2010 : l'année où la France est passée du cheval à la voiture…

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Le 15.04.2010 à 12:32
Par Alain Rousset, président de la région Aquitaine et de l’Association des régions de France
Dans une tribune que Public Sénat publie, Alain Rousset dénonce la réforme des collectivités territoriales qui mène à une vision « ringarde » de la France du XXIe siècle. Y voyant « le chemin détourné vers la suppression d’un niveau de collectivité », il souligne que le mode de scrutin « favorisera » les conseillers généraux. Il craint que la réforme « laisse le champ libre à l’Etat pour reprendre totalement les compétences des régions ». Selon lui, « l’Etat craint le pouvoir régional ».

La réforme des collectivités locales est entrée en 2010 dans sa phase législative et décisive. L'article 1 du projet de Loi crée le conseiller territorial qui a vocation à se substituer à la fois au conseiller général et au conseiller régional à partir de 2014, selon un mode de scrutin qui n'est pas encore définitivement arrêté et qui fera l'objet d'un projet de loi séparé ultérieur.

Ce conseiller territorial siégera dans deux assemblées aux compétences, aux actions et aux partenaires très éloignés. Ce rapprochement forcé ne se comprend que comme le chemin détourné vers la suppression d'un niveau de collectivité territoriale. Quelle sera la victime ? Conseil régional ou conseil général ? Chacun des deux crie fort aujourd'hui pour tenter de conjurer le sort fatal qui lui serait réservé…

Le choix du mode de scrutin est, en ce domaine, déterminant… avoir choisi un scrutin uninominal, aujourd'hui à un tour – ce qui est une novation totalement éloignée de l'identité démocratique française – demain probablement à deux tours pour tenir compte du point de vue des sénateurs de la majorité présidentielle, sera lourd de conséquences : un élu d'un territoire, dépendant de celui-ci pour sa réélection, aura forcément tendance à défendre les intérêts de ce territoire, à chaque fois qu'un débat d'aménagement du territoire sera organisé. Cette démarche est naturelle, logique, humaine… C'est celle du conseiller général aujourd'hui, ce sera celle du conseiller territorial demain…

Ce mode de scrutin favorisera en outre les conseillers généraux sortants, qui devront se disputer des cantons (appelés sûrement demain territoires) redessinés et moins nombreux… Il est très probable que sur un seul territoire, plusieurs conseillers généraux sortants seront présents. L'effet notoriété jouera en leur faveur, l'un d'entre eux sera sûrement choisi par les électeurs. La parité y perdra, comme la diversité et le renouvellement politique.

Le conseil régional sera ainsi demain occupé très majoritairement par les conseillers généraux d'aujourd'hui qui voteront des ressources fiscales lorsqu'ils siégeront au département et se contenteront de répartir les dotations financières de l'Etat – qui constitueront plus de 90% des recettes régionales - lorsqu'ils siégeront à la région.

« La recentralisation ne peut être qu'une régression »

L'étape suivante, au plus tard dans une dizaine d'années, sera de fusionner les deux assemblées. Ce sera d'autant plus simple que cela ne supprimera pas d'élus… Nous aurons alors en France, une assemblée territoriale, coincée entre les communes et leurs regroupements intercommunaux (communautés de communes, d'agglomération, urbaines ou métropoles) d'une part, l'Etat d'autre part. Dans dix ans, la grande réforme sera donc achevée : remplacer le cheval par la voiture ! La Révolution française avait créé le département dans lesquels les citoyens devaient pouvoir effectuer l'aller-retour vers la préfecture à cheval en une journée… Demain, le citoyen-automobiliste pourra faire l'aller-retour en voiture de n'importe quel point de la région vers la préfecture de région en une journée… Tant d'énergie, tant de débats pour passer en deux siècles du cheval à la voiture ! C'est merveilleux, c'est moderne, et surtout cette réforme laisse le champ libre à l'Etat pour reprendre totalement les compétences actuelles des régions : aménagement du territoire, schéma des formations initiales, de la formation professionnelle, du développement économique, de l'innovation, politiques universitaires, de l'emploi, gestion des fonds européens… autant de politiques publiques, aujourd'hui régionales ou ayant vocation à le devenir qui naturellement reviendront dans le giron d'un Etat qui dans le même temps voit partir vers l'Europe une partie de son pouvoir législatif et réglementaire… Dès maintenant l'Etat, par souci d'économies, a transféré aux communes la tâche de délivrer de nombreux titres (passeports, cartes d'identité), se gardant le soin de contrôler le dispositif de façon centralisée.

Dans le même temps, l'Etat réforme ses administrations déconcentrées, en choisissant la région comme territoire pertinent et le préfet de région comme principal voire unique interlocuteur des collectivités territoriales. Aujourd'hui les préfets de département perdent une partie de leur rôle, demain, la démographie facilitera leur disparition ou bien l'évolution de leur action vers celle des actuels sous-préfets.

