Bardella, Philippe, Faure, Tondelier … Face à la crise internationale, Emmanuel Macron réunit les candidats à la présidentielle et les chefs de partis à l’Élysée
Confronté à une « dégradation rapide » de la situation géopolitique et à une flambée des prix du carburant jugés « insupportables », le chef de l'État a convoqué ce vendredi 18 septembre les chefs de partis et candidats à la présidentielle pour une réunion consacrée à la sécurité et à l'énergie.
C’est une réunion dans l’urgence qu’a convoquée l’Élysée pour ce vendredi matin, sur un format inspiré des « Rencontres de Saint-Denis » organisées en août 2023. Emmanuel Macron reçoit, à partir de 10 h 30, les principaux chefs de partis représentés au Parlement ainsi que les candidats déclarés ou pressentis à la présidentielle, pour évoquer la « dégradation rapide de la situation internationale » et ses « conséquences en France sur la sécurité et l’énergie », a annoncé la présidence jeudi 17 septembre. Le Premier ministre Sébastien Lecornu, ainsi que des responsables militaires et du renseignement, participent également aux échanges, afin de partager avec les responsables politiques les informations détenues par le chef de l’État.
Selon une source proche de l’exécutif citée par l’AFP, le président de la République, qui ne peut briguer un nouveau mandat, estime que les responsables aspirant à lui succéder doivent disposer « des mêmes informations que lui », afin d’éclairer le débat public à l’approche de la campagne. Il souhaite également leur rendre compte de son action face à ces crises. Cette initiative intervient alors que plusieurs foyers de tension se cumulent : au Proche et au Moyen-Orient d’abord, avec des conséquences redoutées sur le prix de l’énergie, sur le front russo-ukrainien ensuite, et en Europe enfin, où se multiplient des attaques hybrides attribuées à la Russie, notamment au Danemark et aux Pays-Bas.
À l’entrée du palais de l’Élysée, plusieurs responsables politiques ont commenté les enjeux de cette rencontre avant son ouverture à huis clos. « On arrive tous dans cette réunion avec gravité, vu les conditions, les circonstances et la rapidité de sa convocation », a lancé Marine Tondelier, donnant le ton d’une matinée sous tension. La cheffe de file des écologistes a rappelé la multiplication des incidents attribués à la Russie ces derniers jours, estimant que Moscou « teste nos limites, notre patience, nos failles » pour « déstabiliser » et « fracturer » la société française. Deux écueils étant selon elle à éviter absolument, la « tétanisation » et la « sur-réaction ». Elle en a profité pour relier la crise énergétique au combat porté de longue date par son parti, la dépendance française aux énergies fossiles et aux importations russes ou moyen-orientales constituant selon elle « un sujet de climat, de pouvoir d’achat et de sécurité nationale ».
Même volonté de garder la tête froide chez Olivier Faure, avec un accent différent : le premier secrétaire du Parti socialiste a surtout insisté sur le refus de céder à la peur. « Nous connaissons les menaces qui pèsent sur la France, sur l’Europe. Mais nous sommes un grand pays, et nous ne pouvons pas être gouvernés par la peur », a-t-il affirmé, plaidant pour un équilibre entre recherche d’une « paix durable » et préparation à un « éventuel conflit ». Une réserve perçait toutefois dans son propos, à quelques semaines des débats budgétaires, il a espéré que cette réunion ne serve pas de « mise en scène » pour faciliter l’adoption d’un budget aux difficultés déjà connues.
Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti communiste, de son côté a réclamé « des mesures fortes et rapides pour baisser les prix de l’énergie », avant de prévenir que la crise ne se résoudra pas « en autarcie ». Il a pointé la responsabilité de ceux qui ont soutenu les politiques de sanctions et « applaudi les attaques contre les raffineries », nourrissant selon lui des conflits qui « durent depuis trop longtemps ». Sa proposition est une « grande coalition internationale » pour obtenir des cessez-le-feu, au nom d’un principe qu’il a martelé « l’énergie est un bien commun ».
« Une baisse des taxes sur les carburants »
À droite de l’échiquier, Jordan Bardella est venu représenter le Rassemblement national aux côtés d’Éric Ciotti (UDR), Marine Le Pen étant restée « sur le terrain, aux côtés des Français », a-t-il justifié, s’est d’abord exprimé depuis la cour de l’Élysée, avant l’ouverture de la réunion à huis clos. « On a répondu favorablement à l’invitation du président de la République, parce que la situation est grave et préoccupante », a-t-il déclaré, pointant la fermeture d’un second détroit stratégique qui doit peser sur les importations de pétrole.
Le président du RN a demandé à Emmanuel Macron d’accepter « une baisse des taxes sur les carburants », rappelant que celles-ci représentent la moitié du prix payé à la pompe. Il a dénoncé un gouvernement qui, selon lui, « ne semble pas avoir pris la mesure des souffrances » de « la France qui travaille et des millions d’automobilistes ». « Je le déplore, mais peut-être dans quelques jours [le litre atteindra] 3 €. Il est évident que les Français ne pourront pas suivre », a-t-il averti.
Éric Ciotti, président de l’Union des droites pour la République, a adopté un ton plus offensif, affichant d’emblée sa méfiance envers l’exercice : « Nous espérons que ce ne sera pas une énième opération de communication. On a l’habitude de ces réunions où généralement on apprend les mêmes choses que celles qui sont dans vos colonnes. » Il a toutefois concédé la gravité du contexte, avant de recentrer son propos sur la fiscalité : « J’espère que ce ne sera pas non plus une opération de diversion pour justifier le maintien de taxes qui sont aujourd’hui confiscatoires sur le prix des carburants. » Selon lui, la moitié des prélèvements sur un litre de carburant reviennent à l’État, une situation qu’il qualifie de « racket fiscal », promettant de « démontrer » et de « dénoncer » ce qu’il perçoit comme un usage détourné de la réunion.
À huis clos, les responsables politiques doivent désormais être informés par l’exécutif de l’évolution des menaces internationales et de leurs conséquences potentielles pour la France. Emmanuel Macron doit s’exprimer à l’issue de la réunion, selon BFMTV.
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