Quand le ministère de la Défense «compte les œufs dans le cul de la poule»…

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François Vignal, avec Aurelien Romano
Le 28.05.2010 à 11:22
Le ministère de la Défense, qui doit rassembler ses services dans un Pentagone français, espérait vendre pour 2 milliards d’euros ses biens immobiliers libérés. Problème : alors que la rigueur menace, les montages financiers capotent et le ministère se retrouve sans ces recettes programmées.

En ces temps de rigueur, toute recette est bonne à prendre pour les ministères. Du côté de la Défense, la question est d’autant plus d'actualité, que les principaux services et l’Etat major doivent être réunis en 2014 rue Balard, dans le XVe arrondissement de Paris. Un Pentagone français, rassemblant 10 000 personnes. Un projet sensé faire des économies, mais qui reste dans l’immédiat à financer. Les nouvelles installations doivent être confiées à un opérateur privé. Coût pour le ministère : un loyer de l’ordre de 100 millions d’euros par an durant 30 ans. Soit 3 milliards d’euros. D’où cette idée des têtes pensantes de la Défense : vendre les biens immobiliers du ministère qui vont se libérer ! Des cessions immobilières tout de même estimées à 2 milliards d’euros.

Montages croquignolesques 

Problème, ces cessions, sur lesquelles comptait le ministère, ne vont pas se réaliser… Deux sénateurs, Didier Boulaud (PS) et François Trucy (UMP), se sont penchés sur la question. Leur communication faite en commission des Affaires étrangère est claire : « A travers les cessions, la politique immobilière doit également apporter à la Défense un complément de financement très significatif pour faire face aux besoins de paiement à court terme. L’élément central de cette stratégie réside dans une vente anticipée des immeubles occupés par le ministère à Paris, plusieurs années avant le déménagement à Balard. (…) Un an et demi après le démarrage de la LPM (loi de programmation militaire), ce schéma initial doit être complètement révisé. Les montages envisagés n’ont pu se concrétiser ».

Des « montages » pour le moins croquignolesques : huit immeubles devaient être achetés en bloc par une société de portage, créé pour l’occasion, entre la Caisse des dépôts et consignation et la Sovafim, société d’Etat d’abord créée pour écouler le patrimoine immobilier de Réseau ferré de France. Cette société de portage aurait été chargée de la valorisation de ces biens. Pour vendre ses huit immeubles parisiens, le ministère de la Défense demandait 744 millions d’euros. Mais la Sovafim et la Caisse des dépôts n’en ont proposé que 520 millions… « soit 30 % de moins qu’espéré par l’Etat », écrivent les sénateurs. « Ça a bloqué l’affaire », explique à Public Sénat Didier Boulaud. L’Etat a donc refusé de vendre son bien à un organisme d’Etat, car il ne proposait pas assez d’argent à l’Etat… « On s’est retrouvé à un moment de retournement de cycle immobilier », justifie Eric Lucas, directeur du patrimoine du ministère de la Défense.

Différer le « Balardgone » ?

Ces couacs tombent mal pour la Défense. Le ministère doit en effet économiser 4,8 milliards d’euros – au pire – pour son budget 2011-2013, 2,4 milliards au mieux, comme le révèle sur son blog le journaliste de Libération Jean-Dominique Merchet. Et les recettes escomptées, prévues dans la loi de programmation militaire, vont manquer. « Comment l’Etat va compenser ces non-recettes ? On a compté les œufs dans le cul de la poule ! » résume le sénateur Didier Boulaud. Autrement dit, « l’opération Balard est lancée, les dépenses vont arriver, mais il n’y a pas de recettes ». De quoi remettre en cause le grand déménagement de la Défense, selon le socialiste : « Est-ce qu’en cette période de crise c’est le moment de faire un investissement de cette importance ? Ils veulent rassembler 10 000 personnes sur le site, comme le font les Américains avec le pentagone. Ils veulent faire le balardgone ! Mais pour arriver à s’en sortir, ne faut-il pas tout simplement surseoir au projet ? » Pas sûr que l’exécutif veuille lâcher son Pentagone à la française.

Pas sûr que l’exécutif veuille lâcher son Pentagone à la française. Ce que nous confirme Eric Lucas. Selon le directeur du patrimoine du ministère de la Défense, « les ventes d’emprises (immobilières) parisiennes ne financent pas le projet Balard » mais « une partie de la loi de programmation militaire ».

Quant au trou dans les recettes, l’Etat a tout simplement donné un coup de main à la Défense. En utilisant au passage l’argent du plan de relance : « On compense par des crédits budgétaires les recettes qui devait être attendues de ces ventes. En 2009 l’Etat a redonné des crédits budgétaires au ministère de la Défense pour financer ses dépenses immobilières. Par ailleurs, on a obtenu 220 millions d’euros du plan de relance en 2009 sur l’immobilier (…), façon de compenser la baisse des recettes », explique Eric Lucas. Des explications du directeur du patrimoine du ministère de la Défense à voir en vidéo :

Qu’on demande au ministère de se serrer la ceinture ou que les cessions immobilières capotent, rien n’arrêtera donc le « Balardgone ». Qui aura droit, toujours selon Jean-Dominique Merchet, à sa piscine… pour un coup de 30 millions d’euros. Rien n’est trop beau pour nos militaires.

 
Marc
Le ministère de la Défense me fait rire... Super gestion...

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