises. La quadruple candidate à l’élection présidentielle cible surtout le coût de la vie, notamment avec des mesures de baisse de la TVA sur certains produits. Néanmoins, dans le programme qu’elle portait en 2022 figuraient diverses propositions de revalorisation globale des salaires. En 2023, les députés RN ont même défendu une proposition de loi en ce sens, déclinaison de l’une des mesures de la députée du Pas-de-Calais : inciter les employeurs à augmenter les salaires de 10%, en exonérant ces hausses de charges afin de limiter les coûts pour l’entreprise. La mesure, qui a été rejetée par l’Assemblée nationale, aurait été applicable pour une durée de trois ans, et pour « tous les salaires jusqu’à trois fois le Smic », soit 90% des salariés selon le RN.
Notons qu’en août dernier, à l’occasion du débat organisé pour la rentrée du Medef, Marine Le Pen a semblé se montrer plus nuancée sur la baisse des cotisations : « On ne peut pas baisser le coût du travail au-delà de ce qui a déjà été fait », a-t-elle déclaré. En revanche, elle a proposé de supprimer les cotisations chômage et retraites pour les personnes ayant atteint l’âge légal de départ à la retraite qui continuent d’exercer un travail.
Il y a quatre ans, Marine Le Pen promettait également la création d’un chèque apprentissage/alternance pour les jeunes, représentant un complément de revenus « de 230 euros à 330 euros par mois. » Elle souhaitait aussi interdire la fixation de salaires minimums inférieurs au SMIC par branche pour « mettre fin aux trappes à bas salaire ».
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Jean-Luc Mélenchon
Le leader insoumis mise sur l’extension du champ d’action de l’Etat-providence pour revaloriser les salaires. Il promet ainsi de relever dès son élection le SMIC à 1 700 euros net par mois, soit une hausse de 15% par rapport au niveau actuel, et de convoquer « une conférence exceptionnelle sur les salaires ». Une proposition de loi déposée en septembre par les députés LFI propose un mécanisme d’indexation automatique des salaires du secteur privé sur l’inflation, et l’alignement de l’allocation de solidarité aux personnes âgées sur le niveau du seuil de pauvreté.
Par ailleurs, Jean-Luc Mélenchon promet une augmentation de 10 % de la rémunération des fonctionnaires, des allocations familiales et de l’aide personnalisée au logement (APL).
Ces différentes mesures seraient en partie financées par le rétablissement de l’impôt sur la fortune et la mise en œuvre de la taxe Zucman sur le patrimoine des grandes fortunes.
Raphaël Glucksmann
Raphaël Glucksmann promet lui aussi une revalorisation du SMIC à 1 700 euros net par mois, et non de « 100 euros par an » comme l’a affirmé en début de semaine son porte-parole Sacha Houlié sur le plateau de BFMTV, reconnaissant quelques heures plus tard s’être emmêlé les pinceaux.
Le vainqueur de la primaire PS-Place publique mise également sur une baisse de la CSG pour rehausser le net des salariés. Dans le contre-budget qu’ils ont présenté mi-septembre, les socialistes détaillent un barème progressif de CSG, échelonné de 0,25 % à 10,2 %. Il permettrait, par exemple, à une personne célibataire sans enfant au SMIC, de percevoir 130 euros de plus par mois.
Par ailleurs, Raphaël Glucksmann a annoncé qu’il souhaitait faire passer à 1 000 euros la rémunération minimum pour tout stage de plus de deux mois, contre 683 euros actuellement.
Lors de la rentrée du Medef, fin août, l’eurodéputé a promis de ne pas financer la hausse des salaires par « la casse du modèle social ou l’aggravation de la dette ». Il a évoqué à plusieurs reprises une taxation renforcée des « méga-héritages ». Sur BFMTV, Sacha Houlié en fixait le seuil à deux millions d’euros.
