La colère sociale ne profite pas à tout le monde de la même manière. Si les revendications des jeunes continuent de rencontrer un large écho, les violences du 17 octobre ont changé la donne. Selon le baromètre Odoxa Mascaret pour Public Sénat et la presse régionale, les Français font la part des choses entre manifestants et casseurs. Et dans cette séquence tendue, ce sont les deux pôles de l’échiquier politique qui en récoltent les fruits.
Un mouvement jugé légitime, mais dont les Français veulent la fin
Les Français n’ont pas retiré leur soutien aux lycéens. Ils sont 68 % à juger « justifié » le mouvement de revendications, rejoint par de nombreux étudiants, soit cinq points de plus que lors de la précédente mesure, réalisée les 7 et 8 octobre pour Le Figaro, dix jours avant la journée du 17. Mais l’usure se fait sentir, 63 % souhaitent désormais qu’il ne se poursuive pas après les vacances de la Toussaint.
« Les Français font clairement la part des choses entre les manifestants, dont les revendications leur semblent toujours aussi légitimes, voire plus, et les “casseurs” », observe Gaël Sliman, président d’Odoxa. Les images de dévastation des centres-villes, partout en France, ont « sérieusement marqué » l’opinion.
La « chienlit », un atout pour Le Pen et Bardella
Quand on leur demande qui profitera de cette crise, les Français n’hésitent guère. Marine Le Pen est citée par 74 % d’entre eux, loin devant Jean-Luc Mélenchon (32 %). Les autres prétendants sont à la peine : 13 % mentionnent Bruno Retailleau, 7 % Édouard Philippe et 6 % Gabriel Attal.
Les cotes d’adhésion d’Odoxa confirment ce pressentiment. Marine Le Pen gagne trois points depuis septembre et conforte sa place de numéro un, avec 38 % de Français qui la soutiennent ou éprouvent de la sympathie pour elle. Dans le même temps, sa cote de rejet recule de trois points, à 46 %. Jordan Bardella la talonne avec 37 % d’adhésion (+2), contre 46 % de rejet. « Il peut remercier l’ultra-gauche, les black-blocs et les casseurs, qui font, un temps, oublier les reproches d’antisémitisme nourris par les révélations de Médiapart », avance Gaël Sliman.
Les deux figures du RN ne sont pas seules à bénéficier de ce « boost post-17 octobre ». Sarah Knafo gagne trois points (22 %), Éric Ciotti deux (23 %) et Bruno Retailleau deux également (22 %), le président des Républicains progressant même de sept points auprès des sympathisants de la droite et du centre. Tous se posent, souligne le sondeur, en « garants de l’ordre face à la chienlit ».
Mélenchon, Ruffin et Bagayoko portés par le mouvement
À l’autre bout de l’échiquier, les élus de La France insoumise se sont démultipliés sur le terrain depuis le début de la mobilisation. Sans peine, les députés LFI ont trouvé leur place dans les cortèges, bien accueillis par une jeunesse contestataire où les idées de gauche trouvent un large écho.
Ce travail de terrain paie. Jean-Luc Mélenchon gagne deux points d’adhésion dans l’ensemble de la population et « cartonne » auprès du « peuple de gauche », il progresse de sept points chez les sympathisants des partis de gauche et s’impose, avec 52 %, comme de loin la personnalité qui suscite le plus d’adhésion dans leurs rangs.
François Ruffin enregistre une progression encore plus spectaculaire avec +13 points auprès des sympathisants de gauche (+5 auprès de l’ensemble des Français), ce qui lui permet de monter sur la troisième marche du podium à gauche. Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, très présent dans les manifestations, gagne cinq points auprès des Français et huit auprès des sympathisants de gauche. Avec 40 % d’adhésion, il se hisse à la quatrième place de leur palmarès, à égalité avec François Hollande.
Philippe et Attal en perte de vitesse
Au centre, en revanche, la crise ne profite à personne. Édouard Philippe recule encore de trois points. Avec 24 % d’adhésion, il se retrouve à quatorze points de Marine Le Pen, contre huit en septembre, et perd cinq points auprès de son propre socle, les sympathisants de la droite et du centre.
Gabriel Attal, son principal concurrent sur ce créneau, n’en tire aucun avantage, il décroche plus nettement encore, de quatre points auprès des Français et de sept auprès des sympathisants de la droite et du centre. Pour Gaël Sliman, les deux hommes sont les « victimes collatérales des manifestations et des débordements ».