Réforme de la taxe professionnelle et suppression de quasiment tout pouvoir fiscal pour les élus régionaux, création du conseiller territorial, réforme des niveaux de l'administration déconcentrée de l'Etat, ces trois réformes n'en font qu'une et ont un nom: recentralisation… Cette pseudo réforme est en réalité une régression démocratique car en supprimant un type d'élus d'abord, d'assemblée ensuite, on restreint le débat démocratique, sans que cela génère d'économies tant il serait facile de démontrer les dépenses nouvelles induites par cette création du conseiller territorial. Si la décentralisation a été dans les années 80 vécue par tous comme une avancée démocratique, la recentralisation ne peut être qu'une régression.

Le reste est anecdotique et sert à masquer l'essentiel: l'Etat craint le pouvoir régional, peut-être parce qu'il est porteur de trop d'efficacité et de modernité, la réforme territoriale n'a pas pour objectif de faire entrer la France dans l'Europe du vingt-et-unième siècle mais à l'ère de l'automobile… A l'heure de la nécessaire réduction des émissions de C02, ceci est particulièrement ringard. 

 
Candide
L'Allemagne, la Suisse, (les USA) sont des Etats fédéraux, et vont plutôt bien, non ? Le dynamisme de leurs PME, de leurs politiques d'éducation et d'emploi, tient beaucoup du circuit court de l'impôt (efficacité, rendement), d'une politique conçue près du besoin citoyen(qualité) ; et leurs grands groupes ont des stratégies mondiales, sont écoutés au niveau de l'Etat (et peut être trop compte tenu de leurs masses salariales planétaires : rendement négatif des cadeaux fiscaux). De plus, les projets régionaux des Régions françaises souffrent toujours aux yeux de leurs pairs européens de l'insuffisance congénitale de leurs faiblesses législatives et financières. Pire, à l'heure où la relance passera forcément, tôt ou tard, par une gouvernance politique de la zone Euro, avoir des Régions qui paraissent des interlocuteurs "faibles" pour les institutions européennes, n'est pas un plus pour les citoyens de ces régions, les financements qu'ils espèrent pour leurs projets économiques... De Richelieu à Sarkozy en passant par Napoléon, les Français ont eu beaucoup de dirigeants qui les prenaient pour des veaux, ou de simples ressources électorales, fiscales, militaires, au bon vouloir du prince/président/empereur, la partie homo sapiens grouillante de ce fantastique jouet de pouvoir qu'est la France pour son exécutif. Si l'actuel président recentralise comme il le laisse entrevoir, alors il faudra sérieusement penser à un projet de 6ème République fédérale pour la France, on y coupera pas. On sait la Vème devenue "à vocation décentralisée" sous Raffarin, et on espérait la fin du doublon administratif français, coûteux, par suppression des préfectures. L'actuel projet de réforme, c'est la remise en place de sénéchaussées au dessus d'élus du Tiers Etat. Parce que le projet ne vise pas à dynamiser les PME françaises, mais à conserver son côté ludique tout puissant au pouvoir central : ce n'est pas un projet pour les Français, mais pour l'exécutif suprême. S'il y a rupture, elle est démocratique : un Parlement déjà aujourd'hui muselé, y compris sur les droits de l'enfant, des Régions anémiées aux ordres des Préfets de Région nommés par le Président, forcément à la botte. Deux hommes ont clairement fait comprendre qu'ils pensaient "l'Etat, c'est moi", aussi simplement que ça : Louis XIV et Sarkozy. 63 millions de citoyens ont droit à autre chose, n'ont plus l'inculture des Français patoisants des siècles jadis, ne peuvent accepter un tel niveau d'incompréhension politique, veulent un contrat social correct et moderne à l'heure de la mondialisation, n'acceptent pas le semi servage / foire d'empoigne proposé à leurs élus locaux. Ce projet de réforme territoriale actuel est mauvais parce qu'il ne règle rien institutionnellement, est inefficace économiquement et insultant pour des citoyens démocrates : c'est "Tous pour un", et ça s'arrête là. Piteux.
Lionel J.
Et 2012, année où la France passe à gauche ?
Martin
Le scrutin uninominal à un tour est une aberration en ce qui concerne la tradition démocratique française. Les britanniques l'utilisent, mais la tradition est différente. Peut-on imaginer en France se faire élire avec 35% des voix? Autre effet de ce système: lors de l'election générale de 2005 du parlement britannique, les travaillistes ont emporté 40,7% des sièges (413) avec 35,3 des voix, tandis que les libéraux-démocrates ont n'ont emporté que 18,3% des sièges (62) avec tout de même 22,1% des voix. Les conservateurs n'avaient emporté que 198 sièges avec à peine 800,000 voix de moins que les travaillistes.

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