Edouard Philippe
L’ancien Premier ministre a repris à son compte le « travailler plus pour gagner plus » qui avait fait le succès du candidat Nicolas Sarkozy en 2007. Il souhaite donner aux entreprises la liberté de négocier une durée du temps de travail au-delà des 35 heures hebdomadaires. Passé ce seuil, les heures travaillées seraient défiscalisées et exonérées de cotisations. Ainsi, un salarié au SMIC travaillant 37 heures par semaine verrait automatiquement son salaire revalorisé d’un peu plus de 1 000 euros par an.
Le fondateur d’Horizons souhaite augmenter la rémunération des enseignants de 20 % sur cinq ans, pour ramener la France dans les clous de la moyenne européenne. Cette hausse doit être financée par la baisse de la démographie scolaire et la réduction des effectifs d’enseignants.
Le maire du Havre propose aussi de jouer sur la fiscalité pour rehausser le niveau de vie des classes moyennes : les foyers fiscaux s’acquittant de moins de 3 000 euros d’impôts sur le revenu se verront totalement exonérés pendant trois ans après la naissance d’un premier enfant.
Bruno Retailleau
Le patron des LR table aussi sur l’augmentation globale du temps de travail : avec la mise en place d’un seuil « zéro cotisation », au-delà de 1 623 heures travaillées par an, ce qui représente deux jours de travail annuel en plus par rapport à la durée légale actuelle du temps de travail. Au-delà de cette limite, les heures supplémentaires seraient « exonérées de cotisations sociales, salariales comme patronales » et d’impôts sur le revenu. Ne resteraient que la CSG et la CRDS.
Les salariés ayant validé tous leurs trimestres avant d’avoir atteint l’âge légal de départ à la retraite bénéficieront d’une exonération des cotisations retraite et chômage. Bruno Retailleau promet aussi une revalorisation du cumul emploi-retraite.
Gabriel Attal
« Nos dépenses sociales ne peuvent plus reposer autant sur les Français qui travaillent », écrit Gabriel Attal sur son site de campagne. Principale mesure du candidat pour faire grimper le salaire net : une réduction des charges sociales, qui serait compensée par l’instauration d’une TVA sociale ou le durcissement des règles de l’assurance chômage. Lors d’une conférence de presse, en juillet 2025, il assurait pouvoir faire passer le salaire médian de 2 200 euros à 3 000 euros net d’ici deux décennies.
L’éphémère locataire de Matignon propose également une refonte du Code du travail, trop complexe à ses yeux, pour le remplacer par une « Constitution du Travail », écrite en collaboration avec les partenaires sociaux et des « experts » : elle serait « structurée autour de quelques articles fondamentaux, le reste relevant des branches et des entreprises. »
Marine Tondelier
La candidate écologiste entend porter le Smic à 2 000 euros brut par mois dès 2027. « On ne va pas laisser tomber les PME et les TPE », a-t-elle voulu rassurer sur France 3 Nord-Pas-de-Calais : le programme des écologistes évoque sur ce point un ajustement à la baisse du taux réduit de l’impôt sur les sociétés et de la taxe sur les salaires.
La rémunération des enseignants sera augmentée de 15 %, et de 10% pour les autres fonctionnaires, avec une réindexation de leur point d’indice sur l’inflation. Face au creusement des inégalités, Marine Tondelier souhaite également limiter de 1 à 20 l’écart entre le salaire médian d’une entreprise et celui de son dirigeant.
Enfin, les écologistes défendent une réduction du temps de travail pour les métiers les plus pénibles, ramené à 32 heures, sans perte de salaire.
Fabien Roussel
En mai dernier, face à la hausse des prix des carburants, le secrétaire national du Parti communiste français a réclamé une augmentation de 5 % pour l’ensemble des salaires et pensions inférieurs à 2 500 euros net par mois, ainsi que l’indexation de l’ensemble des salaires sur l’inflation.
Dans son programme de 2022, Fabien Roussel défendait un Smic à 1 500 euros net par mois, et une pension minimale pour les retraités à 1 200 euros. Ces revalorisations seraient en partie financées par le rétablissement d’un impôt sur la fortune et la taxation des bénéfices réalisés par les multinationales. Le candidat proposait également un revenu étudiant de 850 euros à 1 000 euros, en fonction des situations.